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Interview : Contrefaçon, electro made in France

Après deux EPs explorant l’électro et le gabber, le collectif Contrefaçon sort leur premier album Mydriaze qui condense un large panel d’influences. On est allé parler avec le quatuor à l’occasion de leur release party au Silencio.

On a longtemps essayé de nous les vendre comme un super mutant entre Justice, Romain Gavras, The Blaze, et à peu près tout l’électro urbain cool de ces trente dernières années. Au final Contrefaçon n’est rien de tout ça et c’est tant mieux : ils sont bien plus que leurs propres influences. Les quatre garçons qui se cachent derrière des cagoules Nike et leurs pseudos (Antipop, Junk8, Mandelboy et Mike Doe) incarnent l’énergie brute du nord de Paris que l’on connaît et d’où l’on vient. En proie à la démerde et sans limite créative, Contrefaçon façonnent leur son à contre-courant.

Au plus proche du récit parisien qui s’écrit chaque jour sous nos yeux

Mydriaze porte au firmament leur ambition d’un storytelling total. Le collectif casse les frontières entre son et image en sortant un album concept : seize morceaux et un court métrage. Comme pour coller au plus proche du récit parisien qui s’écrit chaque jour sous nos yeux, en capturer le souffle effréné dans une œuvre absolue et intransigeante, et en extirper un art plus brut que Porte de la Chapelle au petit matin. Si Contrefaçon ne devait avoir qu’une seule influence, ce serait notre capitale made in France. Tantôt Paris la belle, tantôt Paname l’authentique, Contrefaçon te laisse le choix entre la face A et la face B.

Marin : Hello Contrefaçon. La légende urbaine raconte que vous vous êtes rencontrés dans un collège du XXème arrondissement. Vous aviez déjà des affinités artistiques définies ?

Antipop : On a commencé en faisant des vidéos de skate et puis les penchants de chacun se sont affinés : Mike a toujours fait de la musique et a très vite joué dans les films, Junk8 à la MAO, Mandelboy au cadre.

Junk8 : Tout s’est fait naturellement au fil des années.

Mike Doe : On n’a jamais trop compartimenté mais pour monter le projet on a eu des rôles plus prédisposés bien qu’on reste touche-à-tout.

De gauche à droite : Junk8, Mike Doe, Antipop et Mandelboy
Marin : Avant même que je connaisse le son et l’image de Contrefaçon, c’est votre nom qui m’a interpellé. Pourquoi ce nom qui sonne comme un hommage à la culture urbaine de Paris Nord ?

Antipop : À la base l’idée était de « faire à contre-courant » , et comme le premier EP était tourné vers la VR ça matchait bien. Et puis du détournement de marques avec le merch’, les fringues et les stickers, c’est un truc qui fait partie de notre univers.

Mandelboy : La sonorité française avec « faire » dans le nom nous plaisait bien. On a toujours travaillé avec nos propres moyens à la débrouille.

Mike Doe : Ce qui est sûr, c’est que les gens t’identifient plus facilement à quelque chose qu’ils connaissent déjà. Au début, ça nous a joué quelques tours de nous appeler Contrefaçon dans le sens où on disait qu’on avait copié untel sur tel morceau. Alors qu’au delà de la contrefaçon, t’as forcément des inspirations à la base.

Marin : On vous a souvent comparé à Justice dans les médias généralistes. Pourtant vos influences sont bien plus larges avec la techno et le gabber ?

Mandelboy : Oui, bien sûr. Pour l’anecdote, on avait rencontré notre actrice principale Régina Demina à la soirée du jeudi Casual Gabberz au Wanderlust. Effectivement, ça nous a inspiré toute cette époque.

Junk8 : On a été influencé par le gabber mais sur l’album de Mydriaze c’est plus électro dans l’esprit des années 90 / 2000 avec les Chemical Brothers. On a grandi avec toute cette culture MTV.

Mike Doe : Tu vois, le drop-name de Justice revient souvent mais au final on a plein d’influences, tout passe dans une grosse machine à laver et ça donne Contrefaçon. C’est difficile de dire qu’on copie quelqu’un.

Le collectif s’amuse régulièrement à détourner l’identité des marques
Marin : Même d’un point de vue cinématographique, j’ai du mal à vous cantonner. Ce serait quoi vos références ?

Antipop : Quelqu’un disait que nos films ressemblaient à une rencontre entre Guy Ritchie et Kourtrajmé. Après j’ai seulement vu la Haine et les longs métrages de Kim Chapiron, mais apparemment le côté amateur et rythmé de leurs premiers courts ont des similitudes avec ce qu’on fait.

Mandelboy : L’idée c’était de laisser la place à l’univers urbain, il y a une présence dans le choix du décor et des situations. On essaie de ressortir les ambiances avec lesquelles on a grandi, de donner la place à Paris.

Marin : Kourtrajmé est très associé à la scène rap, ça vous parle ?

Mike Doe : Notre univers a peut-être un côté urbain qui rappelle le hip-hop. C’est plutôt une question d’attitude que d’influences musicales.

Antipop : C’est pour ça qu’on nous compare beaucoup à Justice, le côté urbain ressort dans Stress avec la réalisation de Romain Gavras. Ce que les gens remarquent c’est le côté électro, urbain et parisien.

Mandelboy : Faut dire que comme Justice on aussi beaucoup d’influences métal et hard rock qui transpirent mais subtilement.

Marin : Les Pink Floyd ?

Antipop : Clairement sur la Face A t’as quelques morceaux planants avec des influences un peu plus rock psyché.

Mike Doe : Après c’est des groupes qu’on a toujours écouté, mais c’est dur de dire qu’on a puisé dedans pour composer. Ça reste très éloigné même si ça fait partie de nous.

Contrefaçon déboule chez toi en R-Max
Marin : Votre modernité tient aussi dans votre manière d’assimiler les nouvelles technologies avec la réalité virtuelle. Comment ça vous est venu ?

Mandelboy : Personnellement, j’aime beaucoup la science-fiction parce qu’il suffit de quelques touches pour faire fonctionner l’imaginaire et devenir projectif. Sur la réalité virtuelle, c’est une porte qui s’est ouverte à nous en la mêlant avec l’univers de la drogue [NDLR : Mike Doe deale une expérience en réalité virtuelle dans les clips de l’EP 4].

Antipop : Et puis visuellement, ça fait de belles séquences de trip dans le style de Gaspard Noé et Jan Kounen. On aimerait bien faire un clip entièrement en VR s’il y a un développeur avec de la puissance de calcul qui nous lit… [NDLR : band@contrefacon.paris]

Mike Doe : Il y avait un côté un peu mystique aux débuts de la VR bien que ça se soit pas mal démocratisé depuis. C’est toujours dans le vent mais les gens sont moins surpris quand ils en voient maintenant, on va aller puiser autre part pour le penchant technologique.

Marin : Pour moi la VR relève du symptôme Contrefaçon où écouter et regarder devraient former qu’un seul et même verbe (NDLR : comme danser et penser 😉 ). Vous ne vous sentez pas trop contraints par les formats ?

Antipop : Zéro contrainte pour le court métrage, il se trouve qu’au-delà de 20 minutes on ne pouvait pas le faire en mode pirate pour des questions de budget.

Mandelboy : Les contraintes sont là en terme de réalisme budgétaire et de ce qu’on veut montrer mais c’est plutôt profitable. On travaille ensemble et il y a une bonne synergie.

Marin : Ce serait quoi votre format idéal ?

Antipop : En vrai, on peut faire ce qu’on veut. On a des idées de court métrage, de websérie et de long métrage.

Mike Doe : Tu nous donnes trois millions, on fait un film.

Mandelboy : Avec trois millions, on fait trois films (rires).

Donnez leur des sous
Marin : Comment vous avez envisagé la continuité d’écriture avec la présence récurrente de vos acteurs fétiches ?

Antipop : Pour nous c’était une continuité logique que les personnages de nos clips parlent. On l’avait déjà fait avec des projets plus lointains, les premiers EPs nous ont permis de bien définir notre univers.

Mike Doe : Il y a le côté « fait maison » qui ressort, on n’est pas forcément acteurs à la base mais travailler ensemble nous met en confiance. On se voyait pas trop caster des acteurs extérieurs. Entre potes, ça fait très largement le taff [Mike se tourne vers Antoine, l’acteur, qui est assis à côté]. Comment s’est passée ta première expérience d’acteur (rires) ?

Antoine : Ma première expérience était sur Aviv et moi de base je les connaissais depuis très longtemps. Ils m’ont proposé de bosser avec eux et après deux trois films ça a plu. Les projets s’enchaînent en mode famille.

Marin : Et pour votre actrice Régina Demina ?

Antipop : L’échange s’est fait tout de suite car elle produit de la musique : elle est devenue actrice récurrente comme une continuité logique. Ça crée une cohérence dans l’univers.

Mike Doe : C’est aussi comme ça que tu restes créatif avec des moyens limités. Tu composes avec des gens proches de toi et forcément tu peux faire beaucoup plus de choses qu’en allant chercher ailleurs.

Marin : C’est plutôt le visuel ou le son qui arrive en premier sur vos prods ?

Junk8 : Parfois on part d’idées visuelles pour composer un morceau comme Acidland où le clip était là avant la musique. Et à l’inverse, on a des ébauches de son sur lesquelles des idées visuelles viennent ensuite.

Antipop : Pour le film de Mydriaze c’était un peu des deux. On avait des bouts d’album qui étaient en train d’être faits et j’avais commencé à faire la maquette.

Mike Doe : Des morceaux ont été intégrés à l’album parce qu’ils étaient présents dans le court métrage et la continuité était essentielle. Ça va dans les deux sens.

On retrouve Antoine au fond d’une piscine pour la cover de Mydriaze
Marin : Comment avez-vous trouvé le fil conducteur entre les seize morceaux de Mydriaze ?

Junk8 : La composition de l’album s’est faite au fil de l’eau, le travail a duré deux ans avec une grosse sélection parmi tous les morceaux. On ne voulait pas faire de concessions et le compartimenter dans un style particulier.

Antipop : À partir du moment où on a défini qu’il y avait deux phases, une plus cinématographique et mélodique et une autre plus club, on a trouvé comment trier les morceaux.

Mike Doe : Déjà l’EP 4 était plus mélodique et Décibelle plus gabber et techno. On ne se disait pas qu’il fallait assumer l’un ou l’autre, c’est de là qu’est venue l’idée d’une Face A et d’une Face B.

La Face B d’Antoine
Marin : La Face B contient les morceaux du live ?

Junk8 : Le live est amené à évoluer, c’est beaucoup plus efficace d’envoyer la Face B à minuit devant un public qui ne demande qu’à danser. Après on a vocation à s’adapter et jouer devant un public qui demande plus de mélodie. Ce soir par exemple [NDLR : À la release party au Silencio], on veut montrer toute la palette de Contrefaçon pour les journalistes.

Marin : Vous êtes souvent bookés sur des horaires de closing, ça vous tenterait l’expérience warm-up (rires) ?

Tout le monde : Non, surtout pas (rires).

Antipop : De minuit à six heures, ça nous va très bien.

Marin : C’est la dernière question que je pose à tous les artistes que j’interviewe. Quelle serait votre définition d’un artiste ?

Mandelboy : Si tu veux être artiste tu te lances dans ta passion et t’essaies, t’essaies, t’essaies. C’est sans filet. Ton statut est particulier dans la société, t’es pas utile directement donc tu dois trouver ta place. Le principe est de le faire sans concession pour pouvoir vivre de son art.

CONTREFAÇON EN CONCERT

Vendredi 13 décembre de 20H à 23H
La Gaîté Lyrique, 3 bis rue Papin, 75003 Paris

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