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Interview : Le voyage de Chapelier Fou en terres électro avec son album Méridiens

Follement visionnaire et authentique, Chapelier Fou trace sa route depuis plus de 10 ans entre sonorités instrumentales et électroniques. Son sixième disque, Méridiens, nous ouvre les portes d’un univers jusque là inexploré.

Si tu veux passer de l’autre côté du miroir avec Chapelier Fou, il faut accepter de se laisser porter dans un dédale intrigant où les sonorités classiques côtoient les synthés modulaires. Violoniste de formation, Louis Warynski, de son vrai nom, épouse une veine néo-classique défendue depuis cinq albums, qu’il agrémente avec Méridiens d’un imaginaire évoquant les textes poétiques de Jorge Luis Borges dès le morceau d’ouverture, L’austère nuit d’Uqbar. Cette quête fantastique nous fait dodeliner de la tête à Constantinople, s’extasier face au Triangle des Bermudes et taper du pied à l’Asteroid Refuge. Par sa maîtrise, le producteur donne un relief saisissant à sa planète musicale, en cartographiant le seul monde qui nous restera à jamais mystérieux, notre univers intérieur.

Méridiens sera suivi d’un second album au printemps prochain, Parallèles

Sur son nouveau disque, la touche électronique accompagne sans appuyer les violons sur Am Schlachtensee, La vie de Cognac et Le désert de Sonora avant de prendre de l’ampleur dans un mariage détonnant. C’est là tout le paradoxe de ce nouvel album où les cordes ne s’imposent plus, mais apparaissent comme le guide en creux des compositions. Si bien que sur l’un des rares morceaux exclusivement électroniques, Cattenom Drones, on entendrait  presque l’archet souffler les notes de la mélodie au synthé. Ces nouvelles lignes créatives dessinent les contours d’un diptyque pensé d’un seul bloc, puisque ce premier disque sera suivi d’un second au printemps, Parallèles. Sans cesse, l’artiste semble vouloir ouvrir ses horizons à de nouvelles tentatives, expérimentations et coups d’éclat. Chapelier Fou tient la corde depuis dix ans, et n’est pas prêt de la lâcher.

M : Hello Louis. J’ai le sentiment, peut-être faussé, que tu laisses une place plus importante aux violons dans tes productions que précédemment ?

CF. Ah oui ? C’est marrant, je n’ai pas du tout cette impression ! Je me faisais l’idée d’un disque plus électronique, mais peut-être qu’il faudrait que je le ré-écoute ! Des titres comme Cattenom Drones ou Asteroid Refuge, par exemple, n’ont pas une seule note de violon. A contrario, L’Austère Nuit d’Uqbar ou L’Etat Nain, sont presque exclusivement joués au violon. Je n’ai pas vraiment la volonté d’aller plus franchement dans telle ou telle direction, comme si je devais faire un choix entre électronique et acoustique. Sur ce disque (et sur Parallèles, son frère jumeau), l’unité ne vient pas du style, ni du son. Ça part dans tous les sens, en fait.

M : Avec les douze productions de Méridiens, tu nous emmènes en douze lieux très variés, des lumières de Constantinople aux hauteurs de l’Everest. Quel a été le fil conducteur de ce voyage ?

CF. Cette idée de lieux n’est pas à prendre au pied de la lettre. J’aime suggérer à l’auditeur de se placer à un « endroit », mais cet endroit peut-être sur Terre, dans l’Espace, ou intérieur, ou fantasmé. Ce n’est pas un hasard si le premier titre du disque renvoie à une nouvelle de Borges qui parle justement de l’existence ou non d’un pays.

Pour écouter son (superbe) album, clique sur le visuel
M : T’as dévoilé le 14 février l’un des plus beaux clips qu’il nous ait été donné de voir récemment avec Constantinople. Peux-tu nous parler de ta collaboration avec le réalisateur Grégory Wagenheim ?

CF. Grégory est un ami de longue date puisque nous étions ensemble au collège déjà. On jouait de la musique avec Corentin Grossmann, qui a réalisé les dessins qui ornent Méridiens et Parallèles. J’aime beaucoup travailler avec mes amis. Mes meilleurs amis sont souvent des personnes avec qui je travaille. Avec Greg, on se fait confiance. On a habité plusieurs années ensemble, il comprend ma musique et je lui accorde une confiance absolue. C’est quelqu’un d’extrêmement talentueux et hyper sérieux dans son travail. Il a tendance à toujours se lancer dans des chantiers trop gros pour lui, parce qu’il aime apprendre au passage de nouvelles techniques, de nouveaux logiciels, etc. Mais il arrive toujours à ses fins, c’est fascinant.

Pour le clip du Triangle des Bermudes, on avait pas mal bossé ensemble, je l’avait beaucoup guidé pour le scénario et pour pas mal d’idées graphiques. Mais là, pour Constantinople, je l’ai laissé plus libre. J’avais juste cette volonté de continuer le travail déjà entamé sur Le Triangle des Bermudes en gardant ce personnage flou, cette idée de collages et de voyage. Je voulais aussi qu’il y ait des clins d’œil à d’autres morceaux de Méridiens et Parallèles.

M : Tu déclarais en 2014 à Beyeah : « Maintenant, Chapelier Fou c’est un groupe. » Quelle formule vas-tu présenter en live avec Méridiens ?

CF. Je retourne à mes racines, je repars solo ! J’ai longtemps tergiversé entre le solo et le groupe, chaque formule ayant ses avantages et ses inconvénients. L’économie du monde du spectacle a eu raison de mes hésitations. J’ai adoré jouer en groupe. C’était fou et j’ai vraiment l’impression qu’on a proposé, pendant ces quatre années, quelque chose de vraiment dingue, d’inédit, de très abouti. En solo par contre, je peux épanouir mon côté nerd, les morceaux deviennent vraiment des espaces labyrinthico-musico-informatico-performatifs dont moi seul connaît les clés.

M : Tu prépares un nouvel album pour le printemps prochain, Parallèles, peux-tu nous raconter comment les deux se répondent ?

CF. Il faut considérer les deux albums comme une seule œuvre. C’est la même grosse session de travail. Les mêmes instruments utilisés. Les mêmes titres de morceaux (en mélangeant les lettres, certes). Le même dessinateur. La même thématique.

M : Avant de se quitter, tu connais peut-être la question signature chez Arty Paris. Quelle est ta définition d’un artiste ?

CF. Un artiste se doit de proposer quelque chose de nouveau. Quelqu’un qui reste dans le confort du connu n’en est certainement pas un.

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