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Interview : Rita Sa Rego, directrice du Réseau Printemps de Bourges

Le dispositif national pour les artistes émergents des iNOUïS du Printemps de Bourges se tiendra du 16 au 18 septembre au Palais d’Auron. Dans un contexte sanitaire inédit, nous nous sommes entretenus avec sa directrice Rita Sa Rego pour prendre la température à quelques jours des concerts.

En dépit de l’annulation en avril dernier du Printemps de Bourges, le dispositif des iNOUïS destiné aux artistes émergents se tiendra contre vents et marées du 16 au 18 septembre au Palais d’Auron, à Bourges. Une édition essentielle pour un secteur en pleine remise en question; que ce soit pour les artistes, producteurs ou festivals qui ont vu la longue litanie des annulations tomber au cours de l’année 2020. Cette célébration consacrée aux jeunes artistes, les plus fragiles et donc les plus touchés par la crise de l’industrie musicale et événementielle, aura lieu dans une édition adaptée au contexte sanitaire : jauge révisée, places assises, gel hydroalcoolique, gestes barrières et masque obligatoire.

Difficile de faire l’impasse sur la foisonnante programmation des iNOUïS 2020, qui met en lumière de nombreux artistes que l’on soutient chez Arty Magazine depuis nos débuts. Si la directrice du Réseau Printemps, Rita Sa Rego, a un devoir naturel de réserve quand il s’agit d’indiquer ses coups de cœur, on ne se prive pas de donner les nôtres : Terrier, Global Network, YellowStraps, BabySolo33, Clay and Friends, La Battue ou encore Bandit Bandit. Cette année plus que n’importe quelle autre, il nous tenait à cœur de soutenir les iNOUïS et de tendre notre micro à Rita Sa Rego, qui revient au cours de son interview sur cette organisation sans précédent.

Marin : Bonjour Rita. En guise d’introduction, pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaîtraient pas encore ?

Rita Sa Rego : Je m’appelle Rita Sa Rego, je suis directrice du Réseau Printemps où je travaille depuis bientôt 15 ans. Je m’occupe du dispositif des Inouïs du Printemps de Bourges Crédit Mutuel.

M. L’édition 2020 des iNOUïS du Printemps de Bourges compte 34 artistes. Comment la sélection se fait-elle ?

R. On lance un appel à candidatures début octobre dans toute la France et dans nos antennes en Belgique, en Suisse et au Québec. On demande à tous les jeunes artistes de déposer leur candidature sur notre site Internet, s’ils ont envie de jouer au Printemps de Bourges et de se professionnaliser. Pas besoin d’avoir un entourage, d’avoir déjà joué en concert ou sorti un EP, même si vous faites de la musique dans votre chambre, tentez votre chance. Ça, c’est notre leitmotiv.

Ensuite, il y a un processus de sélection qui dure de 6 à 7 mois où l’on garde 150 artistes. On écoute toutes les candidatures que l’on reçoit, soit environ 3500 tous les ans. Nos 28 antennes dans chaque région française vont composer des jurys locaux, puis sélectionner un certain nombre d’artistes, et les mettre sur scène dans ce qu’on appelle les « auditions régionales ». L’idée, c’est qu’après les avoir écoutés et sélectionnés, on veut voir ce qu’ils donnent en 30 minutes sur scène.

Enfin, il y a un dernier stade de sélection où toutes nos antennes se réunissent avec des conseillers artistiques qui sont nos yeux et nos oreilles à travers la France. Et là, on arrive à une sélection d’une 30aine d’artistes qui correspond à l’instant T de ce qu’il se fait de nouveau, de différent, sur le territoire national.

Ça bosse dur pour la sélection nationale des iNOUïS 2020
M. En tant que directrice du Réseau Printemps, quel est votre rôle dans ce processus de sélection ?

R. Je m’occupe déjà de toute la coordination du processus de sélection et de repérage.

M. Et vous avez des artistes coups de cœur pour cette édition ?

R. Bien sûr, mais je les garderai pour moi (rires). On passe de 3500 candidatures à 34 artistes sélectionnés, donc on ne garde que des projets singuliers. On les défend tous de la même manière. J’invite vraiment tout le monde à aller découvrir ces 34 artistes.

M. Quel est l’intérêt pour un artiste d’être sélectionné aux iNOUïS ?

R. L’idée c’est de propulser de nouvelles carrières d’artistes qui feront l’actualité musicale de demain. On donne un coup d’accélérateur aux carrières naissantes ; c’est vrai qu’il y a énormément de professionnels qui viennent au Printemps de Bourges pour écouter les nouveaux artistes, dénicher la nouvelle tendance, faire leur marché. Le public a aussi son intérêt en découvrant les artistes qui d’ici 1 ou 2 ans rempliront les salles de concert. La programmation du Printemps de Bourges présente très souvent entre 15 et 20 artistes des anciens iNOUïS. On se trompe peu souvent.

M. Vous clôturez l’édition 2020 vendredi avec un concert de Pomme et Aloïse Sauvage, qui est une ancienne artiste iNOUïS ?

R. Aloïse Sauvage est effectivement passée par les iNOUïS et on a aussi immédiatement pensé à Pomme. L’idée était de clôturer les iNOUïS par deux jeunes artistes qui étaient initialement programmés au Printemps de Bourges, pour que le public puisse profiter des iNOUïS.

Aloïse Sauvage en 2018 aux iNOUïS © Pierrick Delobelle
M. L’édition 2020 du Printemps de Bourges qui devait se tenir à la mi-avril a été annulée à cause de la situation sanitaire. Pour les iNOUïS, quelle réorganisation cela a impliqué ?

R. Déjà, nous sommes dans une configuration assise alors que normalement tout se joue debout. On est obligé de mettre en place un certain nombre de mesures pour que le public, les artistes et les équipes techniques travaillent en toute sécurité : gel hydroalcoolique, gestes barrières, masque obligatoire. L’idée, c’est que l’on passe 3 jours en musique en toute sécurité.

M. C’était important de maintenir l’édition des iNOUïS du 16 au 18 septembre 2020 ?

R. C’était important car tous les festivals et une majorité de concerts ont été annulés. Tout le milieu culturel, en particulier les musiques actuelles, vit une période très compliquée. S’agissant des artistes émergents, ils paient un lourd tribut en n’ayant pas joué depuis le mois de février au moins. Leur carrière commence à peine et ils voient tout s’arrêter, sans trop de perspectives pour les mois à venir. Pour nous, il était essentiel de maintenir 3 jours de concerts et de visibilité. Il est important de dire que la création peut continuer. On lance d’ailleurs l’appel à candidatures le 14 octobre pour les iNOUïS 2021.

M. Dans quelles conditions le public assistera à cette édition ?

R. On a choisi une très grande salle, le Palais d’Auron, pour pouvoir respecter les mesures de distanciation physique et réduire la jauge. À savoir que Bourges n’est pas en zone rouge mais en zone verte. On est encore en train d’étudier différentes catégories pour que les soirées se passent au mieux. Toujours est-il que le public peut acheter des places et que les professionnels et les médias seront là. Il y a suffisamment de places pour tout le monde.

Le Palais d’Auron et sa jauge maximale de 2.200 personnes en configuration assise
M. Pour le mot de fin, quelle a été votre plus grande victoire dans l’organisation des iNOUïS cette année ?

R. Notre grande victoire est de pouvoir aller jusqu’au bout. Beaucoup de nos collègues festivals, producteurs et artistes ont été contraints d’annuler leur tournée pour les raisons que l’on connaît. La situation est tellement compliquée que les contraintes sont démultipliées. On a hâte d’être la semaine prochaine pour voir les artistes enfin monter sur scène.

Et nous alors ! Rendez-vous du 16 au 18 septembre pour l’édition 2020 des iNOUïS du Printemps de Bourges.