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Interview : Yseult, en rouge et noir

Pour la sortie de son nouvel EP « Noir » qui fait suite à « Rouge » en juin dernier, nous avons croisé le regard ébène et les mots passionnés d’Yseult au MaMA Festival. En quatre morceaux introspectifs, la chanteuse nous émeut avec son y-trap, sa signature musicale entre pop et trap.

Stendhal en a fait un roman, Jeanne Mas une chanson, Yseult deux EPs. Du lyrisme littéraire au tube universel, la chanteuse condense une rage de vivre aussi romantique que flamboyante. Sorti le 28 juin dernier, son trois titres Rouge nous susurrait à l’oreille ses amours obsessionnels dont elle ne parvenait à se défaire. Disponible aujourd’hui, son nouvel EP Noir claque des mandales de sa voix de velours : l’estime de soi et ses tourments familiaux dans Corps, le témoignage de sa solitude urbaine dans 5H, son parcours semé d’embûches dans Plus Rien à Prouver. Yseult laisse entrevoir tout son chant des possibles d’une pop rouge ardente mêlée à une trap noire ébène.

Un pied dans la trap, une voix dans la pop, les yeux rivés vers l’avenir

Rares sont celles qui arrivent à exister après une émission de télé-crochet, ici la finale de Nouvelle Star en 2014. Plutôt que se katy-perryser en major, Yseult a choisi de tracer sa route après une remise en question douloureuse. Sa structure Y.Y.Y. en guise de tremplin, des textes cash comme un braquo, une couverture d’EP qui magnifie son physique, la mise à nue devient symbole de renaissance en totale indépendance. Parmi les tracks produits par Yung G, le single Noir condense particulièrement les hantises existentielles de l’artiste avec une voix autotunée répétant obstinément « toute ma life », avant qu’un break dansant ne libère les frustrations contenues. En off, Yseult a annoncé un album et un featuring avec Angèle. Que passent les nuages, Noir est couleur d’espoir.

Marin : Hello Yseult. Après Rouge, tu passes à une identité plus brute avec ton EP Noir sorti ce vendredi. Comment s’est faite cette évolution ?

Yseult : Rouge était une cisure avec mon projet d’avant et celui de maintenant : « Ceci n’est qu’une transition, attendez de voir (rires). Ce n’est que l’apéro, il y a l’apéro deux qui va arriver. » Les morceaux de maintenant sont beaucoup plus affirmés, plus bruts, plus sensibles, je ne me prends plus la tête. Sur les réseaux, on me reproche de ne pas m’exposer assez, parce que je pars du principe que je suis une artiste : si les gens veulent savoir qui je suis, ils ont juste à prendre un Rien à Prouver, un Noir, ou un Corps. C’est important qu’on reparte aux bases en tant qu’artiste, c’est-à-dire se raconter en musique.

Clique sur la cover pour écouter l’EP
M. Tu te démarques en travaillant autant ta musique que tes visuels. Le clip de Noir en est un bel exemple, tu l’as conçu comment ?

Y. À la base pour Noir et plus généralement pour mon projet, j’écris un pitch que j’envoie à des boîtes de prod où je vais aller chercher des réals spécifiques à ma vision. Là, je voulais un délire bondage avec de la peau et des choses assez deep. On m’a fait plein de propositions que j’ai refusé, et en cherchant j’ai découvert Judith Veenendaal. Ce qui est marrant, c’est quand tu regardes le clip tu penses que c’est un homme qui l’a réalisé parce que c’est très frontal. Et en fait non (rires).

Le dernier shooting d’Yseult est un vrai pari (osé et réussi)
M. Et pour tes visuels dont la cover d’EP ?

Y. Ce sont des parties de mon corps pour la cover de L’EP Noir, en l’occurrence le haut de mon cou pour la Face B, et un focus sur mes trois / quatre bourrelets qui se battent en duel pour la Face A. J’ai posté récemment une photo de moi, nue sur un matelas, j’en suis grave contente parce que c’était un shooting extrêmement dur. Certains médias ont pris Rien à Prouver et Noir comme un règlement de compte, alors que c’est juste le ressenti d’une meuf qui a galéré pendant X années, et qui a aujourd’hui la liberté de dire ce qu’elle a pu ressentir et ce qu’elle ressent maintenant. Comme je m’assume pleinement avec des textes introspectifs, personnels et intimes, autant affronter physiquement qui je suis. De par ma musique, je donne des émotions, et de par mon image, j’éduque les yeux des gens.

M. Il y a des mouvements très forts de body positivism aujourd’hui. Tu t’y retrouves ?

Y. Non, je trouve que ça a perdu de sa superbe. C’était cool mais ce mouvement exclut trop de gens : des meufs rondes qui excluent des meufs plus minces. Alors que le body positivism c’est pour tout le monde que tu fasses une taille 2 à 32 ou 77. Il y a une communauté qui s’accapare le truc en excluant une autre communauté, et vice-versa. Moi, je ne fais absolument pas partie de ce délire. No waaay [Yseult chante] (rires). Je referais partie de ce crew seulement si c’est un mouvement qui n’exclut personne.

Se libérer des chaînes partisanes
M. T’as envie de t’aventurer vers quelque chose de plus engagé ?

Y. Je pourrais surtout être engagée au niveau de l’image et de la musique parce que j’ai le parti pris d’avoir un discours très introspectif et une image clivante. Soit tu comprends le délire et t’essaies de gratter, soit tu ne le comprends pas. Quand t’écoutes ma musique, tu te prends les paroles car rien ne cache ma voix. J’ai tellement de trucs à raconter, ce métier me permet de prendre la parole et dire ce que j’ai à dire. Aujourd’hui, je me sens trop bien dans mon corps, je vais le montrer par l’écriture ou un visuel.

M. Entre Rouge et Noir, t’as peint une troisième couleur avec Claire Laffut sur Nudes. Tu me parles de ce track ?

Y. En gros Claire Laffut, d’une je l’aime trop, de deux elle est trop des barres, de trois je l’aime trop (rires). J’ai trouvé le « on s’envoie des nudes de tout l’été… », que Claire a trouvé trop lourd et on a appelé le titre Nudes. Ça s’est fait de manière fluide en équipe avec Gaspard Murphy [NDLR : musicien et producteur], et on s’est regardés à la fin de la session : « hmmm, il y a un petit titre qui colle pas mal ». Franchement, je suis trop contente de l’avoir fait.

Yseult + Claire Laffut = YCLtrap
M. En quoi le clip réalisé par Jean-Charles Charavin a étendu ton univers ?

Y. Ce que je trouve cool avec le clip, c’est que bien qu’il ne fasse pas partie de mon identité artistique, je me retrouve dans le message d’acceptance. T’es en vacances avec ta pote et t’envoies un nude à ton crush – n’ayons pas peur des mots. Je kiffe trop Jean-Charles Charavin qui me suit depuis Rien à prouver où il était réal, et avec sa boîte de prod Incendie Films sur Laisse aller avec Lord Esperanza.

M. En parlant d’entourage, ça te fait quoi d’être accompagnée de cette petite sphère avec les supers talentueuses Chilla et Lous and The Yakuza ?

Y. Je t’avoue que je trouve ça trop cool d’être avec des meufs qui font le même métier que toi, et que tu vois briller au loin alors qu’on a passé tout notre été ensemble. Avec Lous and The Yakuza c’était collé-serré du lundi au dimanche (rires). Et là c’est la rentrée, on sort chacune notre clip et notre EP. En vrai, je suis trop heureuse de traîner et de se soutenir avec Chilla, Lous et Angèle. C’est un soutien sincère en mode « j’assure tes arrières ». Ce sont des meufs qui m’inspirent car elles ne sont pas arrivées comme ça [NDLR : Yseult fait un claquement de doigt], qui sont extrêmement fortes, et qui se poussent entre elles. Je suis juste reconnaissante.

Yseult a signé plusieurs premières parties d’Angèle
M. Le futur vient de Belgique ?

Y. C’est pour que je suis partie depuis sept mois à Bruxelles (rires). Je n’ai pas envie de dire que le futur vient de Bruxelles, mais il vient d’ailleurs bien que je sois parisienne. Par exemple, j’ai composé Corps et Noir à Bruxelles, et j’en suis extrêmement fière. Ce qui m’a inspiré, ce sont les gens, la vibe, le délire artistique où tout va beaucoup plus loin. À Paris, je ne me sentais pas vraiment poussée ni soutenue, ici on se contente d’un hit et de la moyenne niveau visuel. Alors qu’à Bruxelles, il faut faire honneur à ton clip.

M. Qu’est-ce que je peux maintenant te souhaiter pour la sortie de Noir ?

Y. De la paix, de la sérénité, et beaucoup de courage. Il va falloir que je sois forte, que je bosse beaucoup plus que les autres.

M. Ma dernière question est la signature chez Arty Paris. Quelle est ta définition d’une artiste ? Et est-ce que tu te considères en tant que tel ?

Y. Je me considère sincèrement en tant qu’artiste car je n’ai pas peur d’explorer plein de choses : chanteuse, auteur-compositeur, modèle [NDLR : Pour Asos notamment], et je m’occupe de la DA de Blu Samu par exemple. Ma mission est d’éduquer les gens avec mon image et mon corps.

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