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[Critique] « Le Mans 66 » a la trempe des grands classiques hollywoodiens

Réalisateur du crépusculaire Logan et du fiévreux Walk the Line, James Mangold signe un blockbuster dans la lignée des classiques du genre. « Le Mans 66 » fait vrombir les moteurs pour parler de mécanique humaine avec un Christian Bale impérial.

La trogne stoïque de Steve McQueen dans Bullitt (1968), la peur au ventre de Dennis Weaver dans Duel (1971), ou encore l’éternel Steve McQueen dans Le Mans (1971). Depuis toujours, le mythe hollywoodien du film de courses-poursuites s’est construit autour de visages iconiques. Depuis longtemps, cette tradition disparue du cinéma américain nous laisse nostalgique d’une époque que l’on n’a pas connu. Il y a bien eu Rush en 2013, mais le plan-plan Ron Howard n’a jamais eu les épaules de Peter Yates ou de Steven Spielberg. Par sa promesse de renouer avec les grandes heures du film automobile, Le Mans 66 nous mettait les chocottes autant qu’il nous faisait trépigner d’impatience. Le challenge était là.

Christian Bale dans une partition solaire et électrique

Il y a déjà un budget démesuré à la hauteur de l’ambition du studio : 100 millions USD sans les frais marketings. Ajoutons-y des hommes de talent comme James Mangold, cinéaste discret à la filmo foisonnante. C’est lui le premier qui nous a mis la puce à l’oreille, connaissant sa passion pour les gueules cassées et les âmes en peine, de Joaquin Phoenix en proie à ses démons intérieurs dans Walk the Line, à Hugh Jackman face aux démons manifestes de Logan. Par le réalisateur arrive inévitablement ses acteurs, et c’est Christian Bale qui emporte tout. Dans le rôle du pilote Ken Miles, sa performance inoubliable prend le pas sur une quelconque transformation physique, montrant une partition souriante de père de famille à laquelle il ne nous avait pas habitué. Pour le visage iconique, c’est validé.

Ici, la voiture n’est qu’un prétexte pour parler de la mécanique humaine. Entre les scènes immersives de course automobile, le moteur du scénario embraye sur l’essence des protagonistes. L’huile de coude raconte les enjeux personnels : la peur de Ken Miles de perdre son équilibre familial, la volonté de l’héritier Ford de surpasser son père, la soif de reconnaissance des opportunistes du siège. Les personnages se révèlent au fur et à mesure que le film s’accélère, notamment Carroll Shelby interprété par Matt Damon qui s’humanise en défendant sa vision de la Ford GT 40, et par là son ami qui la conduit. Si Le Mans 66 est un plaidoyer en faveur des États-Unis contre la vieille Europe de Ferrari, la critique de l’industrialisation fordiste par les individualistes rêveurs est bien là.

Pleine immersion dans la mécanique humaine

Impossible de passer à côté de la comparaison avec Rocky, film-somme sur la consécration du patriotisme par la force d’un caractère. Toute la schizophrénie des États-Unis est résumée. D’une punchline dont les scénaristes américains ont le secret, Ken Miles lâche : « Ford déteste les gens comme nous, parce que nous sommes différents ». L’authenticité du self-made man est mise à l’épreuve par une machine bien plus dangereuse, celle aliénante de la bureaucratie. Malgré la trajectoire classique du scénario, la lutte des deux David face au Goliath capitaliste crée les rebondissements multiples d’un film viscéral, captivant et intelligent. Oui, on risque le dernier adjectif.

Le climax final réunit tout ce qu’on aime dans Le Mans 66 : une immersion sans pareil au milieu des tôles froissées, des luttes intestines à leur paroxysme, et une interprétation magistrale de Christian Bale pied sur la pédale. Il montre également ses lacunes par l’absence de rôle fort féminin, ne dépassant pas le cadre très testostéroné de la course automobile. L’épouse de Ken Miles reste, invariablement, cantonnée à sa place de femme au foyer. Mais sa dimension de pop corn movie d’excellente facture reste suffisamment précieuse, sans ne jamais prendre le pas sur ses ambitions thématiques. Toutes les raisons sont bonnes pour faire un tour de circuit avec Christian Bale.

LE MANS 66

Réalisé par James Mangold
Avec Christian Bale, Matt Damon, Caitriona Balfe, Jon Bernthal

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