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6 albums à écouter cette semaine : Ichon, Voyou, Catastrophe…

À la question tristement devenue banale : « Qui écoute encore des albums aujourd’hui ? ». Ton magazine préféré répond : les innombrables qui kiffent la poésie rappée d’Ichon, la comédie musicale de Catastrophe et la pop faussement naïve de Voyou. Et tous ceux qui aiment dévorer des nouveautés dans leur format total et entier.

Ichon – Pour de vrai (LP)
Notre morceau préféré : « 911 »

« J’me sens libre quand je rappe / J’me sens vivre quand je lis » : le rappeur de Montreuil livre avec son nouvel opus Pour de vrai une ode à la liberté. Libéré, oui, mais de quoi au juste ? Des codes du rap game, quand il flirte avec la chanson française sur le piano-voix de Encore un peu. De l’impératif de l’ego-trip, quand il nous touche en racontant son parcours pugnace sur 911. Et à chaque détour de ses envolées intimistes, le Bon Gamin se révèle introspectif sur Miroir, sentimental dans la rupture sur Elle pleure en hiver, ou héraut des différences sur Noir ou Blanc avec Loveni. Maniant les mots avec une dextre justesse, Ichon fait déferler en quinze vagues introspectives une sensibilité romanesque qui nous rappelle que le rap est la poésie d’aujourd’hui. Plus que rappeur, souvent chanteur, toujours versificateur – et jamais pour de faux.

Catastrophe – Gong! (LP)
Notre morceau préféré : « Solastalgie »

Les ovniesques Catastrophe de retour pour une comédie musicale gongesque, qui dit mieux ? Le groupe touche-à-tout comprenant la musicienne et romancière Blandine Rinkel, le compositeur Pierre Jouan et le musicien Arthur Navellou – entre autres, a présenté le 10 et 11 septembre au Centquatre un spectacle mêlant danse, texte et chanson. Dans un élan Dada, les six jeunes furieux réinsufflent autant de raisons d’y croire que de pistes chantées, en dressant l’état des lieux de notre planète, du vide que l’on remplit du trop-plein des réseaux sociaux, de la vie que l’on oublie d’investir de magie débridée. C’est la rencontre entre les airs faussement naïfs de Jacques Demy, la désillusion lucide d’Orelsan, et la chanson salvatrice de Michel Berger. Quand les villes deviendront des forêts, la pop planante et inégalable de Gong! continuera de résonner sereinement entre les immeubles verdis, comme le meilleur souvenir de nous.

Butcher Brown – #KingButch (LP)
Notre morceau préféré : « Frontline »

Qui d’autre que Butcher Brown pour incarner le meilleur du jazz-funk ? Le 8ème album des cinq maîtres Jedi puise dans l’héritage foisonnant de l’Amérique sudiste : la sophistication du jazz, l’emballement du funk, l’énergie du hip-hop. Ajoutes-y une pincée de brass band et de rock sudiste, et le nirvana mélomane est atteint. Pensé comme un tout cohérent d’individualités propres, le quintet crée comme un seul homme à cinq têtes : le producteur et claviériste DJ Harrison, le batteur Corey Fonville, le bassiste Andrew Randazzo, le trompettiste et saxophoniste MC Marcus « Tennishu » Tenney et le guitariste Morgan Burrs. La facilité avec laquelle se crée l’harmonie dans l’antagonisme instrumental et de genres déconcerte et émerveille : quand la guitare électrique prend le lead sur Love Lock faisant basculer le titre dans le rock, ou le clavier chipant la place au saxophone sur Frontline pour s’éloigner du jazz. Si bien se demande t-on quel secret recèle leur studio Jellowstone de Richmond… L’histoire raconte que d’interminables jams y ont donné naissance à cet album béni des dieux sudistes Herbie Hancock et D’Angelo.

Le Couleur – Concorde (LP)
Notre morceau préféré : « Désert »

Le coucou du trio canadien Le Couleur est un bien bel oiseau – fuselage disco, moteur yé-yé et trip psychédélique. Les commandants de bord Laurence Giroux-Do, Patrick Gosselin et Steeven Chouinard enfilent leur uniforme pour un troisième effort, après avoir décroché leurs galons argentés sur les longs formats P.O.P en 2016 et Origami en 2012. Alors que le décollage était initialement prévu mi-avril, Concorde a longtemps été cloué au sol pour cause de confinement, avant d’atterrir dans nos oreilles charmées le 11 septembre dernier. Le Couleur se propulse vers un renouveau vintage, sur les précieux conseils du vétéran Giorgio Moroder, en se teintant de sonorités chaudes et dansantes. Filant la thématique du voyage avec l’esthétique ouvertement rétro de Vol d’après-midi, Train de minuit et Comme une fin du monde, les pilotes charismatiques nous en font voir de toutes les couleurs. De quoi nous donner des idées d’entrelacs insouciants sur des fauteuils aviateurs.

Voyou – Des confettis en désordre (EP)
Notre morceau préféré : « Les Humains »

Dernier protégé des Disques Entreprise, le gentil Voyou s’est mis en tête de nous recouvrir de Confettis en désordre avec son nouveau recueil sept-titres. Tentons de saisir l’ossature de cette joyeuse fête colorée. D’une part, la boum des reprises avec Teenage Fantasy de Jorja Smith et Jardin d’hiver d’Henri Salvador, d’autre part, la mélancolie instrumentale avec Interlude, enfin, les retrouvailles plaisantes avec Les Humains et Carnaval que l’on avait déjà découverts clippés. La parade se clôt avec Le Confort et La Cour d’école, qui par leur simplicité maximale d’écriture, invoquent respectivement des images saisissantes sur la fin d’une relation et des souvenirs d’enfance. De par ses rythmes sémillants et son orchestration cuivrée, le chanteur et multi-instrumentiste Thibaud Vanhooland nous cueille dans sa récréation pop et guillerette d’une déconcertante facilité d’écoute.

Slow Valley – Opale (EP)
Notre morceau préféré : « Ambre »

Le sous-label de Roche Musique, Mineral Records, continue son bonhomme de chemin en dévoilant un nouveau diamant brut. Orfèvre du Future Garage, Slow Valley est à l’œuvre derrière le cinq-titres scintillant Opale portant chacun le nom d’une pierre semi-précieuse. Collaborant pour deux d’entre eux avec la chanteuse californienne Virginia Palms, dont le morceau lascif d’ouverture Ambre, la collaboration produit des étincelles avant de nous amener à des productions hybrides entre house music, trap et garage. Divers dans ses propositions comme les EP de Cerfeuil et Nick Benet pouvaient l’être – précédemment sortis sur Mineral Records, le producteur signe un exercice de style que l’ambition plurielle et le groove indéfectible font briller.