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Interview : Alexia Gredy, plaisir simple d’une poésie chantée

Par des paroles en français et son charme pudique, Alexia Gredy nous obsède avec son hit « Paradis« . D’une écoute, la symbiose est immédiate.

Marcher pieds nus dans l’herbe, s’éterniser sous la couette, croquer une tablette de chocolat noir. Savourer un plaisir simple n’a pas de prix. Découvrir le premier EP d’Alexia Gredy non plus. Sorti le 27 février 2017, « L’Habitude » fait couler la poésie dans nos veines, et l’encre dans la presse. Libération, Grazia et Télérama la couvrent d’éloge d’une comparaison avec Marie Laforêt et Juliette Armanet. Pour garder pied, le vertige est rationalisé.

Pour notre part, on n’adoptera pas le pré-déterminisme d’une posture. Peut-être pour ses yeux d’un bleu perçant ou la tendresse de son phrasé, Alexia emplit ses ritournelles d’un éclat obsédant. On affirme que si l’ancienne mannequin est éblouissante, c’est par sa capacité à habiter les textes au-delà d’un mimétisme homologué. Réédité avec la complicité des barons de la pop Baxter DuryDodi El Sherbini et Geoff Barrow de Portishead, « L’Habitude² » déroule le duveté d’une dream-pop à la française.

Hors du temps pour un acte présent, on a choisi d’écouter la voix d’Alexia. Après l’interprétation studio de son nouvel EP sorti le 29 juin dernier, succède la spontanéité d’un entretien où la chanteuse se livre sur cette notoriété qui la dépasse un peu. Avec Alexia, on n’a presque plus besoin d’écrire.

Peux-tu nous raconter comment passe t-on des couloirs de la Sorbonne au devant de la scène ?

Alexia : J’ai toujours aimé écrire. Je ne pensais pas que ce serait sous cette forme, mais c’est une envie qui était présente depuis longtemps. C’est aussi le résultat de beaucoup de rencontres, un mélange d’insouciance ou d’inconscience (…).

J’ai écrit ces chansons, mes éditeurs puis le label m’ont encouragé à les sortir, mes parents m’ont soutenue. Je ne sais pas combien de temps ça va durer, mais je suis contente de pouvoir les sortir aujourd’hui, et les chanter sur scène.

Crédit : Philippe Lebée
On t’a découverte avec ton hit « Paradis » , qui nous a touché par la grâce de tes textes. Que recherches-tu dans l’écriture de chansons ?

A. La chanson Paradis est assez importante pour moi car c’est la première qui est arrivée en français, un peu comme un déclic, il y a quelques années.

À ce moment là j’écrivais des petites chansons dans une anglais approximatif, pour rechercher des mélodies et par pudeur surtout, je suis quelqu’un d’assez réservé et je n’avais pas envie qu’on me comprenne.

A. Ce que raconte cette chanson est très clair pour moi, mais j’ai fait en sorte de brouiller les pistes : si bien qu’on peut y comprendre ce qu’on veut.

Avec le temps, je me libère petit à petit de ça. J’aime de plus en plus raconter les histoires sans pudeur, mais il n’y a pas de règles.

Crédit : Virgile Guinard
Une nouvelle scène féminine émerge, résolument pop et poétique. Te sens-tu proche de Claire Laffut ou Juliette Armanet à qui l’on te compare souvent ?

A. J’aime beaucoup les chansons de Juliette Armanet, je la trouve très impressionnante en concert. J’entends souvent parler de cette scène féminine pop où on met toutes les femmes qui chantent en français dans un même panier. Je ne sais pas vraiment quoi en penser, dans la mesure où l’on est toutes très différentes.

Parfois je trouve ça un peu réducteur, mais je comprends. Il y a de plus en plus de chanteuses francophones pleines de talents, c’est super qu’on en parle.

Ton premier EP « l’Habitude » est sorti en février 2017, tu reviens aujourd’hui avec ce nouvel opus. Quelle seconde lecture souhaites-tu y apporter ?

A. Pour moi, cet EP est un enrichissement du premier plus qu’une relecture.

Après la sortie de mon EP l’an dernier, j’ai commencé à réfléchir au son que je voulais pour l’album. C’est une chose à laquelle je n’avais pas vraiment réfléchi avant (…).

L’EP reflète ces rencontres, les sonorités que j’aime, mes influences. Après la sortie, Je me suis autorisée à enrichir ces premiers sons, à rencontrer d’autres producteurs comme Robin (alias BBP Prod.) qui a fait la prod’ de la version Cœur Noir de Paradis.

Crédit : Romain Mayoussier et Virgile Guinard

A. Au départ c’était un essai, une envie commune d’essayer de travailler ensemble.

Ça s’est transformé en des chansons complètement différentes. Il m’a proposé de nouvelles partie instrumentales, et j’ai écrit une mélodie.
Je trouvais intéressant, au moins pour moi, de regrouper tous ces sons qui feront l’album que je prépare : un peu comme un carnet d’intention de sons dans lequel je pioche.

De quoi rêves tu pour demain ?

A. Je rêve de pouvoir continuer à jouer mes chansons, de pouvoir en écrire d’autres, de voyager aussi, d’avoir des choses à raconter…