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5 albums à ne pas rater cette semaine : Fakear, Julien Granel, Antonin Appaix…

Tu commences à connaître la rengaine : quelles sorties ne fallait-il pas rater cette semaine ? Pour les derniers jours du mois de juin, on assiste à une succession de sorties aussi variées que passionnantes : Fakear, Julien Granel, Antonin Appaix, Samba de la Muerte et Ouai Stéphane.

Fakear – Everything Will Grow Again (LP)
Notre morceau préféré : « Tadlo »

Il y a un instant suspendu dans le chef d’œuvre d’Hayao Miyazaki, Princesse Mononoké, où le Dieu-cerf fait renaître les plantes à chacun de ses pas. Tout autour, la nature se tait dans un silence religieux. Avec Everything Will Grow Again, Fakear ne charme plus seulement les serpents mais aussi nos esprits. Cet album que l’on pourrait traduire littéralement par « Tout repoussera de nouveau » invite à une plénitude habitée par des sonorités acoustiques entrelacées de synthés oniriques, pour lesquels l’apport du londonien Alex Metric a été décisif. Chaque disque apporte son propre écosystème qu’il tente de faire germer en nous, et de cet équilibre si précieux naît son identité propre : la progression club de Tadlo, les intentions pop de Rituals, la sérénité chill-out de A New Home, la house sauvage de Structurized. Si Théo Le Vigoureux est bien l’humain derrière le rêve, la touche de Fakear fait grandir en nous cette poésie identique à la rencontre avec le Dieu-cerf. Bienvenue dans la forêt enchantée des charmeurs d’esprits.

Lire notre interview « S’en Sortir Sans Sortir » de Fakear.

Julien Granel – Bagarre Bagarre (EP)
Notre morceau préféré : « Les Nuits »

Propulsé sur le devant de la scène en première partie de la fusée Angèle, le phénomène des Landes Julien Granel a longtemps puisé son essence dans l’énergie du live. Aussi étonnant que cela puisse paraître, Bagarre Bagarre est son premier EP après une succession de singles clippés avec succès. La double « Bagarre » évoque autant les insultes qui fusaient au lycée parce qu’il portait des tenues excentriques, que sa ténacité à imposer sa touche foisonnante sans prêter attention aux normes musicales du bon goût. De sa redéfinition identitaire libérée des carcans masculinistes avec Où étais-tu (« J’ai mis ma plus belle robe ce soir / Vu mon reflet dans le miroir ») à sa mélancolie solaire sublimée par le vertige nocturne avec Les Nuits (« T’étais sorti prendre l’air / Pour échapper aux sentiments »), le chanteur fanfaron aux doigts couleurs dessine son arc-en-ciel en cinq chansons fluo. Les coups de poing et les mots acérés des cours de récré sont défaits définitivement par ses mélodies frappantes et ses paroles accrocheuses. Pour oser affirmer ce que l’on a et s’affirmer tel que l’on est, il faut batailler le double. Pari réussi pour le jeune Julien en passe de devenir l’artiste Granel : plus qu’un nom, une signature.

Lire notre interview de Julien Granel.

Antonin Appaix – Aquaplanning (EP)
Notre morceau préféré : « Corniche Kennedy »

C’est au détour d’une calanque marseillaise qu’Antonin Appaix et Cracki Records se sont rencontrés. Dans le berceau méditerranéen de Jul et de Soprano, la pop romantique n’a pas dit son dernier mot ni effleuré son dernier synthé. Il fallait au moins le doux glissement d’Aquaplanning pour saisir la poésie d’une ville où les lumières nostalgiques hantent les rayons du soleil ; l’humeur sensuelle de Grand Gobi, le virage amoureux de Corniche Kennedy, l’éternité d’un instant charnel de Ta Peau Contre Ma Peau. Foisonnantes de détails indolents qui constituent le sel d’une relation et la particularité d’un texte, les chansons d’Antonin Appaix sont si sensibles qu’on croirait les avoir vécues par leur force d’évocation. Le chanteur atteint l’universel d’une relation amoureuse en allant chercher au creux de ses émotions, nichées dans une courbe de la peau, un contour de rocher ou une route en lacets. Cet EP que l’on chérit au plus profond de notre cœur a un charme insulaire qui n’est ni de Paris, ni vraiment de Marseille. Ses cinq titres dessinent les contours d’une île fantasmée et cernée de houle sentimentale, quelque part entre les falaises à pic des Calanques et les petites rues du Vieux Port, où l’on se laisse flotter sur une ligne d’horizon ténue, dont on ne sait pas si elle est d’un paysage méridional ou d’un corps nu.

Samba De La Muerte – Landmark (LP)
Notre morceau préféré : « Enough Is Enough »

La formation normande Samba de la Muerte menée par Adrien Leprêtre nous entraîne dans un voyage métissé dont le roi du groove électronique détient le secret. Après son deuxième album A Life with Large Opening (2019), ce format court pas si court présente en 8 titres un ballet de sonorités hybrides auxquelles Gilles Peterson (Worldwide FM) et Andrew Jervis (le boss de la curation chez Bandcamp) ont déjà succombé. Chaque titre apporte son cachet singulier par la présence d’un guest : les percussions de Philippe Boudot sur They Still Have Their Guns, le saxophone de Martin Daguerre sur Backbone, ou encore le chant du kenyan Blinky Bill sur Mit Manade. Cette fusion organique entre le traitement acoustique et électronique prend tout son sens avec la ballade pop Enough Is Enough, éditée par le producteur et DJ parisien Hugo LX dans une version alternative en fin de disque. C’est une volonté de dresser des ponts entre les cultures, de la Normandie aux côtes africaines, dans une main tendue par-delà les mers. Landmark a la vertu apaisante d’abolir les frontières en faisant voyager à la vitesse de la 4G.

Ouai Stephane – Ché Pas (EP)
Notre morceau préféré : « Ché Pas »

Et ouais, Ouai Stéphane a sorti son nouvel EP Ché Pas. Le bidouilleur génial connu pour ses lives réunissant des objets hétéroclites du quotidien donne suite à son EP Drastic sorti en avril dernier. L’occasion d’explorer ses deux facettes de production avec d’une part la face A Ché Pas, banger absurde taillé pour le dancefloor, et la face B I Have Feelings Tambien, ballade psychédélique laissant davantage de place à l’émotion. À la fois vénère et tendre, cet EP est à apprécier de jour comme de nuit dans une vision plus nuancée de son univers. La pochette est le trait d’union entre ces deux sensibilités 2.0 réunies à l’autel de la culture Internet, puisque le visage que l’on y voit a été créé par un algorithme sans quasiment aucune interaction humaine, sous l’égide du graphiste marseillais Ben Hubbard. Ouai Stéphane confirme son leadership dans la techno futuristique (le terme est de lui) qui présente toutes les caractéristiques d’un mème musical.

Lire notre interview de Ouai Stéphane.