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Interview : Malvina Meinier transcende la pop dans son EP « Anima »

Signée sur l’écurie Kowtow Records, Malvina Meinier présente son troisième album « Anima/Corpus », un chef d’œuvre avant-gardiste, digital et intransigeant. Interview à quelques heures de sa release party au Klub.

Comment décrire la fascination que l’on a pour l’univers de Malvina Meinier ? Chanteuse, compositrice, pianiste, organiste, et productrice française issue du Conservatoire, l’artiste présente un nouvel album foudroyant après la sortie de ses deux premiers opus The Wise One (2012) et Home (2015). Déconstruisant les structures pop traditionnelles, la beauté expérimentale de ses morceaux nous laisse sans repères, portés par une production sauvage et sa voix nappée d’auto-tune. Malvina Meinier rebute ou ensorcelle en affirmant un sound design futuriste, quelque part entre un tube Disney déviant et la BO d’un épisode de Black Mirror. Seule certitude : personne n’en sortira indemne.

L’EP « Anima » compose la première partie du concept album « Corpus/Anima » qu’elle présente comme une relecture de la médecine humaniste, notoire pour distinguer le corps et l’âme sans les opposer. Du single ensorcelant « Puberty » jusqu’au track ravageur « Death », Malvina dresse un parcours existentiel en cinq morceaux, évoquant tour à tour le tempérament, le désir et la foi. Le voyage introspectif se pare d’une identité visuelle inspirée de l’imagerie BDSM, déclinée dans les photographies d’Amaury Grisel et le clip de « Puberty » réalisé par Quentin Keriven & Guillaume Erbs. Quand le corps, l’âme, et la musique fusionnent dans une dévastation électronique.

Marin : Hello Malvina. Peux-tu nous raconter ton parcours ?

Malvina Meinier : J’ai commencé par être attirée par le piano du salon toute petite, et puis mes parents m’ont inscrite au Conservatoire de ma ville (dans le 94 à l’époque). J’y ai étudié le piano et un peu l’orgue avec Gérard Nougarol qui fut un véritable mentor.

J’ai su assez vite que je voulais être compositrice alors je me suis dirigée vers des études plus théoriques en intégrant plus tard le CRR de Saint-Maur en analyse, écriture, etc. C’est à ce moment là que j’ai écrit mon premier album et que j’ai commencé à composer des musiques de film.

Le shooting est signé du prestigieux photographe Amaury Grisel.
Comment es-tu passée de l’orchestration classique de ton album « The Wise One » aux expérimentations électroniques de ton EP « Anima » ?

Mes albums sont différentes facettes de ma personnalité, aucun ne se ressemble. « The Wise One » est le reflet d’un état d’urgence émotionnelle dans lequel je me trouvais à ce moment là. J’ai ressenti le besoin de traduire cette urgence de la façon la plus simple possible et avec l’instrument que j’avais à disposition, d’où le côté archi minimaliste.

Et puis il y a eu Home, mon deuxième album. À la différence du premier, cet opus est dense, très réfléchi et parfois même violent. En tant que compositrice j’ai pu expérimenter avec les différents instruments que j’avais sélectionné (orgue, cuivres, chœur). J’ai aussi commencé à intégrer des éléments plus électroniques dans mon travail. Et puis une fascination pour la production est née.

« Anima » est le résultat de cette fascination. Il n’y a quasiment plus de composition, cet EP c’est moi qui expérimente avec mon ordinateur (presque) uniquement.

« Anima » nous a complètement laissé baba par sa proposition avant-gardiste, ses expérimentations pop, et sa déstructuration synthétique. Quelles ont été tes influences ?

Les popstars (Britney Spears, Christina Aguilera, Ariana Grande, Celine Dion…), les musiques des Disney, et des producteurs comme Arca et SOPHIE. Et j’ai lu beaucoup de philosophie, surtout Platon.

Là où l’évolution est la plus significative, c’est par ta voix qui perd son grain naturel pour se napper d’auto-tune. Ta collaboration avec Kowtow Records a été décisive dans ta nouvelle identité vocale ?

Quand j’ai rencontré le DA de Kowtow Records j’avais déjà fini d’écrire « Anima ». En fait il s’agit d’un album qui s’appelle « Corpus/Anima ». On a choisi de le sortir en 2 temps.

« Corpus » c’est l’organique et « Anima » le digital. J’ai donc beaucoup modifié ma voix avec de l’auto-tune et d’autres effets. Je voulais quelque chose de très « froid ». Et puis en vrai j’adore l’auto-tune.

La pochette de l’EP « Anima », première partie de l’album « Anima / Corpus »
Textuellement, « Anima » signifie en latin, l’âme, l’esprit, le souffle. Pour nous, il agit comme une élévation mystique, quasi-transcendantale. As-tu pensé cet album avec une approche spirituelle ?

Oui totalement, mais d’un point de vue philosophique et non religieux. Dans le morceau « Faith » par exemple (sur la foi), j’ai repris un psaume protestant que j’ai privé de tous mots faisant référence à la religion. Je le voulais totalement transparent.

Tu viens de sortir le clip de « Puberty » réalisé par Quentin Keriven & Guillaume Erbs. Il nous évoque autant un épisode de Black Mirror par son esthétique dystopique que « Grave » de Julia Ducournau pour son traitement de l’adolescence. Peux-tu nous en parler ?

J’ai rencontré Quentin et Guillaume peut-être un mois avant la sortie du clip par le biais de Joachim Baumerder (BAUMA) avec qui je collabore depuis quelques temps. Je leur ai laissé carte blanche, j’ai juste mis un point d’honneur à évoquer l’univers BDSM.

L’idée c’était de parler d’une jeune femme qui découvre sa libido et son pouvoir sexuel sur les autres et qui l’utilise, sans le subir. Du coup, ils m’ont transformé, entre autres, en mante religieuse qui dévore son partenaire. Et puis il y avait l’idée d’éclosion aussi. Ils ont eu une semaine je crois pour tout faire (écriture du scénario, trouver l’équipe, les lieux, le tournage…). C’était la folie mais il s’en sont superbement bien sorti.

Dans les backstages du clip de « Puberty »
Notre interview se termine par une question incontournable chez Arty Paris : Quelle est ta définition d’un artiste ?

C’est un outil commandé par l’art. Une marionnette. Pour ma part je n’ai pas vraiment le choix, si je n’écris pas je meurs. Je ne considère pas faire un métier en tout cas, être artiste c’est plutôt une malédiction.

RELEASE PARTY DE MALVINA MEINIER

Jeudi 16 mai à 22H
Au Klub - 14, rue St Denis, 75001 Paris
6€ sur place

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