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Interview : Justine Lévêque, directrice artistique et événementiel du Champs-Élysées Film Festival

Jusqu’au 16 juin, le Champs-Élysées Film Festival innove face à la crise sanitaire en proposant une version online et gratuite. Au programme : des films en avant-premières, des showcases et les masterclass de Stephen Frears et Edgar Wright. Pour ce qui est du palmarès, les films lauréats seront annoncés mardi 16 juin à 20H sur le site officiel. On est allé à la rencontre de sa directrice artistique Justine Lévêque pour qu’elle nous parle de cette 9ème édition atypique.

Marin : Bonjour Justine. Tu fais le pari d’une édition entièrement en ligne et gratuite du Champs-Elysées Film Festival avec sa présidence Sophie Dulac. Comment cette décision a été prise ?

Justine Lévêque : En effet oui et quel pari ! Cette possibilité était dans nos esprits depuis le début du confinement. Et semaine après semaine, il semblait évident qu’une édition physique ne pouvait avoir lieu. Face à la situation, il y avait trois options possibles : annuler, reporter ou digitaliser. Le reporter n’a pas vraiment été envisagé et il était hors de question de le reporter sur des dates où d’autres festivals ont lieu. Néanmoins, il nous semblait important, voire essentiel, de poursuivre notre engagement de mise en lumière de jeunes talents, que ces œuvres indépendantes existent et soient vues autrement cette année. Nous avons immédiatement contacté tous les artistes, leur retour fut enthousiaste et nous avons poursuivi ensemble ce projet exceptionnel de festival online.

M. Tu as réussi avec ton équipe à conserver le mélange d’invités français et américains qui fait l’identité du Festival. Comment s’est organisée la programmation ?

JL. Nous avons débuté le confinement sans savoir si le festival aurait lieu physiquement ou pas… et nous avons donc maintenu notre process habituel. Et nous souhaitions dès le départ maintenir l’événementiel qui fait partie de l’identité même du festival. Au final, nous sommes parvenus à maintenir la ligne artistique et événementielle du festival avec une séance d’ouverture, de superbes jurys, deux invités d’honneur d’exception, quatre compétitions avec une remise de Prix, des showcases et DJ sets – un vrai festival mais à la maison. Pour cette 9ème édition, nous avons néanmoins concentré notre attention sur les invités d’honneur vivant en Europe afin de faciliter notamment le live et ne pas avoir de problèmes liés à un décalage horaire trop important.

M. Quelle est ta plus grande fierté pour cette édition digitale et atypique du Festival ?

JL. L’existence même de cette édition online. Et surtout, d’être parvenus à donner cette visibilité à des artistes et des œuvres si fortes et si singulière. Nous avons choisi de le voir comme une opportunité exceptionnelle d’amener un certain cinéma indépendant à domicile. C’était essentiel à nos yeux et c’est ce qui a donné du sens à tout ce travail. Tout a en effet été mis en place à distance, chacun chez soi. Quelle aventure et quelle équipe formidable !

M. J’aimerais m’attarder sur le pari de la gratuité qui ouvrira certainement votre vision du cinéma d’auteur à de nouveaux publics. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

JL. À situation exceptionnelle, décision exceptionnelle. Nous avons pris cette décision afin de participer à l’effort collectif de lutte contre le COVID-19 en offrant une programmation faite de découvertes et de premiers films présentés, pour la plupart, en avant-première française. C’est ainsi que nous avons choisi de défendre le cinéma cette année.

M. Dans la programmation dense et riche de cette édition, as-tu des coups de cœur personnels que tu nous conseillerais ?

JL. Le festival se positionne comme une plateforme de rencontre de la jeune création et de découverte de jeunes auteur.e.s. Les œuvres sélectionnées dans les 4 compétitions officielles sont dans l’ensemble des premiers films de réalisatrices et de réalisateurs que nous suivrons assurément. Je souhaiterais peut-être mettre un coup de projecteur sur deux puissants documentaires américains, Bloody Nose, Empty Pockets de Turner Ross et Bill Ross et 17 Blocks de Davy Rothbart, lesquels dressent un portrait des États-Unis d’aujourd’hui, des histoires individuelles qui nous donnent à voir tant un état du monde qu’un état d’être. Il y a aussi nos deux magnifiques sélections de courts métrages et notre sélection françaises composée de 6 longs métrages dont 5 sont des premiers films. L’une des grandes forces de cette sélection de films français est d’ailleurs d’être parvenue à montrer les différents visages du cinéma indépendant français d’aujourd’hui avec 6 œuvres très différentes les unes des autres ayant pourtant des thématiques sociales fortes. Enfin, il ne faut surtout pas passer à côté des showcases. Laissez vous porter par toute cette magie et cette création !

M. Le Festival se tient jusqu’au mardi 16 juin 2020. Qu’est-ce que je peux te souhaiter ?

JL. Que cette année reste exceptionnelle. Et que cette interview se fasse en face-à-face en 2021 pour les 10 ans du festival ! Nous avons eu à ce jour plus de 60 000 visionnages online, le cinéma est plus vivant que jamais, cette situation nous l’a rappelé et nous sommes impatients de se retrouver l’année prochaine, « en vrai ».

CHAMPS-ÉLYSÉES FILM FESTIVAL

Du 09 au 16 juin sur le site Internet du Festival
Inscription sur https://festival.champselyseesfilmfestival.com/signup