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Interview : Sacre, duo couronné de la French Touch

Le duo électro composé de Hawaii et Sukil nous a électrisé en juillet dernier avec son album Love Revolution. Sa narration nous immerge dans une déambulation nocturne de clips, de photographies et de personnages borderline. Un premier disque qui mérite sa place sur le trône de la French Touch.

L’aristocratie, de tout temps et en tous lieux, fait rêver. Les lords anglais ont eu leur série Downton Abbey, les radios françaises leur hit avec Heuss L’enfoiré, les téléspectateurs leur gendre idéal Stéphane Bern. Nous, on a Sacre. Deux têtes bien faites pour une couronne, Hawaii et Sukil ont fait leurs armes en 2018 avec leur premier EP The Call. Cinq titres adoubés par Billboard, The Line of Best Fit, Clash et Pharrell Williams ont marqué leur naissance d’une pierre blanche. Leur single suivant, Lemonade, s’est hissé à la deuxième place du classement Hype Machine. Mais qui se contenterait de la médaille d’argent quand on peut décrocher la timbale ? Leur premier album se devait d’être plus fou et plus cohérent, plus épique et plus intime, plus futuriste et plus actuel. Love Revolution est désormais là, et il s’écoute sans rechigner depuis le 10 juillet.

La French Touch, encore aujourd’hui, fait rêver. Mais les Daft Punk ont fait leur mue disco-funk avec Nile Rodgers, Justice leur coming-out pop avec Woman, Yuksek sa déclaration d’amour groovy au Brésil avec Nosso Ritmo. Que reste t-il pour les puristes d’électro saturé des grandes années Ed Banger ? Le premier album de Sacre comble un manque évident de propositions racées, et se saisit du spectre originel autrefois brandi par dDamage, Mr. Flash et DatA. De vision passéiste, il n’y en a pourtant aucune. Au contraire, les douze tracks du disque battent en brèche le présent en interrogeant le futur, avec une narration faite-maison inspirée par les mythologies contemporaines de David Lynch et de Quentin Tarantino. Leur science de la production parachève la forme en empruntant au meilleur de la pop futuriste d’Arca et de yeule.

Love Revolution est conçu comme une odyssée nocturne en douze actes

Conçu comme une odyssée, Love Revolution propose un récit en douze actes qui commence à 7h du soir et se termine 12 heures plus tard, au petit matin. Un androïde, Aphrodite, une strip-teaseuse pyromane, un prêtre, son cochon et une sorcière prépubère font partie des douze personnages qui vont se percuter cette nuit-là. À chaque personnage son morceau. À chaque morceau sa scène. À chaque scène sa photographie signée Thomas Braut. Au pays des freaks rois et des noctambules esthètes, Hawaii et Sukil déroulent la bande-son d’un rêve éveillé, illustrée par les clips majestueux de Jungle Chase et de Monster Game. La French Touch n’a pas perdu ses lettres de noblesse. L’avènement de Sacre lui redonne ses couleurs d’antan, au lieu et au temps d’ici maintenant.

Marin : Hello Hawaii et Sukil. Votre premier album Love Revolution nous propose de vivre une soirée à vos côtés. Chaque morceau porte en effet la marque d’une temporalité de 07H du soir à 06H du matin. Comment est né ce concept ?

Sacre : Le plus important pour nous, c’est d’être en phase sur chacun de nos morceaux. On fait tout à deux, donc nous plonger dans un univers commun a toujours été un réflexe avant de composer. Cette fois-ci, en détaillant à ce point, on est arrivés à une écriture fluide qui nous a permis d’être plus créatifs et plus prolifiques. Quand on a fini d’élaborer notre histoire et cet univers, on s’est dit qu’on pourrait le partager avec le public tous les mois. Ça nous a aidé à communiquer, on n’est pas vraiment sur les réseaux sociaux. On a d’ailleurs tout réuni sur notre site Internet.

M. Chaque morceau fait écho à un personnage, une scène et un univers précis. Pouvez-vous me raconter l’histoire d’un morceau qui résonne particulièrement en vous ? Quelles thématiques vouliez-vous aborder ?

Hawaii : 11:00PM Become Human. C’est le 5ème morceau de l’album. Il parle d’un androïde qui devient humain en tombant amoureux d’une strip-teaseuse.

Sukil : C’était en mars 2019, on n’avait pas encore de titre pour ce morceau quand on a acheté Become Human, le jeu vidéo sur PS4. On a commencé à jouer en même temps qu’on étoffait la prod’ du morceau. Nos deux univers se ressemblaient tellement, c’était flippant. À la fin, tout était mélangé… Notre musique, leur scénario… C’était une expérience sensorielle à part.

M. Votre album se vit comme une expérience à 360°. Avec la narration, dont on vient de parler, mais aussi par l’image grâce au photographe Thomas Braut qui a shooté chacune des scènes. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

H. Notre manager connaissait bien Thomas et il nous a proposé de nous rencontrer. On a passé l’après-midi dans un café Place d’Italie à parler du projet. Les idées fusaient, on s’est bien marrés.

S. On dessinait les scènes le soir au studio (avec la finesse de trait d’un enfant de 4 ans), de manière à distinguer les personnages, le décor et la mise en scène. On a fait venir nos potes pour incarner les personnages. Thomas a réajusté quelques photos et une fois les 12 validées, on a shooté ça sur deux jours.

M. Vous avez aussi dévoilé deux clips, dont le très ambitieux Monster Game réalisé par Louisiane Trotobas. Que vouliez-vous raconter avec cette capsule esthète et futuriste ?

H. Notre morceau 03:00AM Monster Game parle du jeu malsain de l’amour. La réalisatrice Louisiane Trotobas a décidé d’axer son clip sur l’amour de soi. Elle a mis en images la dualité de nos propres personnalités à travers deux jumelles liées par un fil rouge.

M. « 03:00 AM », c’est l’heure du clubbing. Les soirées se réduisent comme peau de chagrin dans cette période post-confinement, quelle est votre vision de la nuit du futur ?

H. Une soirée chez soi, avec des amis et des enceintes qui titillent la patience des voisins. Et ça ne nous changera pas de d’habitude.

S. La nuit du futur, c’est 10 personnes espacées de 2 mètres dans un stad avec un casque. Grosse ambiance.

M. Et comme c’est la tradition chez Arty Paris, quelle est votre définition d’un(e) artiste ?

H. Quelqu’un qui ne peut pas s’empêcher de créer.

S. Un artiste, c’est quelqu’un qui essaie de s’aimer.

Écoutez Love Revolution de Sacre sur Spotify.