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Interview : Jumo est de retour avec l’EP « Que des gens de passage »

Dans la lignée de l’EP « Périodes Aléatoires », Jumo dévoile son nouveau maxi « Que des gens de passage ». Le poulain de Nowadays Records signe trois tracks empreints d’une mélancolie dansante à faire pâlir le dancefloor.

Après les débuts future beat de son hit « Alea », en passant par les sonorités pop de son side-project avec Alix Lachiver « Hier Soir », Jumo construit un univers solidement ancré dans la nouvelle scène parisienne. De son vrai nom Clément Leveau, l’artiste est aussi graphiste pour le collectif Cela. Les fondations visuelles affleurent plus que jamais dans ses deux dernières sorties accompagnées de clips, « Périodes Aléatoires » le 3 avril dernier, et « Que des gens de passage » dont il est question aujourd’hui.

Quand la saudade s’anime dans un beat

Rien n’est éternel. Encore moins un regard croisé au détour d’une rue, les rencontres d’un soir, une conversation entre deux verres. En trois morceaux, Jumo saisit la beauté de ces moments éphémères qui se fondent entre mille souvenirs. Avec un sens sidérant du détail, le producteur électronise le sentiment de la saudade dans des sonorités minimalistes et progressives. Jumo, lui, est fait pour durer. Ses tracks en sont la preuve inoubliable.

Marin : Hello Jumo. Peux-tu nous raconter ton parcours ?

Jumo : À la base, j’étais batteur dans un groupe, j’ai commencé Jumo il y a 4 ans et demi pour pouvoir m’exprimer de manière plus personnelle et surtout pour pouvoir écrire de la musique, et pas juste des parties rythmiques. À côté, j’ai suivi des études de cinéma et de graphisme, et j’ai fondé le collectif Cela, avec d’autres amis/artistes.

Aujourd’hui ces deux aspects de mon travail sont très liés et s’équilibrent. Depuis peu, on a aussi monté notre label avec les gars du collectif, ça s’appelle simplement « Celabel » (rires)

Retrouvez Celabel sur Facebook et Instagram.
Jumo en plein kitty shooting.
M. Tu cites régulièrement « Moon Safari » d’Air comme l’une de tes références. D’autres artistes t’inspirent au quotidien ?

Jumo : J’ai pas mal cité Air il y’a un an ou deux, j’écoute toujours autant, ça m’a longtemps aidé à m’endormir ou à me réveiller. Depuis longtemps, je suis fasciné par l’univers d’Aphex Twin, j’ai beaucoup écouté Rone, Son Lux, Atoms For Peace, et je me suis pas mal inspiré de la musique répétitive de Steve Reich.

Mais en ce moment j’écoute des projets comme Zombie Zombie, Manfredas, Marc Melia, etc.

M. Tu ne cesses d’explorer de nouveaux horizons musicaux depuis la release de ton EP « Hylé » en 2014. Quel cheminement t’as mené à abandonner le futur beat pour des productions plus intimistes ?

Jumo : C’était tout simplement plus mon truc, j’ai évolué au fil des années. Je me suis plus retrouvé dans la culture club au bout d’un moment, j’y ai préféré l’énergie qui s’en dégageait, le format aussi me convient plus, y’a une dimension moins contraignante je trouve plus de liberté dans les morceaux et dans le live, j’ai pas mal exploré la progression mais toujours en gardant un côté un peu pop tout de même.

Je ne renie pas les premiers morceaux, mais c’est vraiment agréable de pouvoir avoir la liberté d’essayer d’autres choses, de ne jamais faire de redites aussi. En tout cas je suis dans quelque chose qui me plaît !

Déjà en 2014, Jumo soignait ses visuels.
M. Tu déclarais en 2015 aux blogueurs de Café Babel : « Quand t’as l’habitude de faire des chansons que personne n’écoute et que d’un coup tu as 400 000 vues sur un titre, c’est particulier. Je n’ai pas envie de me retrouver dans un genre de situation où je ne contrôle plus rien. Si un jour le projet attire beaucoup d’attention, il faudra faire gaffe au moindre truc. »

Comment as-tu vécu le succès de tes hits « Alea », « Fugue », ou « Nomade » ?

Jumo : Franchement j’ai pas trop vu le truc venir, j’étais à fond à cette période, je tournais pas mal j’ai trouvé ça normal… À part sans doutes pour « Aléa », là je m’y attendais pas du tout, j’ai fait le morceau en deux ou trois heures (sincèrement), je n’en étais pas content, je voulais pas le terminer, je le trouvais trop évident.

Plus tard, Nowadays m’ont demandé un track pour une compile, je leur ai fait écouter Aléa, sans trop de conviction, ils l’ont sorti, puis y’a eu Nova. Aujourd’hui je comprend mieux le morceau et son potentiel, et j’en suis fier 😉

M. T’as notamment créé le side-project « Hier Soir » avec Alix Lachiver. Produire de la pop était quelque chose qui te manquait avec Jumo ?

Jumo : Oui un peu, je pense avoir ce truc en moi que j’ai besoin d’exprimer, ce truc plus pop, plus universel. Après j’ai pas enlevé les influences pop de Jumo pour les mettre dans Hier Soir, je ne m’impose rien sur Jumo, ça reste un labo dans lequel je m’exprime sans contraintes et c’est pour ça que je le fais. Hier Soir ça m’a surtout permis de reprendre les instruments plus traditionnel en live et de jouer plus dans une formation « groupe » ça ça me manquait.

Jumo & Alix dans le groupe Hier Soir (clique sur l’image pour écouter).
M. Dans tes EP « Périodes Aléatoires » et « Que des gens de passage », chaque morceau est accompagné d’un clip avec des projections de phrases. Comment est née ton envie de réunir la musique, l’image, et le texte ?

Jumo : J’ai toujours mélangé mes différents mediums de prédilection, au départ on travaillait plus autour de l’illustration, de l’animation. Depuis 2 ans j’écris pas mal dans mes carnets, c’est devenu encore un autre moyen d’expression, j’ai eu envie d’essayer de mélanger ces textes à ma musique, mais aussi à nos recherches avec le collectif.

Il y’a quelque chose d’assez inexplicable dans cette démarche, ce qu’il se passe quand on pose un texte sur un décor, avec du mouvement et enfin de la musique. Je trouve que ça laisse encore plus d’interprétations possibles, chacun y comprend ce qu’il veut, moi-même j’ai donné un sens personnel à chaque titre et vidéo. Vous pouvez en faire de même.

M. La note d’intention de ton EP évoque le fait que l’on reste souvent des inconnus pour les autres malgré nos expériences communes. Comment réussis-tu à marier ce spleen avec des productions plus club ?

Jumo : Je pense que c’est assez naturel chez moi, mes préoccupations, mes questionnements se retrouvent dans mon travail. C’est j’imagine pour ça qu’on parle souvent de mélancolie positive pour qualifier ma musique. Après peu importe le style dans lequel j’évolue, on retrouvera toujours ce « spleen », ça fait partie de moi.

Jumo contemplant une mer de nuages, ou la vision classy du spleen.
M. On termine par la question incontournable chez Arty Paris : Quelle est ta définition d’un artiste ?

Jumo : Je dirai que c’est quelqu’un qui compose et qui vit à travers ses sentiments et ses humeurs, c’en est même une variable omniprésente, et une contrainte. Après ça dépend de ta définition de l’art, pour moi c’est trop vaste 🙂

Merci Jumo, on a hâte de te retrouver sur Spotify ou en live ! Retrouvez le talentueux producteur sur Facebook ou Instagram.

Son EP « Que des gens de passage » s’écoute ici.