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Focus : Cahuate Milk, le photographe qui figure l’invisible

En partenariat avec EasyClap.

Basé à Montpellier, le photographe plasticien Cahuate Milk travaille sur le masque et le masqué pour interroger les différentes facettes de nos vies sociales : la complexité de l’être, le thème du langage et le masque social. Entretien.

Les poses sont neutres, les vêtements quotidiens et la posture frontale. La logique voudrait que rien ne ressorte dans cette normalité à outrance. Pourtant, par le simple fait de cacher les yeux de ses modèles avec un masque, un montage 3D ou tout simplement des cheveux rabattus, Cahuate Milk fait ressortir les infimes variations de nos personnalités. Comme le contact se fait par les yeux, en leur absence tout devient matière à personnalité, à identité et à identification. La moue d’une lèvre, le repli d’un poignet ou la courbe d’un sein prennent alors une dimension expressive où l’on tente de deviner l’autre sous le masque. C’est une quête de particularité et de complexité dans un océan de papier glacé, non sans questionner le conformisme de l’imagerie publicitaire.

Questionner le conformisme de l’imagerie publicitaire par une normalité accentuée à outrance

Après avoir identifié notre premier interlocuteur, le modèle, on recherche des indices sur le second, le photographe plasticien. Pour mieux apprendre à connaître Cahuate Milk, il faut distinguer ses trois séries photographiques : Épiderme, où se superposent les couches et les motifs de papier peint vintage sur les visages. Opercule, où les formes fragmentées créent des ensembles géométriques harmonieux. Enfin Occulte, notre série préférée, qui travestit les visages de manière organique avec des masques de natures mortes. Menant plusieurs réflexions sur la complexité de l’être, le thème du langage et le masque social, l’artiste marie les pratiques en assumant la double casquette de photographe et de plasticien. Puisqu’on a définitivement ôté le masque, il est temps de faire les présentations et bonne et due forme : laissons la parole à Tanguy Soulairol, de son vrai nom.

Belle parure qui devrait inspirer tôt ou tard un créateur de mode
Marin : Hello Tanguy. Peux-tu te présenter à travers 3 émojis ?

📷 L’appareil photo est très présent dans mon quotidien, tout simplement parce que je suis photographe plasticien sur Montpellier sous le pseudo de Cahuate Milk.

✂️ Les ciseaux représentent pour moi l’approche plastique de ma photographie : découpe, superposition, création de masques…

🍣 Je kiffe vraiment les sushis, mais alors vraiment, vraiment.

 

M. C’est la question lifestyle : à quoi ressemble une de tes journées types de création ?

Ma journée commence souvent tôt, j’aime bien bosser le matin. Je travaille au Studio 411 où je me suis installé avec mon collectif FIGURE. Tout ça est rythmé par des shootings, des rendez-vous, des cafés (plein de cafés) et beaucoup de vidéos de chats et de chiens qui se cassent la gueule. Sinon, je travaille beaucoup pour le milieu musical (photos de presse, pochettes d’albums) et je développe mes propres projets. Les deux sont très liés. J’écoute non-stop de la musique, en ce moment c’est Josman, Gojira, Chad Vangaalen et French 79.

Un regard profond
M. T’es à la fois photographe, plasticien et maquettiste 3D, qu’est-ce qui t’intéresses dans la rencontre entre ces pratiques ?

J’aime utiliser la photographie comme matière première, je fais beaucoup de superpositions de photos par découpes, j’inclus de la matière, de la peinture… Je crée aussi des masques ou des accessoires pour les mettre en scène. Pour ce qui est de la 3D, elle est rentrée dans ma création mais ce n’est pas moi qui la manipule. Depuis l’année dernière je travaille avec Eliott Penel qui est architecte designer, nous avons créé le duo Goodbye Chimera. C’est une forme de laboratoire plastique qui a pour but de mettre les nouvelles technologies et les nouveaux matériaux au service du sensible. Avoir des outils variés me permet d’aborder l’expression artistique avec plus de vocabulaire et de nuances.


M.
Les visages de tes modèles sont marqués ou déformés par différentes formes et objets, quelle réflexion veux-tu amener par cette dissimulation ?

Mon travail aborde des thèmes sociaux, souvent autour de nos sensibilités et de leurs interactions avec nos microcosmes. Masques sociaux, communication non verbale, hypersensibilité, empathie… Le fait de souvent occulter les yeux pousse à chercher l’intention dans le corps et la composition, car les yeux transmettent énormément d’informations. Les cacher, c’est laisser la place aux autres informations. Mes photos sont toujours inspirées de la personne que je photographie, je cherche à montrer la partie invisible des gens et pour ça j’agrémente mes photos d’objets, de masques ou de formes géométriques afin de figer le « non dit », l’invisible, le ressenti.

L’effet 3D s’avère parfois vertigineux
M. Peux-tu me raconter un de tes derniers projets ?

Une de mes dernières œuvres est une installation avec Goodbye Chimera. On a participé à la 8ème Galerie Éphémère à Villeneuve-lès-Maguelone, où l’on a eu une semaine de résidence pour investir une pièce dans un bâtiment abandonné. C’était un gros défi pour nous, car c’était notre première installation. On a créé une sorte de rue abandonnée dans laquelle la végétation avait repris le dessus, un décor post-apocalyptique rempli de détails qui racontent une histoire. Les murs étaient recouverts de végétation en papier, et au milieu de la pièce, il y avait un panneau publicitaire rétro-éclairé qui contenait une pub pour le « kindup », une marque de gâteau un peu étrange, qui a annoncé le point de départ de notre histoire. C’était une histoire ouverte que le public pouvait composer à sa guise en s’appuyant sur les nombreux détails présents dans la pièce.

Une vue 3D de l’exposition à la Galerie Éphémère
M. Ma dernière question est la signature chez Arty Paris. Quelle est ta définition d’un artiste ?

C’est toujours une grande question mais qui, pour ma part, mérite une réponse plutôt simple et terre à terre. Pour moi, un artiste est une personne qui pratique un art que ce soit professionnel ou amateur. C’est un mot qui semble difficile à assumer, les gens considérant souvent qu’un artiste est une personne qui pratique un art avec maîtrise, hors la maîtrise est quelque chose de subjectif. Me dire qu’un artiste est une personne qui crée en état de conscience et avec volonté me plaît.

Retrouvez Cahuate Milk sur EasyClap.