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[PREMIERE] Celeno explore la galaxie amoureuse avec son EP « Us »

Bruno Grégoire aka Celeno dévoile en exclusivité son EP « Us » sur Arty Paris. En cinq morceaux, il nous raconte une romance interstellaire propulsée par le son rétro-futuriste des synthés des années 80.

En 2007 sort l’album monument Cross de Justice, et la naissance d’un déclic pour celui qui n’est encore que Bruno Grégoire. La claque ne le laisse pas indemne. Très vite, le producteur cherche à comprendre les subtilités de cette bombe d’électro saturé et se prend de passion pour les machines et les boîtes à rythme. C’est l’histoire d’un bosseur déterminé, d’un geek de studio, et d’un autodidacte nourri par les pionniers de l’electro des années 70, les réminiscences des BO de Final Fantasy de Nobuo Uematsu, de certaines sonorités britpop comme The Kooks, et de figures de la variété pop française (Etienne Daho, Christophe, Michel Berger, J-J Goldmann). Le projet Celeno est la synthèse unique et personnelle de ce name-dropping monstre.

Une histoire d’amour déguisée en récit de science-fiction

Son premier EP « Us » dissèque méticuleusement cinquante ans d’électro pour les recomposer en cinq morceaux. Dans l’univers de l’artiste, ce « nous » compose avec la fascination des pionniers des années 70 pour la science-fiction. Car son EP raconte ni plus ni moins l’épopée stellaire d’un cosmonaute parti s’aventurer aux confins de l’espace, pris dans une mélancolie amoureuse à plusieurs millions de kilomètres de sa dulcinée. Cette union entre le masculin et le féminin se cristallise avec le featuring de la chanteuse Louve, Maud Ferron de son état civil terrestre. Et finalement, le « Nous » peut se lire à plusieurs échelles : la romance vécue à distance, le dialogue avec notre patrimoine musical, et notre passion pour cet EP dématérialisé. L’émotion n’a jamais été aussi palpable dans tout ce qu’elle laisse échapper.

Marin : Hello Bruno. Tu nous racontes comment ton projet Celeno est né dans ton homestudio quand t’étais étudiant, jusqu’à aujourd’hui ?

Bruno Grégoire : Je dirais même de mon bedroom studio. Je fais de la musique depuis plus de 10 ans et le projet Celeno est né en 2016. Je ne voulais pas des morceaux qui me plaisent seulement en terme de son, mais surtout en terme de storytelling. J’essaie de me placer dans un style rétro-futuriste, situé quelque part entre les années 70 et 2050 (rires). En regardant vers le passé et le futur en même temps, ça crée une identité actuelle.

M. À quelle époque situerais-tu tes références principales ?

B.G. Tout de suite, je pense au premier album de Justice, Cross (2007), et les deux premiers albums de Jean-Michel Jarre, Oxygène (1976) et Équinoxe (1978). J’aime bien la poésie et la mélancolie de la musique française. Il y a aussi les synthés de Chrome Sparks qui m’ont beaucoup inspiré sur son dernier album, notamment pour le morceau Us. J’aime beaucoup son côté expérimental et pop à la fois.

M. T’as construit ton son en t’intéressant aux machines des pionniers de l’electro ?

B.G. Totalement, c’était souvent des synthés très chers en bois ou en métal des années 70/80. J’ai acheté mon synthé Juno 60 et une boîte à rythme Oberheim DX que je n’ai plus et que je regrette. Aujourd’hui on peut trouver facilement des samples d’une machine, et c’est justement en se satisfaisant de ce qu’on a qu’on peut trouver des moyens détournés d’arriver à ses fins.

M. Et si on parlait de références visuelles ?

B.G. La BD Shangri-La (2016) de Mathieu Bablet m’a beaucoup inspiré. J’ai essayé de retranscrire de manière sonore ce que les cases représentent. Il y a une pleine page qui représente un cosmonaute minuscule au milieu du vide interstellaire avec une planète en fond. En terme de proportions et de visuel, le titre Drift pourrait en être une représentation.

M. Visuellement, ta pochette d’EP est super mystérieuse ?

B.G. On y voit neuf formes ovoïdes avec celle du centre qui est éclairée. Je suis passionné par la peinture surréaliste et en particulier l’œuvre de Dali qui me touche beaucoup. L’œuf a aussi une signification importante par la perfection qu’il symbolise à travers le nombre d’or. En général, j’aime la symétrie et le côté organique : un œuf est parfait mais sa surface est rugueuse. Ce contraste m’intéresse.

M. Cette forme de vaisseau extra-terrestre synthétise la narration de ton EP ?

B.G. Je voulais un vrai fil conducteur entre les morceaux. J’utilise le prétexte du cosmos et du voyage spatial pour parler d’émotions : d’amour, de solitude, de bonheur… De choses très simples mais racontées avec une maîtrise technique, comme dans Interstellar qui est un exemple pour moi. L’histoire du film peut toucher n’importe qui : un père qui pense avoir perdu sa fille.

M. Comment est-ce que ça prend forme concrètement ?

B.G. Sur Us par exemple, je visualise un dialogue entre un homme qui est parti dans une capsule spatiale et une femme qui est restée sur Terre. Elle essaie de le rassurer tout au long de l’histoire. À la fin, il arrive à être convaincu que sa présence est à ses côtés sans qu’elle ne soit là. Les paroles chantées par Louve disent : « Je te ressens dans toutes les poussières d’étoile ».

M. T’as cherché à transposer cet échange entre le masculin et le féminin avec le featuring de Louve ?

B.G. Sûrement, ou c’était inconscient. Quand on s’est rencontré, on a tout de suite su qu’on voulait aller dans la même direction. Pour le morceau Us, la structure était là et il manquait une voix qui raconte l’histoire. Quant à l’autre morceau sur lequel elle collabore, Voyage, c’est une démo qui datait de 2015 et dont je ne savais pas quoi faire. La voix de Louve a aidé à guider la structure.

M. T’as composé un morceau dépouillé, Flanged, qui contraste avec le reste de ton EP ?

B.G. Ce morceau intérieur et plaintif m’est très personnel et parle d’anxiété. Il m’est venu très rapidement, en 24H pour être précis. La prod est minimaliste, j’ai y ai mis naturellement tout ce que j’aime : Boards of Canada et Tycho dont j’ai poncé les albums (rires). Le vocoder est quant à lui plus référencé French Touch.

M. Et tu termines sur une note dansante avec Nova ?

B.G. À la base de ce morceau, j’avais un storytelling où je voulais raconter la mort de quelque chose et une naissance du même coup. Je m’imaginais une étoile qui explosait et qui en projetant beaucoup de matière provoquait une renaissance. C’est joyeux mais c’est pas non plus du Pierre Perret (rires).

M. Tu me parles de visuels sans évoquer de clips ?

B.G. Je ne suis pas pressé, je n’ai pas envie de faire ça dans la précipitation. Comme tu le sais, j’ai une boîte de production [NDLR : La Capitaine], je sais déjà le type d’images que je veux. J’ai envie de faire un ou deux courts métrages, mais c’est un peu compliqué de faire du Nolan sans le budget  quand t’as Interstellar comme référence. Pour Us par exemple, j’imagine un mélange d’images réelles, d’effets spéciaux et de studio. J’aimerais que les deux clips se suivent pour lesquels j’aurais besoin d’un financement, et d’un apport extérieur de techniciens compétents.

M. Plus je t’écoute, et plus ça me semble évident que rien ne t’apparaît comme irréalisable ?

B.G. Pour moi, c’est tout ou rien. J’adore mélanger l’intime et l’extrêmement grand, les choses simples et universelles. Et ainsi, parler à tout le monde.

M. Ma dernière question est la signature chez Arty Paris. Quelle est ta définition d’un artiste ?

B.G. C’est quelqu’un qui arrive à provoquer des émotions chez quelqu’un d’autre. Et qui fait ça avec son cœur.

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