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Interview : Cocoon, le folk pris entre deux feux

En presque 15 ans, Cocoon a composé avec le paysage changeant de la pop folk en perpétuant une tradition anglo-saxonne de la guitare acoustique. Suite à la naissance de son petit dernier le 27 septembre, « Wood Fire », nous avons interviewé Mark Daumail dans un entretien fleuve.

Pour ceux qui ont été initiés à l’indie pop folk grâce au vibrato de Mark Daumail, les morceaux de Cocoon garderont toujours une saveur particulière. De Nick Drake période Time Of No Reply à Sufjan Stevens période Carrie & Lowell, la rencontre avec le ukulele de Chupee en novembre 2008 a été décisive. Si le morceau résonne pour les aficionados de TV comme la synchro emblématique d’une publicité Peugeot Partner et Danone Taillefine, Mark n’a jamais courbé l’échine face à son étiquette grand public. D’une scène française désormais portée disparue – qui entend encore parler de Moriarty, Lilly Wood and the Prick ou Yaël Naïm – Cocoon continue de tracer sa route en dernier nabab serein.

En 2016, « Welcome Home » marque le départ de Morgane Imbeaud

Tout le monde connaît son premier disque très « Lost » My Friends All Died in a Plane Crash (2007) suivi du récit de voyage avec une baleine Where the Oceans End (2010). Mais Cocoon a réellement entamé sa renaissance avec son plus bel album à ce jour : Welcome Home (2016). Morgane Imbeaud avait alors décidé de continuer sa carrière en solo pour que Mark Daumail soit libre d’évoquer un sujet profondément intime : l’hospitalisation de son fils pour insuffisance cardiaque. Exit le charme de leurs voix intrinsèquement liées et leurs mélodies enfantines qui laissaient place au texte clair et personnel du jeune père. Au pari un peu fou, la réussite d’une double sortie : celle de son enfant du CHU et d’un album thérapeutique.

Qu’est devenu Cocoon depuis ce bouleversement majeur ? Un groupe solo hautement personnel pour Mark Daumail, qui de featuring en featuring, recrée sans cesse le duo féminin qui lui fait défaut sans Morgane Imbeaud. Seulement les temps ont changé et l’air n’est plus à la folk. MySpace a laissé place à Spotify, Yaël Naïm a disparu face à Angèle, la pop urbaine truste le sommet des charts. Signé depuis 2009 chez Barclay, Coocon a vu l’émergence des labels de la hype Spinnup et Initial Services (Clara Luciani, Eddy de Pretto, Angèle) arriver dans la maison-mère Universal Music. Dans un élan pop, le single Back to One tente désespérément de raccrocher les wagons avec une progression électro moins convaincante. À l’intention louable de comprendre son époque et ses enjeux, un faux-pas taillé pour les rotations radio.

Un album plus éclectique composé entre Los Angeles, Tel Aviv, la Norvège, la Toscane et son homestudio de Bordeaux

Dans une époque pas si lointaine, les guitares poétiques de Comets faisaient office de lead single et assuraient un succès retentissant au duo. Sur « Wood Fire », les douceurs folk We do the Same et Colors nous rappellent l’évidence de sa guitare-voix qui n’a pas besoin de mille artifices pour toucher juste. De la caution faussement guillerette de Sun et Shadow qui sonnent comme une opération de diversification, on préfère l’ambiance d’Ashes en featuring avec Owlle et I Got You avec le timbre caverneux de Lola Marsch réhaussé d’un chœur sur le refrain. « Wood Fire » fléchit d’une grande leçon : il ne faut jamais tenter d’être ce que l’on n’est pas. Bien que père pour la quatrième fois, la flamme originelle sera toujours préservée par ses enfants spirituels.

Marin : Hello Mark. Ton premier album parlait d’un accident d’avion, le second d’un voyage en baleine. Quelle a été l’étincelle créatrice pour « Wood Fire » ?

Mark : Après mon troisième album Welcome Home qui parlait de la naissance de mon fils, j’avais envie d’évoquer le couple en analogie avec un feu. J’ai voulu reprendre les différentes étapes de la première étincelle jusqu’aux braises et aux cendres, raison pour laquelle l’album s’appelle « Wood Fire ». Un couple de longue durée c’est comme un feu, il faut rajouter des bûches, souffler sur les braises, et « Spark » en est le début. C’est une chanson très optimiste malgré le fait que ce soit assez mélancolique. Ça dit que tout n’est jamais perdu, il suffit d’une petite étincelle pour que tout redémarre.

Marin : Ton second track s’appelle Back to One, pourquoi le choix d’un morceau aussi pop ?

Mark : Ce morceau est le pendant joyeux des retrouvailles, retomber amoureux de quelqu’un, la légèreté de retourner au resto, danser, se re-séduire. Je l’ai faite à Los Angeles avec un duo de producteurs qui bosse avec Diplo et Beyonce. Une version est sortie en français avec la chanteuse Clou que j’ai contacté via Instagram. Elle a assuré grave, c’est une artiste qui va tout cartonner avec son prochain album.

Marin : Je pense beaucoup à l’influence du récit d’aventure sur Where the Oceans End, quelle était la référence ici ?

Mark : Je pensais à un guide de randonnée, le mec qui part avec son sac à dos et des allumettes de survie. J’ai ré-appris à faire du feu de bois pour les photos et les clips, et je me rends compte que j’adore faire ça. Une fois que j’ai ramené toute la musique de l’étranger, l’album a été très DIY avec deux potes dans mon studio de Bordeaux. Avant, j’avais toujours un réalisateur et cette fois j’ai pris plaisir à le réaliser moi-même.

Marin : Au contraire, tu restes très fidèles à tes couleurs folk dans ton troisième morceau Colors. C’en était l’ambition originale ?

Mark : Aujourd’hui, je trouve qu’on est dans le règne de l’urbain, du rap et des boîtes à rythme. J’en écoute énormément et j’adore, mais j’ai envie de pas laisser la guitare acoustique mourir. De temps en temps, je peux ajouter un côté moderne qui s’entend sur Spark ou Back to One mais la star reste la guitare acoustique. Quand je compose c’est guitare chant avec du yaourt et ensuite je pose les mots dessus. Je fais une sorte de pré-prod avec une fausse batterie et puis j’enregistre le tout au propre.

Marin : Passons à Roller Coaster. Après plusieurs disques de platine, trois Olympia et autant de tournées, comment fait-on pour revenir à la solitude du studio dans ces montagnes russes de l’émotion ?

Mark : Dans ce métier t’as un album qui cartonne, puis un autre qui marche pas, puis un autre qui remarche… Faut vraiment avoir les reins solides. Là je sors du studio pour les premières promo et les premiers lives [NDLR : on est en juin], je me sens un peu déchiré sans ma petite tanière. Ces roller coasters me plaisent beaucoup mais il faut avoir un entourage solide pour continuer. Et j’ai cette chance d’être très bien entouré.

Marin : Ton album a été conçu entre Los Angeles, Tel Aviv, la Toscane, Paris et Bordeaux. T’étais à la recherche d’une vibe plus ensoleillée, notamment avec Sun ?

Mark : Sun a été composé en maillot de bain au bord d’une piscine en Toscane en 17 minutes. Je cherchais un morceau pop et joyeux avec deux potes. À la base, je l’avais pensé comme un générique de dessin animé style Moi Moche et Méchant, je l’imaginais chanté par les Minions. Il manquait un morceau ensoleillé à l’album qui était un peu dark sans ça.

Marin : On avance toujours plus dans l’album en arrivant au morceau très touchant I Got You. Cette sincérité est à l’image du Coocon post-Welcome Home ?

Mark : Oui, il y a vraiment deux Coocon : les deux premiers albums avec beaucoup de métaphores et maintenant je dis des choses très crues. C’est toujours moi qui écrit les chansons du groupe mais j’avais une autre approche avant. J’ai l’impression qu’on comprend mieux ce que je dis.

Marin : Tu me pardonneras la métaphore mais tu rallumes les braises des featurings ?

Mark : Les deux premiers albums étaient avec Morgane, le troisième avec la chanteuse américaine Natalie Prass, maintenant le grand jeu c’est d’inviter la bonne chanteuse sur chaque chanson. J’adore le mélange des voix filles / garçons, partant de là je m’amuse à m’imaginer les collaborations possibles. J’ai contacté Clou parce que j’ai eu un crush sur sa voix, Lola Marsch je rêvais depuis longtemps d’un duo, et Owlle je l’ai rencontré à Los Angeles où on a fait Ashes. D’habitude je suis très fan des voix fines, aiguës et féminines comme Morgane et Clou, et maintenant ça m’amuse de prendre différentes sortes de voix féminines, plutôt grave et rauque avec Lola Marsch et type Mariah Carey avec Owlle.

Marin : Huitième question pour le huitième morceau Shadow. Comment parviens-tu à partir de ton expérience personnelle pour la rendre super accessible comme ici ?

Mark : C’est même pas volontaire mais je pars toujours de mon vécu pour en sortir une chanson qui rassemble, fédère, et soit comprise par le plus de gens. Je n’y pense même pas, ça se fait tout seul. Quand t’as 7 ou 8 chansons qui ont un thème en commun, tu te dis qu’il reste à en composer 4 autres pour faire la boule. Dans Shadow, je parle du fait je suis un optimiste mais que mon caractère me pousse à ne jamais être vraiment heureux. J’ai toujours une petite ombre en moi, une sorte de spleen qui est l’une des raisons pour laquelle je fais de la musique.

Marin : Entre 2005 à 2006, c’était l’âge d’or de la folk en France avec Cocorosie, Yaël Naïm, The Do. C’est aussi un spleen d’avoir moins d’artistes à qui dire We do the same ?

Mark : C’est plus compliqué de chanter en anglais aujourd’hui et encore plus de faire de la folk. J’ai l’impression d’être le dernier survivant de toute cette génération, à part Yaël Naïm qui continue vraiment bien. Dans 10 ans ce sera encore une nouvelle génération et c’est normal. Je comprends que Lomepal, Roméo Elvis et Angèle plaisent aujourd’hui, ce sont des entertainers de ouf, super télégéniques… [NDLR : Mark se reprend] téléphone-géniques (rires). C’est à la fois de bons musiciens et des instagrammers, j’ai une grosse tendresse pour cette génération. Mais en vrai j’écoute surtout des artistes étrangers, je te conseille Tomb d’Angelo De Augustine qui est produit par Sufjan Stevens. L’ingé qui a mixé l’album a halluciné qu’il y ait de la guitare acoustique, et cette phrase m’a rendu un peu triste. J’aime le côté songwriting à l’ancienne avec des chansons qui se tiennent toutes seules à la guitare.

Marin : Musicalement, tu veux qu’on ressente les textures par ta manière organique de produire et réaliser ton album ?

Mark : Oui, j’ai vendu les 3/4 de mon studio l’année dernière et je n’ai gardé que deux guitares, deux synthés, une basse et je ne me suis jamais senti aussi libre. J’avais envie de m’enfermer six mois avec mes chansons et de maîtriser ces instruments à fond. L’album m’a demandé beaucoup de travail et d’énergie.

Marin : Baby parle évidemment de ton rapport à la parenté, mais ton second bébé est sorti de cet homestudio. Comment aimerais-tu le voir grandir ?

Mark : J’espère qu’il va résonner chez les gens. Je n’ai jamais cherché la notoriété et en même temps c’est vraiment ouf je reçois énormément de messages, ce groupe a vraiment marqué les gens. Ils peuvent venir du grand public, de l’indie avec une compréhension du songwriting, et des musiciens qui font des reprises. Je suis touché et je kiffe toujours autant faire partie de ce groupe qui représente la moitié de ma vie… [Mark réalise] Oui c’est ça, j’ai 34 ans.

Marin : En juin, t’es parti à la rencontre de ton public dans un Warm Up Acoustic Tour, tu nous expliques le concept ?

Mark : C’était un tour de chauffe, on voulait repartir sans batterie, sans basse, juste avec une chorale et moi dans des petites salles de 300 places. Je trouve l’ambiance de cette jauge trop cool. Ce qui est particulier, c’est que j’ai demandé aux gens sur Instagram de choisir les chansons qu’ils voulaient qu’on joue, plutôt que l’inverse. Et c’était assez surprenant, leurs chansons préférées n’étaient pas forcément celles que j’aurais mises moi.

Marin : C’est notre question signature sur Arty Paris que je pose à tous ceux que j’ai interviewé jusqu’alors. Quelle est ta définition d’un artiste ?

Mark : C’est quelqu’un qui arrive à retranscrire un petit moment de la vie dans une œuvre, et que cette œuvre fasse écho à ce moment que t’as peut-être aussi vécu. C’est transformer l’univers en une toute petite chanson de 3 minutes. L’artiste qui parvient à le faire est un bon artiste. Ce que je recherche le plus, c’est la bande originale de ces petits moments de vie.

COCOON EN CONCERT

Le 22 janvier 2020
Au Trianon, 80, boulevard Rochechouart 75018 Paris

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