Que cherchez-vous ?

Interview : Kid Loco, le maître artisan du trip-hop

Photo © Camille Verrier.

Légende discrète du trip-hop, Kid Loco a sorti un cinquième album au savoir-faire subtil : The Rare Birds. Connu pour son authenticité artistique et sa rareté médiatique, c’est un immense plaisir de dévoiler aujourd’hui son interview sur Arty Paris.

C’est l’histoire d’un petit gars de la campagne. Le genre d’ado qui cherche à s’évader d’une Beauce morose par le trip-hop et l’electro downtempo des 90s. Il ne comprend pas encore sa fascination pour les disques de Massive Attack et DJ Shadow de sa tante mélomane. Ni même l’impact que leur révolution électronique auront sur sa vie. Il est destiné à aimer Kid Loco dont il ne connaît pas encore l’album culte A Grand Love Story, récemment réédité en vinyle. À vrai dire, ses productions downtempo, ses ambiances ouatées et ses collaborations prestigieuses le feront flancher plus tard. L’histoire de ce petit gars là, c’est la mienne.

The Rare Birds est un précieux mélange d’électro, de jazz et de rock

Depuis huit ans, Jean-Yves Prieur aka Kid Loco était silencieux. Son dernier album en date, Confessions of a Belladonna Eater (2011), a été réédité cette année en version digitale avec des remixes inédits. Il a surtout développé deux side-projects, Motorville et My Own Ghosts, et s’est attelé à diverses compilations de trip-hop, dont les deux volumes de Trip-Hop Classics. Le sommeil médiatique du producteur n’était qu’un leurre. 2019 est l’année du grand comeback avec sa participation à la BO de Vernon Subutex sur Canal+, et la sortie de son sublime et cinquième disque The Rare Birds. L’occasion pour le petit gars de la campagne devenu journaliste parisien de faire son plein de trip-hop, et déclarer sa flamme à celui auquel il était destiné.

Marin : Hello Jean-Yves. En 2011, ton précédent album Confessions of a Belladonna Eater nous susurrait des ambiances ouatées qui semblent toujours résonner sur The Rare Birds, huit ans plus tard. Ces deux albums sont-ils liés dans une commune mesure ?

Kid Loco : Ils sont liés parce qu’ils ont été réalisés par la même personne dans le même studio. Sinon la conception en a été totalement différente. Pour moi Confessions est plus lié à Party Animals ; les deux ayant été composés sur des claviers et c’est Louise Quinn et moi qui nous partagions les voix. Pour The Rare Birds, tout a été composé sur mon labtop avec des plugins. Ensuite, c’est la première fois que je donne des instrumentaux à des chanteuses et chanteurs en leur donnant carte blanche. Auparavant, tout était sous ma coupe.

M. Ta double actualité de cette année, c’est ta participation à la série Vernon Subutex showrunnée par Cathy Verney. Ton titre imprégné du Velvet Here Come The Munchies nous y pousse des hormones. As-tu perçu cette BO comme une reconnaissance manifeste de ton travail par le grand public ?

K.L. Virginie Despentes avait cité le titre dans le premier tome de Vernon Subutex donc j’étais déjà un peu au courant de la chose. Ensuite, bien sûr que cela est gratifiant. De mon côté, j’aime bien ce qu’elle écrit en règle générale.

M. Si tu pouvais voyager dans une capsule temporelle, tu te téléporterais dans l’underground new-yorkais des 60’s du Velvet, dans le Belleville des années 80 de Vernon, ou t’irais rendre visite aux maîtres fous du futur ?

K.L. De mon point de vue, il n’y a pas d’âge d’or passé donc je resterai dans mon époque. Le Punk dans les années 70, le Hip Hop dans les 80s et l’Electro dans les 90s. Cela me convient parfaitement.

M. Peu de personnes le savent, mais t’es à la base guitariste bien que t’aies été associé à la culture électro de la French Touch. Ce nouvel album, comment l’as-tu justement composé ? Guitare, MAO ou encore différemment ?

K.L. J’ai déjà un peu répondu plus haut. Donc j’ai tout composé sur un laptop avec des plugins. De plus, je n’ai du jouer que deux trois notes de guitare. Après, des claviers électriques (Rhodes, Wurlitzer), des synthés et des percussions ont été rajoutés lors de la production.

M. The Rare Birds compte quasiment autant d’ambiances que de tracks : les violons omniprésents de Claire, l’ultra jazzy Yes Please, No Lord !, le dream pop No Tether. Quel a été le dénominateur commun entre ces différents voyages ?

K.L. Je pense que c’est dans la façon dont je perçois et réalise ma musique. Je suis un grand fan de musique et écoute de tout et n’importe quoi, sauf de la merdre. Mais j’ai été aussi surpris une fois l’album terminé d’avoir pu aller d’un style à l’autre. L’autre truc, c’est de savoir organiser les titres au sein d’un album : le premier, le milieu, la fin et tout ce qu’il y a entre. Un album, ce n’est pas une compilation de titres identiques ou de hits, c’est un voyage. C’est mon point de vue.

M. On semble distinguer trois états émotionnels dominants : la mélancolie feutrée (Venus Alice in Dub, Aquarium Lovers), l’énergie des titres jazzys (Motherspliff Connection, Yes Please No Lord, Bob’s Ur Unkle à 3’43), et l’invitation au rêve psyché rock (Blind Me, Soft Landing On Grass). Cet album a t-il été enregistré en plusieurs fois ?

K.L. Non, il n’a pas été enregistré vraiment en plusieurs fois mais j’aime bien coupler les titres sur mes albums. Un titre en amenant un autre et une autre idée, une autre direction. Après je n’ai pas enregistré tous les participants au même moment. Donc cela a dû jouer à la fin.

M. Si tu ne devais choisir qu’un titre de cet album, ce serait lequel ? Pourquoi celui-ci en particulier ?

K.L. Claire, c’est à partir de celui ci que j’ai décidé de faire un album. En plus, c’est le prénom de ma femme, ma chérie d’amour.

M. Les deux tracks avec Olga Kouklaki, Unfair Game et The Bond présentent des similarités en terme de production. Comment se sont créés ces deux titres ? À quel moment le featuring avec Olga est arrivé ?

K.L. J’ai, en premier, composé les instrumentaux et ensuite pensé aux chanteurs et chanteuses. J’avais proposé trois titres à Olga. Quand j’ai reçu ses voix pour Unfair Game, je me suis dit qu’un deuxième titre serait cool. Pour la similitude, c’est elle qui a choisi donc sûrement que cela colle à son propre univers musical.

M. En parlant de featuring, on retrouve Tim Keegan qui était la pièce maîtresse de Kill Your Darlings. De Departure Lounge à Kid Loco, c’est une histoire d’amour qui s’écrit à travers les époques ? Ça te tenait à cœur de le retrouver ?

K.L. Je crois être assez fidèle dans mes amitiés et Tim est un ami en plus d’être talentueux. Donc, pourquoi ne pas en profiter. Chris Anderson, le chanteur sur The Boat Song est le clavier de Departure Lounge et Sadie Blind Me sa compagne. La famille « D’Oiseaux Rares » s’agrandit il semblerait (rires).

M. Finalement, par ton authenticité artistique et ta discrétion médiatique, est-ce que tu te considères aux côtés de Tim Keegan, Olga Kouklaki et Vernon Subutex comme un « Oiseau Rare » ?

K.L. Yes, please ! Je trouve les artistes en général arrogants et ayant très peu le sens de l’humour. Après il y en a d’autres des « Oiseaux Rares » qui ne sont pas sur l’album : Jarvis Cocker, Rodolphe Burger, Brian Auger pour n’en citer que trois. Mais cette espèce, comme toutes les espèces, est en voie de disparition.

M. Ma dernière question est la signature sur Arty Paris. Quelle est pour toi la définition d’un artiste ?

K.L. Je me considère plus comme un artisan que comme un artiste pour les raisons citées plus haut. Je n’ai pas l’inspiration divine ou autre chose du même acabit. J’écoute beaucoup de musique et je vais tous les jours bosser dans mon studio.

Retrouvez Kid Loco sur Instagram et Facebook.