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L’interview Instagram de Cézaire

DJ, producteur et fondateur de la maison de qualité Roche Musique, Cézaire revient sur ses premiers pas en commentant dix posts tirés de son Instagram. Son nouvel EP, Attraction, est sorti le 6 décembre dernier.

Le grand public l’a découvert à l’occasion de la Fête de la Musique organisée en 2018 au Palais de l’Elysée. Si Cézaire est connu des initiés comme le loup blanc, jouer aux côtés de Kiddy Smile et Kavinsky sur l’invitation de Pedro Winter, le daron bienveillant de la French Touch, est la plus belle reconnaissance qui soit. Pour quel fait d’arme au juste ? Beaucoup trop de choses pour en faire le tour complet dans un article. Mais essentiellement, avoir fondé Roche Musique, fleuron de l’électro français qui a permis l’éclosion de FKJ, Kartell, Darius, Zimmer, Crayon, Katuchat, Dune et tant d’autres. Connu pour son éternel smile, ses pas de danse légendaires et son sens du business, Cézaire est devenu en quelques années une figure incontournable du milieu.

De directeur artistique à producteur de musique

Depuis 2016, le directeur artistique se mue en producteur de musique. Après son premier EP Seize the Day, Cézaire confirme l’essai avec son second maxi Attraction sorti le 6 décembre dernier. En cinq titres, il définit les contours soulful et sensuels de son univers qui sonnent comme le pendant downtempo de ses DJ Sets bourrés d’énergie. S’ouvrant avec le morceau You Came In Time en collaboration avec ses compères Phabo et Jordan Lee, le mini-album prend de l’ampleur avec The Answer où la voix sucrée d’Ayelle prospère. Mais c’est sur le track dédié à Queen B que Cézaire surprend en chantant à son tour, avant d’achever la douce visite auditive avec Je Plane. Cette nouvelle étape dans sa carrière foisonnante nous a donné envie de le rencontrer pour en savoir davantage.

Marin : Hello Cézaire. On te voit enfant sur ton premier post Insta, c’était qui Cézaire plus jeune ?

Cézaire : J’étais gamin, j’ai indiqué que la photo avait été prise à Copacabana, mais je ne sais plus où j’étais. Ma mère avait commenté : « C’est tout toi, démarche assurée ». Ça n’a pas changé, je sais où je vais.

M. Pour rester au Brésil, t’avais déclaré à Radar en 2018 : « Depuis tout petit déjà, je dansais sur la Macarena ». Comment tu te présenterais ?

C. Pour me présenter, je suis DJ, producteur, gérant de label, directeur artistique et business man. J’aime bien danser mais je ne suis pas pro (rires).

Marin : On te voit ici avec ta famille de musique de ton label Roche Musique. Quels sont les liens qui t’unissent à cette bande ?

C. Je bosse avec mes potes, on fait de la musique ensemble, on mange ensemble, on part en vacances ensemble… Du coup tu n’as pas l’impression de bosser. C’est que des gens que j’ai rencontré sur mon parcours et que j’ai recruté dans le label. Ils ne se connaissaient pas avant, du coup ça crée des amitiés naturelles dans le groupe. Depuis gamin j’aime faire ça, j’organisais des soirées chez ma mère où je mélangeais des gens qui venaient de plein d’endroits différents. C’est une colonie de vacances tous les jours.

M. On voit la pochette de ton premier EP Seize the Day sorti en 2016. Comment en es-tu venu à la production ?

C. C’est une belle cover de l’artiste tourangeau Charley Dupont d’après une idée que j’avais eue, mais il l’a rendue encore meilleure que dans mes rêves. À la base je ne faisais pas de musique, je voulais juste monter un label avec des artistes qui me tenaient à cœur. Au final, je me suis mis à mixé puis à produire. En ce moment je prends des cours de piano et de chant, j’ai envie d’améliorer ce profil de musicien.

M. T’es tout autant connu pour tes DJ Sets et ta résidence Nuits Pourpres [NDLR : renommée Attraction] ?

C. Là on est à Jakarta avec Crayon. Tout ce que je regardais quand j’étais gamin, c’était Ed Banger et les Daft Punk. J’ai commencé en tant que DJ presque par hasard, j’avais un blog de musique qui marchait bien et on a fait une soirée à la Flèche d’Or. Gros fiasco (rires). J’ai persévéré et me voilà. C’est un gagne-pain et un moyen de voyager, une sorte de bonus. Et puis être sur scène et faire danser les gens, je kiffe. C’est ce que j’aimais au basket : faire lever le public sur une action. C’est un peu pareil : tu fais une transition de fou ou t’envoies un son de dingue et ça crée des réactions.

M. Pedro Winter t’a invité à l’Elysée pour jouer à la Fête de La Musique, qu’est-ce qu’on ressent dans ce genre de moments ?

C. Pour moi qui suis fan d’Ed Banger, c’est une histoire de fou quand Pedro Winter m’a appelé. Il me fait : « T’es dispo pour la Fête de la Musique ? ». Je lui réponds que oui, carrément. Il me dit « Alors ça va être à l’Elysée ». Ils sont venus me chercher en voiture officielle pour traverser Paris avec les gyrophares. Je ne m’arrête pas à ça même si ce moment a fait parler de lui. C’était un instant spécial où j’ai senti la reconnaissance pas seulement pour moi, mais pour tout ce qu’on avait fait avec Roche Musique. C’était un accomplissement pour le label. Être reconnu comme le fleuron de l’électronique française, même si plein d’autres gens le méritent, ça fait du bien.

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M. Tu me parlais de basket tout à l’heure, qu’est-ce que t’en gardes et que tu mets dans la musique ?

C. Sur le post Insta’, c’est le terrain de Pigalle. C’est ma première passion, j’en ai fait plus de vingt ans c’est pour ça que je suis arrivé tard dans la musique. Après ça m’a permis d’écouter du hip-hop qui était très lié à ce sport. Je me suis blessé et ça m’a permis de réfléchir à là où je voulais aller. Pour autant je préfère la musique pour la possibilité d’évoluer et de changer. La musique est infinie alors que le basket est limité par la condition physique. À trente ans t’es à la retraite, qu’est-ce que tu fais ensuite ? J’ai pris plein de préceptes du basket que j’ai appliqué à Roche Musique : l’esprit d’équipe, le dépassement de soi, le travail, la répétition, la créativité…

M. Tu me parles de ton nouveau projet, Attraction ?

C. Deuxième accomplissement par rapport au premier où j’ai mis la barre plus haute : je me suis mis à chanter, les prods et la cover sont plus travaillées, je joue dans le clip. Il ne s’agit pas seulement de sensualité mais également des lois de l’attraction et d’attraper ses rêves. C’est un gros palier pour moi. Il y a beaucoup de références R’n’B, funk et hip-hop. Je comprends mieux ce que je veux faire, même si j’ai envie d’aller plus maintenant vers des musiques club. Les deux sont conciliables.

M. T’ajoutes une nouvelle corde à ton arc en étant acteur dans le clip d’Attraction ?

C. J’ai l’impression de toujours être en représentation, ce n’était pas trop difficile pour moi de jouer dedans. Si certains réalisateurs veulent me recruter pour un film, je suis dispo. Mais en vrai, je kiffe. Là c’était le niveau au-dessus car je me suis impliqué dans le scénario, je vois maintenant le process et je le referai avec plaisir. Je suis partisan du « il faut essayer » même si ce n’est pas parfait. À partir de maintenant, je vais faire ça tout le temps. J’ai envie d’incarner ma musique.

M. Ma dernière question est la signature chez Arty Paris. Quelle est ta définition d’un artiste ?

C. : C’est un mec qui se touche la nouille, se lève à 15H et fait de la peinture ou du banjo (rires).

M. Tu te considères comme artiste ?

C. : Je me considère plus comme un business man qu’un artiste.

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