Que cherchez-vous ?

5 sorties à écouter cette semaine : Moby, Luke Anger, Hawa Sow & The Soul Seeders…

En raison des nouvelles normes du gouvernement, on s’assure d’être moins de 10 dans cet article : la légende tatouée Moby, l’esprit mélancolique Luke Anger, la lady soul Hawa Sow avec son backing band The Soul Seeders, l’ex-rockeur ricain Hanni El Khatib et le producteur mystère Swan Melani. C’est bon, on a le feu vert pour notre rassemblement musical.

Moby – All Visible Objects (LP)
Notre morceau préféré : « Separation »

Quand on parle de légende des nineties, Moby se place en bonne position. L’indécrottable producteur new-yorkais flirte avec le dancefloor avec son nouvel album All Visible Objects, qui mêle son ambition orchestrale avec un engagement sociétal. Fidèle à ses convictions sur les droits des animaux, l’immigration et le changement climatique, son retour sur le label anglais Mute Records ne va pas sans charge critique. Il suffit d’écouter D.H. Peligro & Boogie du groupe punk Dead Kennedys sur le frénétique Power is Taken : « We who hate oppression, Must fight against the oppressors, Power is not shared, Power is taken ». S’enchaînent les constats alarmistes avec Too Much Change qui pose sa perte de repères dans un monde en plein bouleversement, ou encore My Only qui met en garde sur les causes de la déforestation en Amazonie. Désormais presque aussi célèbre pour son énorme tatouage « Vegan For Life » que ses hits universels des années 90, l’artiste ricain propose un disque dans le prolongement de ses convictions révoltées. Moby a annoncé que les bénéfices de l’album seront reversés à différentes œuvres de charité dans un ultime coup de semonce.

Luke Anger – Luke Anger (LP)
Notre morceau préféré : « Snowland »

Avec son premier album, Luke Anger nous prouve que la mélancolie peut être un mood estival. Ancien membre du groupe rock Birdy Hunt, proche collaborateur de Crayon et Rivage, le chanteur gravite en solo sur des effluves de pop câline : son décollage irréel avec son premier single Réel Virtuel, son envol avec la mélodie planante d’Eléa, sa croisière avec la poudre magique de Snowland. Entre le chant ouaté de Flavien Berger et des variations cold wave, il exacerbe notre désir de sensations fortes chantées avec douceur. Ce disque se dévoile et nous enveloppe de ses synthés vaporeux, comme une bruine salée où l’on a envie de se jeter nu à corps perdu, pour se sentir vivre dans la puissance du ressac sentimental. Ici, l’artiste dessine les contours d’une nouvelle vague pop où l’on se laisse couler d’amour.

Hawa Sow & The Soul Seeders – Make It Happen (LP)
Notre morceau préféré : « I Followed My Man »

Depuis leur premier EP sorti en 2017, Hawa Sow & The Soul Seeders puise dans la soul d’antan qui a fait les grandes heures de Motown-Stax. Mais la voix puissante de Hawa Sow accompagnée du backing band The Soul Seeders est bien de chez nous (de Normandie plus précisément), bien que l’album ait bénéficié d’une expertise aux quatre coins de la planète. Mixé à Sydney par Nathan Aust et masterisé en Californie par Golden Mastering, ces connexions dessinent la carte d’une mondialisation de la soul, rendant possible le retour au berceau de généreuses productions old-school. Mais qu’est-ce que Make It Happen a rendu possible, au juste ? Le surgissement dès l’ouverture du souffle enlevé de Never Givin’ Up, l’orchestration vintage de Society Clock, le duo efficace avec Arnaud Fradin (chanteur et guitariste de Malted Milk) sur Yesterday, la folle allure de You Don’t Need Me et la chronique déchirante d’I Followed My Man. En particulier sur ce track, l’orchestration minimale se place en retrait de la suprême sensibilité vocale d’Hawa Sow, laissant une voie royale à la nouvelle locomotive de la soul. Du groove et du style : Hawa Sow & The Soul Seeders n’a pas fini de tracer sa route avec panache.

Hanni El Khatib – Flight (LP)
Notre morceau préféré : « How »

Tout aurait pu se terminer l’année dernière dans un grave accident de voiture dont le chanteur et guitariste californien est sorti miraculé. De là, s’est opérée une renaissance avec son album Flight produit par Leon Michels d’El Michels Affair (Lana Del Rey, Travis Scott, A$AP Rocky…). L’artiste parle de cet élan libérateur sans ciller : « Cette expérience m’a donné une perspective de la vie dont j’avais grand besoin. Je savais que je voulais en parler d’une manière ou d’une autre dans cet album ». Hanni El Khatib déploie une urgence péremptoire à vivre qui s’exprime sur son single phare Alive, mais il se débarrasse aussi de la comparaison avec le groupe The Black Keys qui lui collait à la peau. Sautillant de l’ouverture efficace de Carry à la batterie démente de Stressy, enchaînant avec le hip-hop inarrêtable de Leader, ou plongeant à deux pieds dans l’electro pop avec How, l’artiste égrène les genres. Ce cinquième opus donne un coup d’accélérateur versatile et ambitieux à son projet, laissant derrière lui le garage rock d’une autre vie.

Swan Melani – Long Island (EP)
Notre morceau préféré : « Long Island »

Swan Melani parle de « operacore » pour définir sa musique. Si on ne devait coller qu’une seule étiquette à ce premier EP indéfinissable, ce serait justement celle d’électro pop baroque, où sa voix céleste viendrait arracher les hauteurs de nos sentiments. Son ambition poétique, son timbre androgyne et sa production foisonnante pourront en rebuter certains, comme d’autres face à la gageure d’une Traviata électronique. Échangeons les coupes de champagne du palais Garnier contre le cocktail de Long Island, un vinyle du Lac des Cygnes contre le streaming de Swan Melani, et laissons nous aller à ce rêve symphonique remis au goût du jour.