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« Les Météorites », chronique délicate d’un état adolescent

Après la sélection de son court métrage « J’mange froid » aux Césars 2019, Romain Laguna signe un premier long métrage remarqué. Un film étourdissant, sensoriel et bouillonnant à l’image de son interprète principale, Zéa Duprez.

14H06, Gare de l’Est. Trois farfadets en jogging essaient d’arracher mon sac à la sortie de la projection des « Météorites ». Pour un film qui parle des surgissements à l’âge où tout semble possible, l’adolescence, dans un environnement où chaque sentier devient une aventure, l’Hérault, mon anecdote urbaine résonne avec l’échappée sauvage que je viens de vivre sur écran. La fin de l’histoire ? Fermement accroché à ma sangle, la résistance désarçonne les pickpockets qui s’enfuient en courant. L’autre histoire, celle des Météorites, ne fait que commencer.

17H36, un Dino Parc dans le sud de la France. Nina, 16 ans, a lâché le lycée pour bosser en compagnie de visiteurs relous. Son quotidien nous donne de jolies séquences contemplatives à la lisière du surréalisme, comme le nettoyage d’un T-Rex à taille réelle. À l’occasion d’une pause, elle rencontre Morad, le frère de sa collègue Djamila. Le coup de foudre est immédiat. Avec une certaine naïveté aventureuse, Nina explore ses premiers émois autant que les montagnes environnantes, et parfois les deux se mêlent. Dans une scène magnifique sur une plage de galets ronds, Romain Laguna sublime l’éveil des sens de son personnage. De part en part, le film est traversé par des fulgurances éblouissantes.

Cette ouverture au monde qui l’entoure, Nina le doit à une météorite qui s’écrase dans le massif montagneux du Caroux. Un éclair de lumière dans le ciel qu’elle interprète comme l’annonce d’un bouleversement imminent de sa vie. Elle n’est pas bien sûre de ce qu’elle a vu : a t-elle rêvé puisque personne d’autre ne semble être au courant ? Ou est-ce un signe qui lui était seulement destiné ? En filant la métaphore céleste, Romain Laguna entretient la saveur fantastique du film, entre codes de comédie romantique naturaliste, film d’aventure intimiste, et de genre dépouillé.

Cette perte de repères s’appuie sur l’ancrage réaliste du métrage. Le casting composé de non-professionnels est beau de spontanéité, ne donnant jamais l’occasion de se raccrocher à un visage connu. Parmi tous, Zéa Duprez fait office de véritable révélation. Castée lors d’un festival de hip-hop où elle se produisait, l’interprète donne de sa personne avec brutalité quand il s’agit d’être forte, avec tendresse quand l’amour pointe. Comme elle, son personnage écoute du rap dans la vie, comme dans le réel, ses émotions se lisent à fleur de peau. La naissance d’une étoile.

C’est d’ailleurs l’intérêt principal des Météorites : ne jamais tomber dans la caricature ou l’excès. Cette justesse tant convoitée par des réalisateurs émérites – on pense aux Dardenne, brille de mille feux dans les instants de vie des personnages. Le réalisateur porte son regard sur une génération en quête d’ailleurs, avec ses désirs, ses espoirs, et ses déceptions. Tous se cherchent un avenir et le rêvent loin de Béziers : Djamila veut partir bosser à Paris, Morad regarde de l’autre côté de la Méditerranée, et le meilleur ami de Nina, Alex, est à deux doigts de s’engager dans l’armée. Prise au milieu d’un tourbillon de départs, Nina doit trouver sa voie.

13H29. Sortie de projection des Météorites. Comme Nina, j’essaie de garder les yeux grand ouvert. Comme elle, je suis amoureux. Nina est maintenue par Morad dans un état de flottement et d’ultra-sensibilité au monde qui l’entoure – les météorites, la nature, les autres. Moi, je suis tombé dingue des Météorites. Je regarde le ciel bleu, et je vois une guerrière qui fonce sans qu’on lui en donne la permission, qui s’affranchit de tout déterminisme social. Nina est notre météorite. En dressant la chronique d’un été, Romain Laguna nous donne raison de croire à nos rêves tout en gardant les pieds sur terre.

LES MÉTÉORITES

En salles le 8 Mai
Écrit par Romain Laguna et Salvatore Lista 
Réalisé par Romain Laguna
Avec Zéa Duprez, Billal Agab, Oumaima Lyamouri, Nathan Le Graciet