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« The Queen’s Gambit » : la série Netflix qui va te faire adorer les échecs

« The Queen’s Gambit » : la série Netflix qui va te faire adorer les échecs

Camille Castres

Quel est le point commun entre Joan Harris, la belle rousse de Mad Men, et le Russe Garry Kasparov, champion du monde d’échecs ? Beth Harmon, charme flamboyant, intelligence hors norme, et personnage phare d’une des dernières créations Netflix. Les scénaristes retracent le destin d’une orpheline américaine, prodige des échecs, dans la Guerre Froide des 60’s. Anya Taylor-Joy incarne avec brio une anticonformiste ambitieuse, addicte au jeu et aux drogues…

Sortie de manière quasi confidentielle, la mini-série The Queen’s Gambit (Le Jeu de la Dame en VF) se hisse à la première place du top 10 français. Scott Franck et Allan Scott, deux scénaristes chevronnés, ont su positionner leurs pions en faveur d’un bouche-à-oreille de cinéphiles avisés. S’inspirant du roman éponyme de Walter Tevis, la série est disponible depuis le 23 octobre. Dévoilant, au gré de 7 épisodes, une œuvre romanesque, qui apporte de la profondeur psychologique à son héroïne aussi cérébrale que glamour. Le tout illuminé par le talent d’Anya Taylor-Joy, dans la peau de cette jeune stratège des échecs aux multiples fêlures.

C’est moi la plus forte !

Ouvertures et défense sicilienne…

À contre-courant des productions habituellement distribuées, The Queen’s Gambit ne distille pas vraiment les éléments qui font un carton Netflix, d’autant qu’il n’y a pas beaucoup de place pour les traditionnelles amourettes qui font le sel des séries télé. Le tour de force de cette pépite réside dans sa capacité à fasciner sur une discipline un brin ringarde, ou du moins perçue pour intellos introvertis. Les séquences de parties d’échecs s’apprécient comme des duels, parfois impitoyables, avec une mise en scène qui ne cède jamais la place à la répétition. Le rythme, qui va crescendo, confère à la série une dynamique, digne de films palpitants, avec la Guerre Froide en toile de fond. Et qui aurait cru que la défense sicilienne, fameuse ouverture d’une partie d’échecs, chérie par Harmon, entrerait dans notre vocabulaire avec un tel enchantement ?

…Glamour et ambiance rock’n’roll

À de nombreuses reprises, The Queen’s Gambit rappelle Mad Men, le chef-d’œuvre de Matthew Weiner, qui croque un groupe de publicitaires américains dans les années 50-60 dans un savoureux décorum sixties. L’œuvre n’échappe pourtant pas à cette image de la série Netflix ultra léchée (et donc trop parfaitement marketée ?). Mais la magie du vintage n’opère pas que pour les nostalgiques de cette époque. Ce parti pris est bien là pour contrebalancer des discussions trop techniques, qu’on jugerait peut-être rébarbatives, sans cette patine esthétique.

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Quoi, t’as pas encore regardé ?!

La référence à Mad Men se lit aussi au travers de ce que signifie une garde-robe pour une femme dans les sixties. Celle de Harmon semble avoir été empruntée à Joan Harris, la secrétaire sexy et pleine d’ambition. Anya Taylor-Joy sait donner du caractère à son héroïne : subtil regard mi-espiègle mi-coriace, rehaussé par un grand trait de rimmel. Ses vêtements la mettent en valeur, autant qu’ils témoignent de l’assurance qu’elle gagne en remportant les tournois aux quatre coins du globe. Plus elle se rapproche de son but, plus elle gagne en sensualité et en liberté comme pour glisser un message d’émancipation au sérail hyper masculin des clubs d’échecs, à l’aune de la révolution sexuelle et du Flower Power américain.

De plus, pour ceux qui aimeraient le bon son, la série donne le ton avec The Monkees, The Kinks, Quincy Jones et autre Herman’s Hermits. Bref, du lourd pour une mini-série qui s’avère tout sauf un échec.

THE QUEEN’S GAMBIT
De Scott Frank & Allan Scott
Avec Anya Taylor-Joy, Steffen Mennekes, Russell Dennis Lewis
Actuellement disponible sur Netflix

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