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« Planche » : La web-série dans l’univers du skate à New-York, Berlin et Paris

Photographe et réalisateur, Victor Charrier a ridé à New-York, Berlin et Paris pour sa web-série Planche. Le premier épisode diffusé sur Youtube dresse un parallèle entre l’esthétique du skate et du basket-ball. Le célèbre photographe sportif Kévin Couliau en est le premier guest. Focus.

Du skate sur Arty Paris, une révolution est en cours dans la rédac’ ? Non, on ne s’apprête pas à ouvrir une rubrique « Sport » sur le magazine. La websérie Planche de Victor Charrier nous passionne pour son regard documentaire et sa vision artistique du skate : « Le côté artistique du skate est indissociable de sa pratique. On juge une figure aussi sur son style. » nous dit Victor dans son interview. En immersion dans les tribus de la planche et du ballon orange de New-York et Paris, le premier épisode diffusé sur Youtube raconte comment ces cultures ont rayonné à travers l’objectif de photographes inventifs et aguerris. Son premier invité, le photographe sportif Kévin Couliau, globe-trotter insatiable et collaborateur de la NBA, dresse un parallèle entre la culture playground et l’univers du skatepark. Sur une planche ou derrière un objectif, chaque artiste est en quête du trick parfait.

Marin : Hello Victor. Peux-tu me raconter comment ton projet est né il y a quatre ans ?

Victor : Ce projet est né d’une pratique et d’un constat. Je fais du basket depuis l’enfance, j’ai joué dans plein d’endroits différents. Ce que je retiens de ces expériences ce sont des images, une certaine esthétique qui m’a permis de me projeter dans mon travail aux Beaux-Arts de Toulouse. Pendant ma deuxième année à l’école, j’ai réalisé une édition où j’essayais de comprendre comment créer le terrain de basket de rue idéal. J’avais appelé cette édition Planche. En France, on peut voir un peu partout des terrains appelés des « City stades » qui réunissent plusieurs sports sur un seul terrain. J’ai toujours pensé qu’en essayant de contenter tout le monde de cette manière, on finissait par ne faire plaisir à personne. Par exemple, ils ne sont pas du tout adaptés à la pratique du basket.

Au fur et à mesure que j’avançais dans ce projet, je me suis tourné vers le médium que j’utilise le plus depuis très longtemps : la vidéo. J’ai eu envie de me concentrer sur la relation qui peut exister entre l’art et le sport : comment regarder le sport sous un angle différent, tenter de créer des ponts, aller à la rencontre d’artistes, de sportifs, de journalistes, et découvrir des lieux que je ne connaissais pas. C’est comme ça que Planche est né.

M. Comment fais-tu cohabiter la web-série et le format papier ? En quoi sont-ils complémentaires ?

V. Planche est né sous forme d’édition. J’aime beaucoup le graphisme et j’ai toujours eu envie que l’objet « livre » ait une place importante dans ce projet. J’aime l’idée de travailler un sujet sous plusieurs formes. C’était important pour moi que l’on regarde la vidéo, mais que l’on puisse aussi saisir un objet, le manipuler. En réalisant les épisodes vidéo de la série et en faisant le montage, je me suis vite rendu compte que je devais, à contre-cœur, supprimer des passages d’interviews que j’aimais mais qui n’avaient pas nécessairement leur place dans la vidéo. C’est comme ça que j’ai eu envie de lier les épisodes à une édition papier qui permet de lire les entretiens entièrement mais aussi de partager des photos, des parcours, des rencontres. Le but étant que la vidéo et le livre communiquent.

M. Tu as beaucoup voyagé entre New-York, Paris, Berlin et Toulouse pour tourner ton documentaire. Pourquoi avoir choisi ces quatre villes en particulier ?

V. Pour choisir les villes, ça a été un mélange de décisions et de circonstances. J’emmène ma caméra partout où je vais. Étant un fan de NYC et de l’équipe de basket des Knicks, New-York s’est imposée comme une évidence puisque c’est LA ville du basket de rue. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle « la Mecque du basket ». Quand j’ai commencé à filmer à NYC, le projet Planche en était encore à ses débuts et je n’avais pas encore défini de format. Filmer là-bas a en quelque sorte fait partie de l’écriture de la série. Ça a été un déclencheur. Tout comme ma rencontre avec Kévin Couliau à Paris, qui est une place forte du basket (le Quai 54, Bir-Hakeim, Pigalle) mais aussi du skate. Plus tard dans l’année, j’ai fait mon Erasmus à Berlin qui est une ville incroyable. Culturellement très riche et très ouverte. L’idée de Planche, c’est aussi de partir à la rencontre d’univers inconnus.

M. Le premier épisode diffusé le 15 mai présente le célèbre photographe de basket Kévin Couliau. Pourquoi l’avoir interviewé, lui plus qu’un autre ? En quoi son travail est connecté à l’univers du skate ?

V. J’avais déjà pu l’interviewer il y a quelques années lors de la sortie de son film sur le street à NY Doin’ It in the Park. Il a un vrai regard sur la culture basket et en particulier sur le basket de rue. Il a rencontré énormément de gens intéressants et j’adore sa manière de filmer et photographier le basket. Ce sport connaît aujourd’hui une vraie ascension culturelle et Kévin fait partie des gens qui la rendent possible. Il a fait du skate pendant longtemps et quand il était plus jeune, il photographiait et filmait ses amis skateurs. Le skate est un sport qui est précurseur dans sa manière de se montrer. Le côté artistique du skate est indissociable de sa pratique. On juge une figure aussi sur son style. Et c’est ce que Kévin a voulu transposer au basket en soulignant le style des joueurs mais aussi le fait qu’un terrain puisse être graphique.

Du terrain de basket au skatepark
M. Il y a des rencontres qui t’ont particulièrement marqué ?

V. Je pense qu’il y en a deux qui m’ont vraiment marqué. Étant basketteur, je suis forcément touché par des rencontres avec des personnes proches de l’univers de la balle orange. Donc je dirais Kévin Couliau, pour toutes les raisons que j’ai évoqué plus tôt. Et parce qu’il m’a beaucoup aidé en étant tout de suite très ouvert au projet. L’autre rencontre c’est Dan Peterson, directeur et fondateur du projet Backboard. Il s’entoure d’artistes afin de rénover des terrains de basket un peu partout aux États-Unis. Il invite les gens qui vivent à proximité de ces terrains et sollicite leur avis. C’est pour ça que les terrains qu’il rénove sont aussi réussis. Il permet par ailleurs de créer des ponts entre des univers artistiques et une pratique sportive. Dan est quelqu’un de très gentil et abordable. On communique souvent depuis et on évoque ensemble les projets à venir. Et je voudrais ajouter qu’au-delà des entretiens, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui font que Planche est aujourd’hui une équipe.

M. Quelle info as-tu en exclu pour nous donner envie de voir le 2nd épisode ?

V. Je peux déjà te dire que ça se passera à Berlin. Ça parlera de skate à travers des discussions autour de la construction de skateparks et possiblement de photographie. Par ailleurs, il y aura une nouvelle bande originale pour chaque épisode. J’espère que ce numéro 2 arrivera à retranscrire l’ambiance lumineuse et calme de cette ville.

M. Et comme c’est la tradition chez Arty Paris, quelle est ta définition d’un artiste ?

V. Plutôt qu’une définition qui fige et qui viendrait délimiter, j’envisage un artiste comme quelqu’un de sensible dont la pensée reste libre et en mouvement. Quelqu’un qui pose un regard singulier sur le monde qui l’entoure.

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