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Tiste Cool : « Écrire, c’est une espèce d’auto-thérapie »

Tiste Cool, c’est Baptiste Homo à la ville, la moitié du tandem OMOH à la scène. Le dandy le plus cool de la pop française avait sorti courant octobre 2019 son EP Caïpiranha. Un an plus tard, on le retrouve pour faire le point sur sa mélancolie tendre, son désir d’écriture, ses collaborations à venir avec Marie-Flore et Julien Doré. Retrouvailles avec un éternel sensible qui a fait du kitsch sa marque de fabrique.

Marin : Bonjour Baptiste. On s’était eu par mail en octobre dernier pour la sortie de ton premier EP Caïpiranha. C’est un plaisir de t’avoir en face de moi aujourd’hui. Peux-tu revenir un an en arrière et me raconter ton ressenti face à cet EP ?

Tiste Cool : Un an après la sortie de ce premier EP, je pense que c’était très bien de le faire comme je l’ai fait : simplement et sans forcément avoir trop d’attente. C’était une bonne carte de visite pour présenter mon premier projet solo. Ça fait 15 ans que je fais de la musique en groupe. La formule EP est  rassurante car tu ne prends pas le risque d’en dire trop ou pas sassez. Les chansons qui sont dessus étaient cohérentes avec ce que je voulais dire à l’époque. Mais, j’ai aussi hâte de passer à autre chose.

M. Je vais avancer dans le temps. Tu es quelqu’un qui joue beaucoup en live. Il y a eu cette période de confinement. Comment l’as-tu vécue ?

TC. J’ai réussi à m’accommoder de cette situation. J’ai plutôt bien accepté le manque de live et d’interactions sociales et intériorisé tout ça en ayant un dialogue à l’intérieur de moi pour pouvoir continuer à m’exprimer.

La créativité m’est venue assez rapidement. J’ai fini mon second EP et le second album de OMOH, mon groupe avec Clément Agapitos. J’espère pouvoir montrer tout ça plus tard en live. J’ai pu également avancer sur des projets perso comme l’écriture d’un roman qui parlera de chez moi, de Nîmes. Ce projet me ramène à mon enfance, quand j’avais 8-10 ans. C’est assez étrange comme sensation.

M. Tu viens d’évoquer ton second EP avec Tiste Cool. Peux-tu nous parler de Beauté future qui en est le premier extrait ?

TC. Sur ce second EP, j’ai envie d’être plus solaire que sur le précédent tout en continuant à parler de détresse amoureuse. C’est un sujet qui me touche. Néanmoins, j’ai eu la volonté d’y mettre une touche d’espoir. C’est aussi complètement en accord avec la façon dont je vis les choses dans ma vie privée. Avec Beauté future, j’avais vraiment envie d’annoncer la couleur d’un EP plus coloré et joyeux. Mais je n’ai pas dit qu’il serait festif, faut pas déconner non plus !

M. Tu as ce côté hyper sensible. Comment se passe le process d’écriture ? As-tu besoin d’émotions particulières, d’un cadre pour être à l’aise pour écrire ?

TC. J’écris partout mais je synthétise et passe de l’écriture à une chanson chez moi avec ma tisane et mon piano. L’hypersensibilité est assez dure à gérer. Sur l’instant, ça peut paraître compliqué. Mais écrire, c’est une espèce d’auto-thérapie. Une fois que les choses sortent, tu les réorganises, tu deales avec et puis t’es soulagé, tu peux passer à autre chose. C’est un peu comme une séance chez le psy.

M. Tu nous as parlé de l’écriture de ton roman. Quelle est la différence entre l’écriture d’une chanson et celle romancée ?

TC. Sur la trame narrative, il n’y a pas vraiment de différence parce que mes chansons racontent aussi une histoire. La seule chose qui change, c’est le temps passé sur la composition et la production musicale. Pour mes chansons, j’ai envie d’être dans un format pop. Je suis obligé de tailler, de synthétiser pour atteindre les fameuses 3min30 du single. Pour mon roman, je me concentre sur l’écriture et je peux me permettre d’être sur un format plus long.

M. Peux-tu nous dire quelques mots sur le clip de Beauté future, réalisé par Hugues Coudurier, qui comporte un aspect kitsch et intemporel qui marche très bien ?

TC. À la base, je voulais tourner devant des faux fonds que j’adore. Je suis fan des dialogues des films des années 60  où on peut voir les acteurs au volant d’une voiture mais ne regardant pas la route, avec un faux fond derrière eux. Je suis fan des premiers Star Wars, de ce côté carton-pâte qu’on peut aussi retrouver chez Michel Gondry. Je suis même presque un peu déçu quand c’est trop bien fait.

On n’avait pas le budget pour tourner avec des faux fonds. Hugues m’a donc proposé d’arpenter Paris à la recherche de faux fonds déjà existants. Ensuite, on a voulu tourner avec un fond vert pour incruster les images, puis avec un fond jaune. On a essayé de créer cette vraie image de faux fonds dans une vraie rue. Les idées sont venues au fur et à mesure du tournage et on a kitschisé le clip sans le vouloir. C’est la théorie du chaos que j’adore dans la création : tu pars d’un point A et tu arrives au point Z sans savoir comment, en te laissant porter par les idées et c’est ce qu’on a fait.

M. Où voudrais-tu emmener Tiste Cool ?

TC. Au début du projet, j’avais des envies de grandes scènes, de signature en maison de disques mais je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de mal à me projeter dans l’avenir. Autant me contenter de ce que j’ai dans l’instant présent, rester là où on est. Ça me va très bien. Je n’ai pas besoin de plus. C’est plus vertigineux pour moi de me projeter.

M. Tu es en auto-production. Le manque de moyens est-il un moteur ?

TC. C’est assez paradoxal. Effectivement, c’est moteur car tu pousses ta créativité et tu cherches des solutions pour pouvoir t’exprimer comme tu le voudrais. Mais à la fois, tu râles parce que ça serait si simple avec quelques billets de plus. Encore une fois, je préfère m’en tenir à ce que j’ai et faire des choses. C’est plus important de faire les choses que de les fantasmer. Même si mon clip n’est pas parfait, il est là, il existe et c’est l’essentiel.

J’entends trop de jeunes artistes qui fantasment beaucoup, notamment la génération née avec des home studios au bout des doigts. Ils ont de nombreux followers et des moyens de production énormes dans leurs chambres grâce aux logiciels qui sont devenus de plus en plus accessibles mais n’ont pas l’expérience de la scène. Finalement, quand il faut tourner un clip ou monter un concert qui nécessitent de l’argent, ils sont freinés et ça crée une frustration.

M. Tu viens de nous parler de jeunes artistes qui font du rap. Serais-tu intéressé par des collaborations avec des artistes plus « urbains » ?

TC. Carrément. Il y a quelques mois, j’ai bossé avec Hugo, un jeune artiste. On faisait des séances après ses cours à la fac. Il vient de l’urbain et avait envie de faire quelque chose de pop et d’urbain, un peu comme ce qu’on a pu faire avec Marie-Flore.

Parfois, j’ai l’impression d’être une vieille branche. Collaborer avec de jeunes artistes est toujours bénéfique et met un coup de fraicheur. L’approche est plus directe, c’est beaucoup plus à l’anglaise, ils ne se posent pas de questions. Il y a aussi de l’audace dans les choix de production musicale. Ils ont tellement tous les outils d’un coup qu’ils peuvent se permettre des choses et ça fait du bien !

M. Tu as notamment collaboré avec Julien Doré et Marie-Flore. Quels sont les autres projets sur lesquels tu travailles en tant que Baptiste Homo  ?

TC. En ce moment, j’accompagne Julien Doré en promo et sur scène pour sa tournée qui commencera dans un an. Et, avec mon binôme Clément Agapitos de OMOH, on retravaille sur de nouvelles chansons avec Marie-Flore.

M. En octobre dernier, on t’avait posé notre question signature Arty sur la définition d’un artiste. Tu avais répondu « Un artiste, c’est une sorte de super héros qui ne le sait pas. Selon moi, l’artiste c’est l’anti-héros moderne ». Aujourd’hui, souhaites-tu compléter cette définition ?

TC. Pendant longtemps, je me suis posé la question de savoir à quoi servaient les artistes. La manière dont la société est axée peut te donner l’impression qu’on peut se passer des artistes et qu’on a davantage besoin de rentabilité et de productivité.

La place de l’artiste est compliquée. Mais quelque part, grâce au Covid, on a retrouvé un rôle de générateur de bien-être chez les gens. Il y a quelques jours, j’étais au concert de Marie-Flore à la Cigale. Il y avait une énergie dans la salle, les gens étaient contents d’être là. C’était un soulagement. Masques ou pas maques, assis ou pas assis, distanciation ou pas, les gens ont besoin des artistes. Un artiste est donc un super-héros qui ne sait pas qu’il en est un. Mais peut être que maintenant, on va commencer à s’en rendre compte.