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« Lune de Miel », une comédie romantique sur les traces de la Shoah

Première réalisation de l’actrice Elise Otzenberger, « Lune de Miel » traite d’un sujet hautement personnel avec un recul bienvenu : le devoir de transmission des descendants de l’Holocauste.

Des films traitant des heures sombres de l’Histoire, on en a vu un paquet. Et les gros sabots de certains tire-larmes nous ont parfois affolé, malgré leur présence indispensable pour contrer l’oubli des nouvelles générations. Elise Otzenberger tire avec intelligence les leçons de ce background. En se portant sur le quotidien d’un jeune couple parisien aux origines juives polonaises, elle déroule son histoire avec une proximité plus propice à la compréhension de ce sujet délicat.

Un week-end en amoureux pas commun

Anna et Adam partent pour la première fois de leur vie en Pologne. Ils ont été invités à la commémoration du 75e anniversaire de la destruction de la communauté du village de naissance du grand-père d’Adam. D’un côté, Anna est surexcitée par la découverte du pays de sa grand-mère dont elle ignore tout. De l’autre, Adam profite de trois jours de tranquillité pour boire des coups et prendre du bon temps. Les amoureux ne sont clairement pas sur la même longueur d’ondes, une source intarissable de décalage.

C’est par des embardées écrites au millimètre qu’Elise Otzenberger nous agrippe dans son film. Quand Anna lâche en plein en Varsovie : « Je me sens super polonaise, les sensations de mes ancêtres remontent », sa naïveté émerveillée nous décoche un sourire. Adam, lui, tient le rôle du désabusé au cynisme à toute épreuve. Quand sa femme distraite marche dans une flaque gelée, il lui signale qu’à une autre époque son doigt de pied serait coupé. L’occasion d’offrir l’un des meilleurs runnings gags du film avec une nouvelle paire de boots fantasy.

Un regard critique sur le tourisme de la Shoah

La réalisatrice s’amuse des clichés en passant à la moulinette les juifs comme les polonais. Mais l’emballement frénétique est tempéré par son regard critique sur le tourisme de la Shoah, entre un tour bus proposant une visite du ghetto (le « cheapest in town »), les marchands à la sauvette autour de la Shindler’s Factory, et l’horreur du merchandising de souvenirs nazis. On découvre que la Pologne n’a toujours pas enterré ses vieux démons. À l’heure où le président (très) conservateur Andrzej Duda dirige le pays, certains polonais gardent pour habitude de s’insulter de « juifs » (sic), quand ils ne graffent pas des étoiles sur les murs. Il reste du boulot.

Le rythme se ralentit quand l’émotion prend le dessus. Car la ville et la campagne, pleines de souvenirs et de cimetières, sont une caisse de résonance tangible à la folie meurtrière du passé. Après l’enthousiasme survolté d’Anna, le silence des pierres tombales de Varsovie donne force à la parole d’une survivante. En quelques séquences, Elise Otzenberger réussit à donner un poids assourdissant à l’Holocauste en coupant court aux blagues du couple par l’accalmie du recueillement.

Un scénario personnel bourré d’autodérision

Le point de départ du film est un voyage que la réalisatrice a fait à Zgierz où est réellement né le grand-père de son mari. La réalisatrice n’oublie pas l’importance du documentaire en se tournant vers le rire. Avec sa comédie romantique menée tambour battant, Elise Otzenberger nous invite à faire la paix avec le poids douloureux du passé. Ne dit-on pas que l’humour juif est « la révolte supérieure de l’esprit » ? Si Lune de Miel ne révolutionne rien, son autodérision est salvatrice.

LUNE DE MIEL

En salle le 12 Juin
Écrit et réalisé par Elise Otzenberger
Avec Judith Chemla, Arthur Igual, Brigitte Roüan, Isabelle Candelier

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