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Interview : Macadam Crocodile, le dancefloor est leur ring

Les rois de la jam Xavi Polycarpe (ex-Gush) et Vincent Brulin (ex-Fortune) ont sorti le 22 mai dernier leur album Back in the Ring. Particularité ? Cette salve dansante a été enregistrée en live au Badaboum, à une époque pas si lointaine où les clubs nous accueillaient jusqu’au bout de la night.

Les deux joyeux lurons de Macadam Crocodile étaient à nos côtés durant le confinement. On a retrouvé leur bonne humeur contagieuse dans notre chronique S’en Sortir Sans Sortir, mais aussi sur les réseaux sociaux avec leurs live sessions fichtrement réussies. Alors que la fête est gâchée par une fermeture des clubs vouée à s’éterniser, on prend notre mal en patience sous les néons du Badaboum. Leur album enregistré en conditions live permet, selon les mots de l’adepte de chemisettes colorées Xavi Polycarpe, de « retrouver des sensations qu’on a presque oublié […] comme être immergé dans la foule d’un concert ». L’explosion disco funk de Back in the Ring a tous les ingrédients pour faire remuer notre petit fessier, avant de mettre un pas devant l’autre, le gauche, puis le droit, vers la fête dans sa plus pure ivresse. Macadam Crocodile, c’est comme dix gorgées de boisson énergisante sans le goût chimique. La jam est garantie 100% sans additifs.

Marin : Hello Xavi et Vincent. On commence simple et basique. Comment est né Macadam Crocodile ?

Xavi : On avait tous les deux des projets à côté. Pour ma part, c’était Gush. Ça a démarré comme un moment qu’on s’accordait pour s’amuser et se retrouver de manière récréative et pas constructive. Ensuite, on a joué en festivals et on a chanté de vraies chansons dans le micro. Mais au départ, c’était juste de l’improvisation, fumer un joint et s’enregistrer pendant une heure. La genèse c’était vraiment ça.

M. Vous étiez potes depuis longtemps ?

Vincent : Il y a longtemps, on avait un groupe de blues au lycée. On fait partie d’une bande de musiciens et on a toujours fait des jams ensemble, on allait aux concerts de l’un et de l’autre. À une période, on était disponible pour jammer tous les deux, on a commencé à faire des concerts, on a joué de plus en plus souvent ensemble, et on a mis un nom de groupe dessus.

M. Vous ne vous marchez pas sur les pieds en étant multi-instrumentistes ?

X. Comme on joue un peu de tous les instruments, on est intéressé tous les deux par la production sans rester accrochés à notre partie : « Attends, j’ai pas fait ma ligne de basse, je suis bassiste, moi ». On essaie de trouver ce qui va sonner le mieux et se mettre au service de ce qu’on a envie de donner. Vince s’est mis à la batterie pour le groupe. À la base, c’est un super guitariste Vince. Tout peut arriver dans Macadam Crocodile.

V. Les compos et les idées se sont créées en concert. Au début, on faisait beaucoup d’impros. Et à chaque nouveau concert, on peaufinait, on changeait, ou on passait à une autre boucle. Tout s’est fait dans le feu de l’action, comme on dit.

M. À quel moment considérez-vous qu’un morceau a trouvé sa forme définitive ?

X. Comme les morceaux naissent en live, ils prennent forme petit à petit. Pour l’album, on s’est dit que ce serait bien de les finaliser dans une forme aboutie. Comme je chantais des paroles qui me venaient sur le moment, on a voulu graver les choses dans le marbre, fixer les mélodies, et que l’on puisse reconnaître les titres. Que ce ne soit pas un jam éternel.

M. Des artistes vous ont influencé dans cette manière organique de créer ?

X. Les parrains James Brown et Fela Kuti nous ont bien inspiré. Après tout le disco de Chic, et la nouvelle vague avec Trentemøller et Todd Terje.

V. On avait envie de faire danser les gens, donc on s’est retrouvé autour de la musique dansante qu’on aimait écouter. On a tricoté autour de ça.

M. Comment avez-vous organisé l’enregistrement des morceaux ?

V. On a organisé un événement au Badaboum en avril 2019. Les gens sont venus nous voir et nous applaudir avec beaucoup d’amour, on s’est senti rempli de cœurs et de love. On a filmé et enregistré le concert en multi-pistes devant les gens avant de le retravailler en studio. Les prises en public ne sont jamais vraiment les mêmes. Il y a plus d’imprécisions, mais une force émotionnelle plus vive parce que t’es porté par les gens, le groupe porte les gens, les gens nous portent… Effet boule de neige (rires). Quand tu vois les gens qui dansent, tu as envie de continuer. Alors qu’en studio tu es plus assis, tu écoutes si c’est bien.

M. Vous avez des envies de featurings ?

V. Plusieurs musiciens sont déjà intervenus dans le live, dont un pote saxophoniste qui vient régulièrement jammer. On a aussi joué avec les Head On Television, Izïa…

X. Notre musique se prête vraiment à l’invitation car ce sont toujours les mêmes boucles. Quand des musiciens sont dans la salle, on leur propose. On n’a pas encore fait de featuring en studio, on avait envie de se concentrer sur le premier album. Plus tard, pourquoi pas. Ce n’est pas un but en soi, il faut que ce soit naturel.

M. Et comme c’est la tradition chez Arty Paris, quelle est votre définition d’un artiste ?

V. Quelqu’un d’exceptionnel, déjà (rires). Je ne vais pas ressortir la définition du Larousse que plus personne ne lit et que je ne connais pas. Pour moi, c’est quelqu’un qui a l’ambition de créer des choses en innovant et en s’émancipant.

X. Oui, être libre c’est une notion importante je crois. Cette sensation d’aller chercher des choses au fond de soi pour les exprimer librement.

M. Vous vous sentez libres avec Macadam Crocodile ?

X. Il y a beaucoup de liberté avec Macadam Crocodile. On ne peut pas dépasser les 45 minutes de set en festivals, mais à nos débuts, on pouvait jouer 2 heures et demi : « On continue ? Ouaaaais ». On était complètement excité. Mais c’est finalement tout aussi excitant d’avancer, de formaliser et de concrétiser, pour passer à autre chose. On est au début d’un nouveau cycle.

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