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Interview : Voyou met des paillettes dans Paris avec « Des confettis en désordre »

Interview : Voyou met des paillettes dans Paris avec « Des confettis en désordre »

Amélie Pang

L’œil rieur, le mot facile et la trompette bien sentie, le jeune Voyou  fait rayonner sa pop fantaisiste avec l’EP Des Confettis en désordre. Après un premier album acclamé par la critique, le chanteur déverse sa joie de vivre à qui veut bien l’entendre et nous lire.

Voyou, de son vrai nom Thibaud Vanhooland, nous avait transporté avec son album Les bruits de la ville en 2019. Un disque autobiographique où le chanteur présentait les villes qui l’ont vu grandir avec sa pop colorée, teintée de poésie urbaine et de sonorités cuivrées. Toujours accompagné de son instrument fétiche, la trompette, auquel il dédie un interlude, Voyou revient avec son nouvel EP Des Confettis en Désordre, un recueil de sept titres qui nous fait chavirer dans un univers à la fois léger et mélancolique. L’artiste fait pleuvoir des confettis et nous invitent, en ces temps pluvieux et moroses, à rêver et à nous évader.

Amélie : Salut Thibaud, peux-tu me raconter comment est née cette collection de sept titres ?

Voyou : Ces morceaux sont tous apparus à des moments différents. Je les ai enregistrés dans des studios différents avec des ingénieurs différents. Du coup ils n’avaient pas trop de lien les uns avec les autres. C’était soit des nouveaux morceaux enregistrés après mon premier album, soit des reprises ou des morceaux que je jouais en live que les gens me demandaient souvent de pouvoir les écouter chez eux sur les plateformes de streaming. J’ai donc choisi ces morceaux que j’ai enregistrés. C’était du plaisir, quand j’ai fait mon premier album c’était quelque chose de très cérébral et j’ai tourné avec cet album pendant un long moment. J’avais aussi envie de sortir de la musique à un moment où pleins de dates se sont faites annuler pour des raisons que l’on connait tous maintenant.

A. Cet EP comporte 2 reprises, mais c’est la manière dont tu t’es approprié Teenage Fantasy de Jorja Smith qui m’a marquée. Quel était le principal challenge de cette reprise en français ?

V. Le premier challenge était de trouver un morceau qui pouvait sonner juste dans ma bouche car elle parle beaucoup de sa féminité, de sa jeunesse, des endroits où elle est née et a grandi. Chanter certaines de ses chansons aurait sonné un peu étrange dans ma bouche. Du coup, ce morceau-là était hyper universel et pouvait être chanté par n’importe qui. C’était quand même dur de le traduire, de garder sa rythmique de chant et sa mélodie tout gardant le sens de son texte en français. Ce n’était pas évident mais j’étais assez content du résultat.

A. La trompette occupe une place importante dans l’interlude qui est le seul morceau instrumental de ce recueil. Quelle est ta relation avec cet instrument ?

V. Mon père est trompettiste, c’est lui qui m’a appris à jouer cet instrument quand j’avais 3 ans. Il me faisait des exercices de respiration. J’en ai fait pendant très longtemps et j’ai arrêté à l’adolescence. Puis j’ai recommencé quand j’ai joué avec d’autres groupes. Sur Voyou j’ai commencé timidement à mettre un peu de trompette, j’ai vu que sur scène cet instrument plaisait beaucoup aux gens. Je me suis donc senti libre d’en mettre plus et jusqu’à avoir un morceau où c’est l’instrument central.

A. Dans la chanson La Cour d’école, tu décris différents types d’élèves. Quel enfant étais-tu ?

V. J’étais tout le temps dans les nuages et très rêveur, mais toujours en train de faire le con quand même (rire). Après il y a ce que j’étais avec mes amis, ma famille et aussi l’enfant que j’étais à l’école où l’on te colle un rôle qui correspond finalement à ta personnalité profonde.

© Anoussa Chea
A. Yelle a sorti son album L’ère du Verseau dont tu as produit 3 morceaux. En quoi le travail de producteur pour d’autres artistes est-il différent de celui pour ton projet personnel ?

V. Ce ne sont pas les mêmes enjeux ni les mêmes libertés car tu travailles pour la musique de quelqu’un d’autre. Bizarrement, ça te crée beaucoup plus de libertés que ce que tu penses. Tu te permets d’essayer des choses que tu ne ferais pas pour ta musique parce que tu as une idée très précise de ce que doit être ta musique. Quand un artiste fait appel à toi pour faire de la musique, qu’il y a une envie d’aller ailleurs et chercher d’autres styles, sonorités. J’adore le faire, car ça me permet d’essayer pleins de nouvelles choses, de sortir de ma zone de confort et de me nourrir artistiquement. C’était hyper intéressant de travailler avec Yelle et Grand Marnier. Ce sont des gens hyper cultivés qui ont une vision des choses très intéressante. Finalement, tu travailles pour quelque chose à la fois très défini et très libre.

A. Tu étais musicien dans plusieurs groupes avant de te lancer dans ton projet solo, était-ce une évidence de passer derrière le micro ?

V. Ça m’a pris quand même 10 ans ! J’ai fait 10 ans de tournée avant de lancer mon projet personnel. Quand j’ai décidé de le lancer, ça faisait déjà 12 ans que j’écrivais des morceaux. Je pense que j’avais besoin d’apprendre mon métier avant de le faire vraiment. Observer les autres faire, me nourrir de leur réussite et des choses qu’ils réussissaient moins par moment. Mais aussi pour me sentir légitime sur scène, de défendre un projet, de m’adresser aux gens, et même de faire des interviews. C’est un truc qui n’est pas évident au début et d’avoir été derrière à regarder les autres faire m’a beaucoup aidé.

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A. J’ai vu que tu dessinais tes pochettes et que tu réalisais les animations de tes clips. Est-ce important de participer à la direction artistique de ton projet ?

V. J’ai des images dans la tête quand j’écris mes morceaux, mais je pense que je pourrais très bien tout déléguer à d’autres personnes. Je profite de savoir manier ces outils là pour montrer les couleurs et les paysages que j’ai dans la tête à travers des pochettes et des animations. C’est surtout un terrain de jeu, ça m’amuse.

A. On peut dire que ça complète ta musique ou c’est un bonus ?

V. C’est un plus. J’aime faire les choses un peu DIY (NDRL : Do It Yourself) et sur mes clips je travaille toujours avec d’autres artistes qui me rejoignent sur cette idée. D’ailleurs sur la vidéo, par exemple, il y a des gens qui me complètent extrêmement bien. Le graphisme et les dessins sont un moyen très direct d’avoir une image cohérente avec ce que je fais en musique.

A. Enfin, il s’agit de notre question signature chez Arty Magazine. Quelle est ta définition d’un artiste ?

V. C’est quelqu’un qui s’occupe de voir des choses dans le détail et de le délivrer. C’est-à-dire qu’on a la chance d’avoir le temps de voir les choses qui nous entourent et c’est assez précieux. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Du coup, on a le temps d’observer ça, d’avoir une réflexion et puis d’essayer de le montrer aux autres.

Écoutez Des Confettis en Désordre sur Spotify.

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