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8 albums à écouter de toute urgence : Caribou, Tycho, Yuksek…

Qu’est-ce qu’il fallait ne pas louper cette semaine ? On retrouve dans nos streams l’album piano électro de Nicklas Paschburg, le chill-out de Caribou, le retour aux origines de Tycho et la déclaration d’amour de Yuksek au Brésil. Quatre sorties précieuses complètent ce quatuor de tête : Chapelier Fou, Swim Mountain, Franc Moody et Roches Noires.

Niklas Paschburg – Svalbard (LP)
Notre morceau préféré : « Opera »

Composé entre 2018 et 2019, le second disque de Niklas Paschburg lie ses différentes utilisations du piano : celui classique à cordes frappées, celui électronique du synthétiseur et celui intime de l’accordéon de son grand-père. L’artiste âgé de seulement 25 ans (!) s’est retiré dans l’archipel norvégien qui donne son nom à l’album, Svalbard, en plein océan Arctique, pour écrire ses partitions néo-classiques. En s’inspirant de la nature en constant mouvement et de l’environnement inhospitalier, Niklas habite ses tracks d’une paix intérieure qui contraste avec l’anxiété… D’un lieu où on ne voit jamais la lumière du soleil. Naturellement étourdissant.

Caribou – Suddenly (LP)
Notre morceau préféré : « New Jade »

Le septième album studio du canadien Dan Snaith – sous son pseudo Caribou, est tout sauf immédiat. Dense, riche et complexe, Suddenly entrelace les genres : des influences Jungle UK de New Jade, au mood neo-soul de Home, à l’énergie house de Never Come Back et la disco filtrée de Ravi. Avec un sens de la mélodie ahurissant, le producteur pose sa voix fragile sur « son album le plus étrange, personnel et intime ». C’est sûrement dans ses morceaux mélancoliques que son électronica introspective s’exprime le plus justement, de l’introductif Sister au final cotonneux Cloud Song. Six ans après son album mémorable Our Love qui nous avait marqué avec son hit sensible Can’t Do Without You, et son crochet par les dancefloors avec son side-project house Daphni, l’artiste prouve avec ce disque qu’il est toujours l’emblème d’un style qui n’appartient qu’à lui-même.

Tycho – Simulcast (LP)
Notre morceau préféré : « Outer Sunset »

Version instrumentale de leur album Weather dévoilé le 12 juillet dernier, Simulcast renoue avec le son emblématique de Tycho. Sans les vocaux de la chanteuse Saint Sinner, place à l’ambient promu depuis leurs débuts, quelque part entre les réfections chaudes de Dive et la nostalgie rêveuse de leurs nappes de synthés. L’indécrottable perfectionniste Scott Hansen ne cesse de nous émerveiller en huit paysages sonores qui n’ont que pour limite notre imagination : « Simulcast est la transmission d’un programme sur différents supports et dans différentes langues. Avec ces deux albums, je voulais présenter les mêmes idées en deux langues, l’une littérale et l’autre plus ouverte à l’interprétation. » Nous, on entend les embruns de San Francisco et le vent dans les forêts de séquoias où Scott Hansen a pour habitude de se balader. À toi de trouver désormais ton interprétation.

Yuksek – Nosso Ritmo (LP)
Notre morceau préféré : « Corcovado »

Le quatrième album de Yuksek marque un twist décisif dans sa carrière. Alors qu’il avait annoncé que son disque mal-aimé Nous Horizon (2017) serait son dernier, le producteur a quitté Barclay et ses élans pop pour revenir à ses premiers amours disco, instrumentaux et latino. Bref, un retour aux sources décisif pour se reconnecter à l’essentiel. Avec quasiment autant de featurings que de morceaux, le rémois s’entoure de sa famille de son : Polo & Pan, Fatnotronic, Zombie Zombie, Breakbot & Irfane, Juveniles et Isaac Delusion aka le petit nouveau. C’est un disque résolument pêchu et fidèle à tout ce que l’on aime chez le producteur quarantenaire : l’art de se remettre en question avec une fraîcheur indémentie. Dix ans après le hit de nos années lycée, Extraball, c’est une cure de jouvence où l’on rajeunit à chaque track. Nosso Ritmo marque le pas de l’éternelle jeunesse.

Lire notre interview de Yuksek.

Swim Mountain – If (EP)
Notre morceau préféré : « Midnight in the Supermarket »

Si tu ne connais pas le producteur londonien Tom Skyrme, il n’est jamais trop tard pour s’y mettre. Sous son nom de scène Swim Mountain, son EP If enchaîne les harmonies référencées entre des arrangements nous rappelant l’énergie solaire de Tame Impala, des synthés bourrés de nostalgie et des guitares tirées des 60s. Encensé par la presse de The Guardian à Indie Accent, l’artiste trouve son espace de liberté quand il ne compose pas des bandes originales à Los Angeles où on l’a aperçu dans le studio de Hans Zimmer. Petit prodige dont on était sans nouvelles depuis son EP éponyme en 2014, Swim Mountain nous embarque dans ses rythmiques suaves tirant le meilleur d’hier jusqu’en 2020.

Franc Moody – Dream In Colour (LP)
Notre morceau préféré : « Flesh and Blood »

Après avoir écumé la scène londonienne, le band le plus festif d’outre-Manche se fend d’un premier album disco-funk à souhait. Dans la longue liste des hommages vintage, voilà un nouvel opus référencé auquel il est difficile d’être insensible. L’entrain naturel de Ned Franc et Jon Moody enveloppe le bel objet d’un groove indéniable : des synthés 80’s, aux basses réverbérées et autres jeux de guitares funky. Gavé de vitamines instrumentales, les tracks sont calibrés pour que l’on survive à l’hiver d’un pied qui bat la mesure, chez soi ou en soirée. Le volume poussé à 11, Franc Moody nous rappelle combien on aime les groupes feel-good à la Parcels et Roosevelt. On avait juste besoin d’une bonne cure de dancefloor.

Chapelier Fou – Méridiens (LP)
Notre morceau préféré : « Le Triangle des Bermudes »

Si tu veux passer de l’autre côté du miroir avec Chapelier Fou, il faut accepter de se laisser porter dans un dédale intrigant où les sonorités classiques côtoient les synthés modulaires. Violoniste de formation, Louis Warynski, de son vrai nom, épouse une veine néo-classique défendue depuis cinq albums, qu’il agrémente avec Méridiens d’un imaginaire évoquant les textes poétiques de Jorge Luis Borges dès le morceau d’ouverture, L’austère nuit d’Uqbar. Cette quête fantastique nous fait dodeliner de la tête à Constantinople, s’extasier face au Triangle des Bermudes et taper du pied à l’Asteroid Refuge. Par sa maîtrise, le producteur donne un relief saisissant à sa planète musicale, en cartographiant le seul monde qui nous restera à jamais mystérieux, notre univers intérieur.

Lire notre interview de Chapelier Fou.

Roches Noires – Made to Disappear (EP)
Notre morceau préféré : « Ascending »

Ancien batteur, le rouennais Clément Durand échange le kick des percus instrumentales contre celles électroniques de son projet solo Roches Noires. Il y a un sens du rythme mais surtout de l’apesanteur, des textures, et de l’attente avant la déflagration. Par sa passion pour les machines, son EP Made to Disappear évite l’écueil du transfuge rock s’essayant à l’electro pour y plaquer ses structures, dans une véritable proposition harmonique et progressive. Son nom d’artiste Roches Noires rend hommage aux falaises de la côte fleurie et à l’hôtel de Trouville où Marcel Proust et Marguerite Duras ont séjourné. En s’appuyant sur ce référentiel inattendu, Clément confirme la seule chose dont on est certain : sa capacité à nous surprendre. Son magnifique EP en est la confirmation.