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4 sorties à écouter cette semaine : Yelle, Petit Prince, Bleu Toucan et Fils Cara

Qu’on se le dise, la rentrée laisse la part belle aux retrouvailles : Yelle, Petit Prince, Bleu Toucan et Fils Cara viennent égayer notre quotidien parisien. De l’électro pop à la trap poétique, tout le monde aura de quoi égayer ses trajets en métro.

Yelle – L’Ère du Verseau (LP)
Notre morceau préféré : « Je t’aime encore »

Six ans ont passé depuis Complètement Fou et rien n’a changé, ou presque. Le couple arty composé de Yelle et Grand Marnier coule des jours heureux dans la baie de Saint-Brieuc, où ils continuent de confectionner leurs tubes délurés dans le grenier de leur maison. Mais c’est le « presque » du « rien n’a changé » qui nous intéresse. Dès l’ouverture de leur quatrième album l‘Ère du Verseau, la voix de Julie Budet pose un questionnement de genre avec l’accroche entêtante d’Emancipense : « Est-ce que toi, t’as la chance d’être toi quand tu danses. » Avant de flirter avec une histoire sado-maso sur J’veux un chien, interroger son rapport au public français sur Je t’aime encore, et réfléchir hors des schémas habituels sur Menu du Jour. La décharge d’amour, la folie salvatrice et la force dansante de Yelle sont toujours présentes. Mais entre les kicks et les lignes de synthés, on décèle une forme de gravité sur ce disque libre et sorti en indépendant. La nouvelle Yelle se dessine entre les consonnes et les voyelles, presque plus touchante et toujours plus belle.

Petit Prince – Les Plus Beaux Matins (LP)
Notre morceau préféré : « Chien Chinois »

Co-fondateur du label Pain Surprises, Petit Prince a passé tant d’heures en studio depuis début 2019 que plus personne n’ose les compter. Ses voyages psychédéliques à quelques encablures d’Unknown Mortal Orchestra et de Tame Impala en sont les délicieux témoins. Après avoir franchi le cap de l’EP avec Je vous embrasse, celui que l’on appelle aussi Elliot a égrené les singles sans faillir : la déclaration enflammée à sa muse Chien Chinois, la traversée tendre de son quotidien avec Tendresse sur Canapé, l’appel au rêve face à l’insomnie avec Endors Toi. Son premier long format Les plus beaux matins est l’occasion de réunir toutes ces lueurs de rêve sous une aurore libératrice. Que la nuit ait été diluée à chercher le sommeil ou à gambader au pays des merveilles, ces 11 étincelles pop donneront des couleurs vivaces à n’importe quel début de journée. Fais chauffer le café et les croissants pour déguster cet opus de l’éveil.

Bleu Toucan – Universalis (EP)
Notre morceau préféré : « Les eaux de Naples »

Le duo derrière Bleu Toucan annonce d’emblée la couleur avec les paroles d’Universalis : « Écrivons une nouvelle histoire, à l’encre de nos mémoires. » On a suivi le conseil toucanophile en mettant les voiles sur nos souvenirs. Déjà, vers les courants chauds de l’électro-pop française que le duo ailé nous évoque avec Lewis OfMan, Kazy Lambist, DGTO et Poom. Rien de moins étonnant lorsque l’on sait que le label Profil de Face, dont est issue la majorité des artistes cités, fut longtemps leur nid douillet. Ensuite, par les vents porteurs de leurs premiers hits, parmi lesquels le tube Hanoï Café aux 14 millions de lectures sur Spotify. À la faveur de ces conditions clémentes, notre barque est irrésistiblement ballottée en direction de leur EP Universalis, réunissant l’héritage d’une French Touch véloce avec un background de haut vol. Quand le voyage se clôt sur la version acoustique de Les eaux de Naples, on entend : « Nous y avons construit, comme à notre image / Une cité rêvée loin dans les nuages. » Le Bleu Toucan a pris son envol, et nous avec.

Fils Cara – Fictions (EP)
Notre morceau préféré : « New York Times »

On l’avait découvert au cœur de l’hiver 2020 avec son premier EP, Volume. Le chanteur d’origine stéphanoise Fils Cara reste plus que jamais fidèle à sa poésie urbaine. Pour autant, l’artiste propose une large palette d’émotions nuancées : le romantisme écorché de Sous Ma Peau (« J’ai du mal à me dire que mes plus belles phrases sont de toi »), l’appel à croire en ses rêves de New York Times (« demain y’aura mon nom dans le New-York Times »), le questionnement existentiel de Hurricane (« Derrière la fenêtre j’vois des figurines comiques, je sens qu’un truc is coming »). Son style prend vie entre une écriture moderne et des sentiments quotidiens que l’on a hâte de voir grandir. Et ce, jusqu’au générique de fin : « Savoir écrire, c’est dire n’importe quoi sur un ton plus ou moins radical ». Ici, la radicalité se pare de tout, sauf de n’importe quoi.