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Entretien avec Hervé, le loubard mélancolique qui fait jumper la chanson française

Signé sur Initial Artist Services (Angèle, Clara Luciani, Eddy de Pretto), Hervé avait droppé en 2019 son EP Mélancolie F.C. entre variété française et influences UK. Le voici de retour avec son nouveau single Le premier jour du reste de ma nuit.

Tout commence par une série de baffes courant 2019. La première, rude et sèche mâtinée d’un drop Jungle, s’appelait Va Piano. La seconde, mélancolique et humide, portait le petit nom de Cœur poids plume​. Le point d’orgue de la torgnole s’est abattu le 17 mai dernier ​en six morceaux brûlants avec l’EP Mélancolie F.C. Celui qui nous a rendu les joues chaudes s’appelle Hervé. Passé par l’Angleterre avec son ancien groupe Postaal, l’artiste a le cœur sur la main quand il s’agit de nous envoyer loin. Après avoir fait ses armes en premières parties de Clara Luciani et Eddy de Pretto, le chanteur prend une autre dimension quand il s’agit de tout envoyer sur scène. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on en redemande encore.

Son premier album est attendu au printemps prochain

Mais voilà, kicker les foules ça va deux secondes. Le nouveau challenge d’Hervé ? Marier des productions électro à des paroles en français que le public puisse reprendre en cœur. Avec Le premier jour du reste de ma nuit​, le refrain accrocheur à souhait entraîne et reste. Pour autant, il se livre sans états d’âme en s’inspirant des monstres sacrés, de Bashung à Daho en passant par Gainsbourg. Ce nouveau titre est l’occasion de revenir sur les années où il était homme de ménage dans un hôtel, en se mettant en scène dans un clip réalisé par le duo Ponctuation qui évoque l’ennui, le vrai, celui qui te fait écrire des chansons. C’est le journal de bord d’un loubard tendre qui nous montre son cœur après avoir tapé des poings. Ça a le mérite d’être clair : Hervé veut frapper fort en faisant valser les sentiments.

M : Hello Hervé. T’es producteur depuis plusieurs années, tu me racontes tes débuts ?

H. Au tout départ, je faisais des prods pour les rappeurs de ma ville. Ensuite j’ai commencé à produire plus électro et j’ai lancé mon groupe Postaal. Pendant longtemps je me suis dit qu’il fallait que je sorte l’album de Postaal pour passer à autre chose. Je ne peux pas faire deux choses en même temps, je suis monomaniaque dans ma façon de fonctionner. Là je produis mon album solo et je fais la promo, j’apprends cette manière de tout mélanger.

M : La différence notamment en terme d’image avec Postaal, c’est que tu te mets en avant ?

H. Oui, je l’ai géré instinctivement. J’ai fait mon premier concert il y a deux ans, j’y suis allé sans me poser de questions. J’ai l’habitude de la posture derrière une console ou dans un studio, mais me retrouver sur scène et voir ma gueule sur un CD ou dans un clip, c’est nouveau. Avec Postaal, on était sous nos capuches avec notre pudeur. Maintenant, je suis sans filet.

Pas le temps pour les filets
M : T’es aussi sans filet en jouant seul sur scène ?

H. Oui, je reste très solitaire dans ma manière de fonctionner. Quand tu vis un moment intense, à part avec des gens très proches, c’est rarement à plusieurs. J’ai besoin de ce temps pour l’introspection et le lâcher-prise.

M : Quelle relation t’entretiens avec ton public ?

H. C’est chanmé, je reçois beaucoup de messages qui me touchent énormément. Ça rentre dans la vie des gens que tu le veuilles ou non. Des fois, certaines personnes détestent et je trouve ça très sain. Et puis d’autres adhèrent au délire. C’est fou de passer de la musique de chambre à des tremplins aussi grand public que des premières parties de Zéniths. Il y a 7,000 personnes qui m’ont découvert alors que je n’avais sorti que Va Piano, de la Jungle slammée loin des formats standards.

M : La signature électro est toujours très forte dans tes titres ?

H. C’est ce que je veux expérimenter dans le disque, la puissance du drop. Si demain je sors mon album et qu’on me dit : « c’est de la chanson électro » j’ai gagné dans un sens. Qu’on comprenne ou pas l’intention des textes, le plus important c’est qu’on saisisse la visée générale du projet.

M : Qui t’entoures dans la création de ton nouvel album ?

H. J’ai mon ingé’ son Julien Delfaud qui a bossé avec les Phoenix, Paradis et Lomepal. C’est une brute de studio, c’était le rêve de travailler avec lui et on s’est trouvé. Sinon le reste du temps, je me cale dans le salon du daron en Bretagne s’il est n’est pas là. C’est un vrai home-studio dans le Finistère Nord. Avec un peu de chance, je vais surfer s’il y a des vagues. Je suis toujours seul mais mes proches m’écoutent : mes meilleurs potes, ma copine, ma DA.

M : Tes proches sont finalement les réalisateurs de ton album ?

H. Totalement, je cherche l’authenticité par dessus-tout. Si je déconne, mes proches me le diront. C’est important de garder ceux avec qui t’as commencé, ça fait 10 ans que je fais du son et mon entourage sont les meilleurs réalisateurs du monde. Mon équipe, mon label et mes proches, c’est ce que j’ai de plus précieux.

M : T’es signé chez Initial Artist Services, un label d’un genre nouveau qui est au cœur des succès d’Angèle et Clara Luciani ?

H. Quand j’ai signé en 2017 chez Initial, il n’y avait pas de bureau. C’est un des rares labels qui parle musique, l’équipe est à fond et leurs retours sont toujours sincères. J’ai énormément d’affection pour l’équipe, ça me fait penser à l’école anglaise. Soit je faisais mon projet avec eux, soit je le faisais tout seul.

La tête sur les épaules, le cœur à la fête
M : Est-ce que tu ressens une certaine pression avec l’attente autour de ton album ?

H. Non, je suis heureux d’être là. Le jour où ça ne va plus, mon entourage saura me dire qu’il faut que je tienne cette pression car je kifferais encore plus ensuite… Ou ils sauront m’écouter. Je n’irais pas dans une salle de concert en traînant des pieds. C’est hors de question. Il y a 3 ans je plaçais les gens dans des salles de spectacles pour décrocher 25 balles et payer mes cigarettes. Il faut voir le bonheur que ça te procure rétro-activement. Le jour où ça ne vaut plus le coup, il faut arrêter.

M : La mélancolie comme la rage contenue qui te définissent, c’est quelque chose que tu veux garder sur ton disque ?

H. Oui, mais j’ai aussi envie de choses plus solaires sur mon album. J’avais de gros gimmicks instrumentaux sur mon premier EP, là j’ai envie de refrains que les gens puissent chanter. Je veux ajouter ce canal à ma musique en simplifiant les flows. Au-delà des drops, de l’énergie et du parlé-chanté, je vais aller plus loin vocalement pour qu’il y ait une nouvelle dimension en concert. Je suis en plein dedans.

M : Après ton EP Mélancolie F.C., ça va être le LP « Surf Club » [NDLR : en référence à sa passion pour le surf] ?

H. Je ne vais pas faire un album Club Med, non plus (rires). Mais si demain j’ai envie de faire un titre funk, je le fais. Je suis libre de produire un soir de la Jungle, le lendemain une ballade variété. J’ai envie de progresser, ne pas faire les mêmes choses et aller toujours plus loin.

M : Avant de se quitter, tu n’échappes pas à la question signature chez Arty Paris. Quelle est ta définition d’un artiste ?

H. C’est quelqu’un qui fait ça parce qu’il ne peut pas faire autre chose. Tu ne choisis pas d’être artiste.

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