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Tessa B : « Être artiste, c’est être sincère »

Après ses collaborations remarquées avec Synapson, Arigato Massaï et Jabberwocky, Tessa B s’est forgée une identité à part entière avec son projet solo. Ses single Repose en Paix, Jamais et Des Pages ont successivement donné un coup de frais à la chanson française. On ressort des tiroirs notre entretien avec la chanteuse enregistré à la 7ème édition du Festival Cabourg Mon Amour, alors que son EP est annoncé le 29 mai 2020.

Il fait chaud au Festival Cabourg Mon Amour en ce mois de juin 2019. La température frôle 1000°C dans la soirée, mais personne ne peut la stopper. Une canicule qui écrase les corps et qui brouille les esprits. Tessa B se prépare à monter sur scène accompagnée de ses deux danseurs, Jo Dos Santos et Laura Fontaine. Et alors qu’on est en train de suffoquer, son peps légendaire et sa bonne humeur nous tirent de la torpeur. Ce vent de fraîcheur n’est pas très différent de celui qu’a connu la chanson française avec ses deux titres Jamais et Repose en Paix. Depuis notre rencontre, ses morceaux Dans ma tête et Des Pages ont reçu le même accueil public ultra-positif. C’est simple, son dernier single comptabilise 1,300 likes pour 73 dislikes sur Youtube. Ni les haters, ni la canicule n’ont raison de Tessa B. On s’en est parlé entre dix gorgées de Vittel.

Marin : Hello Tessa B. Tu as très vite été sous le feu des projecteurs avec tes collaborations pour Synapson, Arigato Massaï ou encore Jabberwocky. Qu’est-ce que tu retiens de ces expériences ?

Tessa B : J’ai énormément appris scéniquement parlant, au niveau du rapport avec le public, de la prestance sur scène. J’ai tourné assez longtemps avec eux. Même si j’ai adoré toutes ces expériences, ça m’a permis de prendre conscience que j’avais envie de faire ma propre musique.

M. Quand est-ce que tu as franchi le pas en solo ?

T. J’ai commencé à faire ma musique en tant que Tessa B grâce à Benny Adam. On s’est rencontré complètement par hasard. Je faisais de la musique chez une pote, il était dans la pièce, il repartait le lendemain pour Montréal [NDLR : où il vit]. Il a bossé en tant que producteur pour pas mal de rappeurs dont Niro et SCH. Il a entendu ma voix, et on s’est rendu compte que ça collait musicalement.

M. Le passage de l’anglais au français s’est fait au même moment ?

T. Effectivement, j’avais besoin de chanter en français pour trouver mon identité musicale. Benny m’a posé la question : « Pourquoi est-ce que tu chantes en anglais ? » . Je lui ai dit que j’avais une certaine appréhension à écrire en français, c’est intime de chanter dans sa langue. Il y avait une sorte de pudeur en moi. Quand on s’est posé pour faire des sons, j’ai senti qu’il y avait quelque chose à aller chercher. Trois jours plus tard je prenais mes billets pour Montréal. J’ai dit à tout le monde que je partais en vacances alors que pas vraiment (rires). Ça c’est très bien passé même si je n’avais vu Benny qu’une seule fois avant. Je suis retournée bosser avec lui en août 2019.

M. J’ai lu que ta mère t’avait poussée sur scène à 16 ans, cette pudeur n’existe pas pour l’exposition de la scène ?

T. C’est vrai que ma mère m’a poussée mais c’est surtout moi qui voulais y aller. C’était un Festival de jeunes talents à Meaux dans le 77, où j’habitais à l’époque. J’y suis allée avec mon style country et ma coiffure façon Beatles (rires). J’ai chanté What’s Up des 4 Non Blondes, Thinking Of You de Katy Perry, et Black Horse And The Cherry Tree de KT Tunstall. Il y avait des groupes et des chanteurs solo. J’ai gagné le tremplin, et là-bas, j’ai fait la rencontre d’une chanteuse qui s’appelle Jara Ezo. Elle m’a repérée pour me proposer de faire des chœurs. Ça été ma première vraie expérience sur scène.

M. C’est important que ta famille t’ait soutenue dans cette démarche ?

T. J’avais parlé à ma mère de ce tremplin, et elle m’a dit : « Fais-le, fais-le ». Au début j’étais un peu réticente, et puis je l’ai fait. Ils ne m’ont pas poussée, mais ils m’ont beaucoup soutenue. Et j’en suis très reconnaissante vis-à-vis de mes parents.

M. Il y a des artistes que t’écoutais à l’époque qui t’influencent toujours maintenant ?

T. Les grandes voix féminines m’ont toujours inspirée comme Mariah Carey, Christina Aguilera, Whitney Houston. J’étais fan parce que c’était des voix incroyables. On s’amusait avec ma sœur à reproduire les mêmes vibes. Quand t’es gamine, c’est des modèles, t’as envie de leur ressembler. J’ai rencontré ensuite le jazz à 17 ans grâce à mon grand-père, et plus tard le rap US.

M. Tu définis ta musique comme de la chanson française mais tes influences sont surtout américaines ?

T. Je fais de la chanson française avec des influences qui me nourrissent. Je ne me suis pas inspirée d’artistes français car je n’en écoutais pas plus jeune, et j’en écoute toujours très peu. J’arrive moins à rêver ou me projeter, même si le français reste ma langue – et je la trouve magnifique. Pour les autres influences, j’ai quand même beaucoup écouté Stromae. J’ai l’impression que c’est le premier artiste qui a réuni NRJ et France Inter en touchant un public de 7 à 77 ans. C’est comme Soprano dont j’ai fait la première partie aux Arènes de Nîmes. C’était incroyable. Son public, c’est la France.

M. Tu gères comment l’approche avec ton public ?

T. Si je le pouvais, je ferais des bises et des checks à tout le public. J’ai envie de leur donner de l’amour… Mais ce n’est pas possible à chacun (rires). J’ai l’impression qu’il faut être dans un juste milieu entre donner de soi et faire attention à ne pas en donner trop. J’ai envie de proposer un live le plus carré possible avec mes deux danseurs Laura Fontaine et Jo Dos Santos, qui crée aussi les chorégraphies.

M. Tu présentes plusieurs titres en live alors que seuls Jamais et Repose en paix sont sortis [NDLR : en juin 2019]. Tu perçois cette attente autour de ton projet comme une chance ou une source de pression ?

T. Je n’ai pas du tout l’impression d’être attendue. En fait c’est très bizarre car on ne te dit pas : « Hey, tu es très attendue » (rires). Je fais ma life et mes chansons, je suis en stress, je n’arrive plus à écrire, je me demande si ça va ruiner ma carrière, et peut-être que oui, et peut-être que non. Je me fais plein de films avec deux issues possibles. Pour ne pas y penser, je bosse et je kiffe. Je fais ce que j’aime sur le moment. Et surtout j’ai envie de faire rêver les gens, de performer, que l’on rit et que l’on pleure ensemble sur scène. C’est ça, la musique.

M. Si c’est ta vision de la musique, quelle est ta définition d’une artiste ?

T. C’est être sincère.

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