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[PREMIERE] Jeremi Durand interroge la condition humaine avec sa série photo « What Is Left Of Us »

Photographe et réalisateur acclamé pour ses clips de Zimmer, Röyksopp et Digitalism, Jeremi Durand dévoile en première sur Arty Paris sa nouvelle série photo What Is Left Of Us, inspirée par le travail du cinéaste Stanley Kubrick.

C’est un homme à Los Angeles, les yeux clos, le pas sûr. Au milieu du fracas de la ville et des klaxons de l’impatience, il semble comme guidé par une énergie plus grande que lui. Plus forte que nous. Cet homme est l’acteur américain Ted Otis, les temps grisonnantes et les mains nervurées. Son visage magnétique nous entraîne en terrain nouveau, celui de la série What Is Left Of Us de Jeremi Durand.

Notre fascination pour le travail du photographe et réalisateur n’est elle pas nouvelle. Entre Londres, Paris et Los Angeles, Jeremi navigue depuis toujours entre la publicité, la fiction et les clips. C’est par ces derniers qu’on a poussé la porte de son univers, découvrant chez lui une passion pour les corps en mouvement, qui tombent chez Zimmer dans Lost Your Mind, qui dansent chez Apple Jelly dans Control, qui inquiètent chez Keny Arkana dans Madame la Marquise. Avec sa nouvelle série, le créatif met en scène le ballet inquiétant d’une chute programmée. Celui d’une société aveuglée. Et par là, réunit tout ce qui définissait son empreinte dans un propos universel.

Dans les vieux dictons populaires, on dit que le corps est le reflet de l’âme. Chez Jeremi Durand, les corps sont possédés par l’âme de nos sociétés. Tordus, exaltés ou aveuglés. Avec What Is Left Of Us, le photographe dresse le portrait pessimiste d’un homme pour parler de nous tous, de l’individu contre la masse, de la mort contre la vie, et de tout ce qui se trouve dans l’entre-deux.

Jeremi s’attache à distinguer le corps dans son environnement. Par des gestes, une posture, une action que l’on pourrait tous avoir. Mais par leur anormalité motrice, il questionne notre étrangeté en faisant se côtoyer l’inhabituel dans l’habituel.

Le nom de travail de sa série photo était Look Eyes Wide Shut, référence directe au film testamentaire de Stanley Kubrick. Le réalisateur connu pour ses ambiances glaciales questionnait dans son chef d’œuvre notre rapport au corps. Et au désir, bien sûr. La réalité physique et notre projection mentale s’affrontaient : l’érotisme banalisé de l’icône Nicole Kidman, l’overdose hypnotisée d’une prostituée, la plongée irréelle dans une orgie conspirationniste. Kubrick faisait basculer le quotidien dans un fantasme concret. Sûrement l’une des raisons pour laquelle le film a été aussi mal accueilli à sa sortie : l’étrangeté s’appuyait sur des structures familières pour mieux nous interpeller.

Chez Jeremi, pas de cape rouge ni de bandeau pour symboliser la cécité, le face-à-face est encore plus troublant qu’il suffit à son acteur de fermer les yeux. L’attraction de sa série est palpable dans le rapport sensoriel qu’elle entretient au monde. Quand on regarde ce qu’il reste de nous, tout semble plus incertain qu’en 1999. Peut-être faut-il se détacher de ses références pour enfin porter un regard neuf, comme Jeremi Durand le montre à travers son objectif.

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