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Interview de Chancha Via Circuito, le pionnier argentin de l’électro-folklore

Venu défendre son cinquième album « Bienaventuranza » outre-Atlantique, nous avons rencontré Chancha Via Circuito à 24H de son concert au Hasard Ludique. Interview avec le pionnier de l’électro-folklore argentin.

N’ayons pas peur des mots : Chancha Via Circuito a révolutionné la cumbia. Ce genre musical folklorique d’Amérique du Sud passe depuis plusieurs années à la moulinette de l’électro. Pedro Canale aka Chancha Via Circuito n’y est pas pour rien. Pionnier de la scène argentine, l’artiste remixe les rythmes traditionnels avec des influences urbaines depuis ses débuts au Zizek Club, à Buenos Aires en 2006. Naîtront un label, ZZK Records, et un premier album pour Chancha Via Circuito, « Rodante » (2008).

Une vocation née dans les trains de banlieue

Imagine une rencontre entre la veine tradi-électro de Parov Stelar et la respectabilité underground de Laurent Garnier. Voilà ce que représente Chancha via Circuito pour la cumbia. La petite anecdote pour briller en société, c’est l’origine de son nom d’artiste. « Chancha » est le surnom donné à une énorme locomotive Fiat, et « Via Circuito » est celui de la ligne de chemin de fer. À l’époque de ses études, Pedro prenait quotidiennement le train pour se rendre en cours. Des vendeurs ambulants diffusaient à plein balle la cumbia dans les wagons : sa passion et son pseudo étaient tous trouvés.

Marin : Hola Pedro. Sur ta page Facebook, tu définis Chancha Via Circuito comme « Un viaje en el trencito de la alegría ». Peux-tu présenter ton projet pour ceux qui ne le connaissent pas encore ?

Pedro : Sur notre page Facebook, j’ai écrit que Chancha Via Circuito est un train. Notre projet est né en 2006, de notre besoin d’explorer les racines de la musique d’Amérique latine et de l’expérimenter en la fusionnant avec des sons de musique électro.

Ce genre d’ambiance(eur) a forgé la réputation du Zizek Club.
Marin : Tu fais partie d’une nouvelle scène d’électro-folklore qui s’est fédérée autour du Zizek Club à Buenos Aires, puis de son label ZZK Records. Comment as-tu rejoint cette effusion créatrice ?

Pedro : Le projet de Chancha a commencé quasiment à l’âge d’or des fêtes organisées au Zizek, et grâce à ces soirées, nous avons eu l’opportunité de développer notre projet et de tester nos sons sur le dancefloor. À cette époque, nous avons rencontré dans ce spot de nombreux producteurs tels que Marcelo Fabían, Tremor, King Coya, El Remolón, Fauna, Frikstailers, The Peronists, Sonido Martinez, Zurita, etc.

Marin : En 2008, ton premier album « Rodante » a renouvelé l’héritage traditionnel de la cumbia à travers des sonorités électroniques. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur cet album fondateur ?

Pedro : Cet album est celui qui reflète le mieux les prémisses de notre projet, où l’influence de la cumbia traditionnelle est la plus forte. J’apprécie toujours cet album mais j’aimerais le retravailler, pour qu’il sonne mieux avec les nouvelles techniques emmagasinées avec l’expérience.

Son premier album « Rodante » (2008) fait figure de classique.
Marin : Tu défends désormais ton troisième album « Bienaventuranza » sorti le 8 juin 2018. Comment s’est faite la création de cet opus à la fois minimal et très dansant ?

Pedro : Cet album m’a valu beaucoup d’investissement et de temps, ça a été un album où j’ai donné beaucoup de ma personne avec mes musiciens Federico Estevez et Heidi Lewandowski (Kaleema). Avec eux, nous avons créé plusieurs chansons à partir d’essais et d’improvisations.

Marin : « Bienaventuranza » a reçu un accueil dithyrambique, plus particulièrement en France avec le soutien de Radio Nova, FIP, et de nombreux médias spécialisés. En donnant un sacré coup de neuf à la cumbia, t’avais pour ambition d’exporter cet héritage argentin au-delà de l’Atlantique ? Ou était-ce une surprise ?

Pedro : Et bien, ces radios passaient déjà des titres de mon troisième album « Amansara » (NDLR : sorti en 2014 sur Wonderwheel Recordings), j’ai été ravi de voir qu’ils passaient aussi des titres de mes anciennes productions. Ce sont des radios que j’adore et c’est une grande joie pour moi de savoir qu’ils passent ma musique.

Je ne peux pas dire que mes sons exportent la culture argentine, car ils ont des racines sur tout le continent américain, en particulier en Amérique du Sud. Mais j’aime l’idée que cette musique aille le plus loin possible et traverse l’Atlantique.

La traduction littérale de « Bienaventuranza », son cinquième album, est « bonheur ».
Marin : Tu le présentes en full band le 18 juillet au Hasard Ludique. Que nous réserve ta formation sur scène ?

Pedro : Ce ne sera pas une présentation officielle de l’album, mais davantage une représentation des quatre albums avec de nouveaux titres. Qui plus est, nous nous produirons demain avec la chanteuse Andrea Bernardini, ce qui sera une grande nouveauté pour notre public.

Chancha Via Circuito dans sa formation de groupe.
Marin : C’est notre dernière question incontournable chez le magazine Arty Paris : Quelle est ta définition d’un artiste ?

Pedro : Pour moi, un artiste c’est quelqu’un qui travaille à la recherche de la beauté. Bien qu’aujourd’hui, rares sont ceux qui le font de manière sérieuse et engagée.

Merci Pedro d’avoir pris le temps de répondre à nos questions, et à la superbe équipe du Hasard Ludique pour sa passion communicative. Retrouvez Chancha Via Circuito sur Facebook et Instagram.
Rédaction par Marin Woisard
Propos traduits par Flore Guegand et Nicolas Sauchelli