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« Influenceuse » : Le court métrage qui transforme l’Instagram game en thriller

Le court métrage de Sandy Lobry est un thriller ingénieux en format vertical sur les réalités du job d’influenceuse. Dans le rôle principal d’une jeune fan, l’actrice Lauréna Thellier nous a scotché au cours des 27 minutes de film. Elle nous raconte ce tournage pas comme les autres. Entretien.

Lola est une jeune ado qui passe son temps à scroller sur son feed Instagram. Elle fait une fixette sur l’influenceuse Miss Billy, commente ses posts pour prendre sa défense face aux haters, lui envoie des DM restés sans réponses. Stories après stories, la promiscuité factice avec l’influenceuse lui monte à la tête. À son tour, elle s’imagine lancer une carrière sous le feu des projecteurs du haut de sa centaine d’abonnés. Bref, Lola est une ado qui cherche à reproduire le modèle de ses idoles, comme toutes les ados. Mais très vite, tout va déraper. Réalisé par Sandy Lobry, le court métrage Influenceuse trouve un rare équilibre entre réalisme (tout est filmé au téléphone) et part de fiction (le virage à 180° dans le genre). L’actrice Lauréna Thellier tire son épingle du jeu grâce à son interprétation face caméra et sans filet de la jeune Lola. On est allé à sa rencontre pour un brin de causette.

Marin : Hello Lauréna. On t’a découverte à 16 ans dans Ma Loute de Bruno Dumont, tu me racontes tes débuts ?

Lauréna : Oui c’est vrai, j’ai débuté ma carrière sous la direction de Bruno Dumont à 16 ans. Le casting de Ma Loute était mon tout premier casting et de ce fait, mon tout premier rôle. Je n’avais jamais pensé à être actrice avant, à l’origine j’avais postulé car je voulais juste faire de la figuration pour avoir un peu d’argent de poche. C’est vraiment le tournage de Ma Loute qui m’a donné envie d’être actrice et de continuer. Grâce à cette expérience, j’ai découvert ce qu’était un plateau de tournage, j’ai appris à jouer en jouant. Pour dire vrai, j’étais totalement ignorante sur le fait que je pouvais jouer et être juste. Au fur et à mesure des années, je me suis créé ma propre manière de travailler mes rôles. Bruno Dumont est pour moi quelqu’un qui compte beaucoup car je pense souvent à ce qu’aurait été mon parcours de vie si je ne l’avais pas rencontré.

M. L’intelligence de ton parcours, c’est aussi de choisir soigneusement les projets auxquels tu participes. On t’avait vu dans la série Mental sur France.tv Slash. Qu’est-ce qui t’avait plu dans ce projet, et plus généralement, comment choisis-tu tes rôles ?

L. J’accorde beaucoup d’importance au choix des projets que je fais. Parfois quand je ne le sens pas, je n’y vais pas car je me fais assez confiance là-dessus. Je pense que c’est important pour moi de faire des choix dès le début pour ne pas m’y perdre après. Après, honnêtement, je n’en suis pas encore arrivée au stade de ma carrière ou je choisis véritablement quels rôles je veux faire, il faut déjà réussir à les avoir en étant prise aux castings.

Pour la série Mental, j’ai été emballée par le scénario. Les auteurs Marine et Victor ont écrit une pépite, c’était super jouissif de lire un scénario si bien construit, avec des personnages si complets et une vraie palette de jeu à explorer. Et je me suis direct attachée au personnage d’Estelle. Je voulais vraiment ce rôle.

M. Si je t’interviewe aujourd’hui, c’est pour parler du nouveau projet dans lequel tu joues, le court métrage Influenceuse de Sandy Lobry. Comment le projet t’a été proposé ? Pourquoi l’avoir accepté ?

L. La réalisatrice Sandy Lobry m’avait vue dans la série Mental, elle m’a contactée par mail de la part de Slimane-Baptiste Berhoun (le réal de Mental et notre ami en commun) pour me proposer de passer un casting pour le rôle principal de son film. J’ai beaucoup aimé le scénario, je trouvais que le personnage de Lola avait une vraie profondeur, il y avait un vrai challenge à relever. Et c’est un sujet qui me tenait à cœur de défendre.

M. Tu portes le film quasiment à toi seule : interprète principale, face caméra, dans un format vertical, avec très peu de seconds rôles pour te donner la réplique. C’était quoi le challenge en tant qu’actrice ?

L. Je n’avais jamais tourné de cette manière et je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Tout était assez nouveau et j’avais deux principaux challenges : Le premier était que je cadrais le film en même temps que je jouais, car c’est moi qui tenais le téléphone et me filmais en mode « selfie ». Le second était de ne pas jouer en interaction directe avec son partenaire, je jouais en regardant le téléphone.

M. Il y a une vision utopique aujourd’hui du métier d’Influenceuse, et sans doutes aussi une grande part de mystère, de désir et de jalousie. Quel regard portes-tu sur ces nouvelles idoles ? Plus généralement que penses-tu de notre génération qui les élève au rang de leaders d’opinion ?

L. Je vois le métier d’influenceur comme celui d’un commercial. Avant, la mise en avant des articles passait par du « porte à porte » pour accroître les ventes, maintenant il y a internet et les influenceurs. Les influenceurs vendent un mode de vie (généralement parfait, idéalisé), c’est leur fonds de commerce. C’est évident qu’avec leur audience et leur popularité sur les réseaux sociaux ils ont un réel impact pour orienter les goûts et les opinions, ce sont des outils marketings. Personnellement, je respecte leur travail car j’ai conscience que ça ne doit pas être de tout repos. Il faut juste que la nouvelle génération fasse la distinction entre ce qui se vit sur les réseaux et la vraie vie. Il y a souvent un vrai écart, et c’est ce dont parle le film Influenceuse.

Splendeur et misère d’une influenceuse
M. J’ai envie de tirer une comparaison entre le job d’influenceuse et celui d’actrice, qui peuvent se mettre toutes les deux en scène avec des codes très normés. Est-ce que tu ressens cette pression induite en tant qu’actrice ?

L. Je ne trouve pas que ce soit vraiment comparable, sans porter de jugement sur l’un ou sur l’autre, mais ce sont deux choses bien différentes. Moi je suis actrice et non pas influenceuse, et une influenceuse n’est pas forcément une actrice : ce sont deux jobs différents. Personnellement, je ne m’impose pas de codes particuliers et je ne me mets pas en scène sauf quand j’interprète un personnage. C’est le réalisateur qui me met en scène, ce n’est pas moi toute seule. Un acteur est au service d’un personnage, d’un réalisateur et de la mise en scène. La seule pression que j’ai c’est d’être à la hauteur des rôles qu’on me propose, au-delà de ça je n’en ressens pas spécialement.

M. Et comme c’est la tradition chez Arty Paris, quelle est ta définition d’une artiste ?

L. J’aime l’idée qu’un artiste soit un artisan et donc selon moi, une actrice est une artiste, une artisan qui prête sa voix, son corps, son énergie au service d’un personnage pour servir une œuvre.

Influenceuse est disponible en intégralité sur Youtube.