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Interview : Bolivard rejoue les galères du quotidien dans le clip de « La Vie »

Face A, Bolivard est illustrateur et graphiste pour l’écurie parisienne Cookie Records. Face B, le producteur dévoile un single funky sur la compilation « Tasty Tunes » du même label. Son interview est à lire ci-dessous.

Bolivard est le genre d’artiste avec qui on aimerait chiller tout l’été. Sur la plage avec sa petite guitare funky, dans un club estival au rythme des basses, sur l’autoroute du soleil avec ses ritournelles pop. Connu pour ses remixes de French 79, Kid Francescoli et Sam Dian, le producteur alterne entre des productions lumineuses et d’autres plus sombres, qu’il décline visuellement dans une tenue noire et blanche. Sur tous les fronts, Bolivard cultive son appétit pour l’image en tant que directeur artistique et graphiste du label Cookie Records. Un studio pluridisciplinaire à lui tout seul.

Son nouveau single « La Vie » condense son univers bipolaire en énumérant les petites galères du quotidien avec dérision. En résulte un titre à la croisée de la folie barrée de Salut C’est Cool, du phrasé de Chagrin d’Amour dans « Chacun fait (c’qui lui plaît) », et de la signature funky qui faisait déjà le charme de son hit « Maya Funk ». Sur les refrains, le chanteur Xavier Polycarpe (Gush et Macadam Crocodile) pose son gimmick entre les couplets chantés par Bolivard himself… Également réalisateur, monteur et acteur du clip. Comment faire passer le cafard citadin avec une bonne pincée d’humour WTF.

Marin : Hello Bolivard. Sur Youtube, tu te présentes comme un dépité du solfège bien que ta marque de fabrique soit une petite guitare funky. Ton profil est entièrement autodidacte ou t’as pris quelques cours de gratte ?

Bolivard : J’ai pris quelques cours de guitare pas longtemps, mais c’est en bidouillant des logiciels de musique sur ordi que j’ai tout appris. J’ai commencé sur Dance eJay 2+, un truc tout pété sur CD-ROM, puis j’empruntais le MacBook de mon grand frère pour utiliser GarageBand (rires).

Maintenant je suis sur Reason et Ableton. Je vois vraiment ça comme du jeu vidéo. Plus tu joues, plus tu gagnes en skills, et plus tu peux faire de nouvelles choses.

Quand « La Vie » te tombe dessus.
Marin : Dans tes influences, tu cites souvent Darius, Pomo ou Flume. Quel serait pour toi l’artiste qui incarne le groove ultime ?

Bolivard : On ne le dit jamais assez, mais quand Michael Jackson était produit par Quincy Jones, c’était quand même vachement bien. Sinon, je trouve Patrice Rushen aussi balèze que Nile Rodgers en terme de groove.

Au-delà de la funk, je suis fan de Todd Terje, Hot Chip, Siriusmo, Jackson & His Computer Band, et plein d’autres trucs. J’ai fait des playlists sur Spotify où il y a tout dedans, si ça vous intéresse !

Marin : Ta capacité à être multi-casquettes nous a toujours sidéré : instrumentiste, producteur, graphiste, réalisateur, et même acteur de ton dernier clip. Par quelle discipline abordes-tu la création d’un nouveau projet ?

Bolivard : Il y a une interview de David Lynch à qui on demandait de décrire ce qu’il faisait. Il répondait : « mon travail est de trouver des idées, et de les retranscrire sur un média ». Bon évidemment, je suis loin d’être David Lynch, mais j’ai la même définition que lui.

Le choix de la discipline découle de l’idée de départ. Si j’ai une idée d’histoire à raconter, je vais me dire « est-ce que j’en fais une vidéo, une histoire écrite, une chanson ? ». Ça se fait dans ce sens-là.
Bolivard a signé la DA de Cookie Records.
Marin : En parlant casquette, t’en portes une noire et blanche. C’est une vision double qu’on peut retrouver entre le studio et la scène mais aussi dans tes productions. Ce sont des notions que t’aimes creuser ?

Bolivard : En fait, le noir et le blanc, c’est surtout parce que je crée parfois de la musique simple, légère, joyeuse, et parfois des morceaux plus personnels, étranges ou expérimentaux.

Les deux univers me viennent naturellement. Il y a une forme de discrimination envers les artistes qui font de la musique facile à écouter, comme s’ils étaient stupides et incapables de faire des trucs plus complexes et profonds. Je pense que beaucoup d’artistes grands publics sont capables de faire des œuvres « exigeantes », mais qu’ils sont limités par leur maison de disque, ou ils gardent ça pour eux.

En apparaissant en noir et blanc, c’est une manière de dire que je peux sortir un jour un single pop avec un clip rigolo, et la semaine suivante un morceau d’électro expérimental avec une vidéo glitch art. J’ai envie de pouvoir faire les deux, sans me demander « Qu’est-ce que les gens vont penser de moi si je fais ça ? ».

Marin : Parlons peu, parlons clip. Le clip de « Maya Funk » est définitivement un chef d’œuvre pop évoquant notre attirance pour l’auto-destruction. Est-ce ton objectif de rendre accessible des sujets difficiles par une mélodie catchy ?

Bolivard : Quand j’ai composé Maya Funk, je trouvais amusant d’écrire des paroles sur la fin du monde avec une musique funky et de la flûte de pan. C’est un peu pour dire que ce n’est pas parce qu’on cherche à faire danser les gens, qu’on est un abruti qui ne pense pas à des sujets sérieux. Si on danse, c’est justement pour oublier les angoisses de la vie : ça me semble plus lié que ça n’y paraît.

Marin : Dans ton nouveau clip « La Vie », t’interprètes plusieurs personnages avec une folle énergie créatrice. C’était l’ambition de rendre joyeux par ta performance les petites galères quotidiennes ?

Bolivard : Le sujet de la chanson est de dédramatiser toutes ces merdes qui parsèment nos vies à tous. C’est assez répandu, mais, l’humour et le sarcasme m’aident à mieux vivre chaque jour, tout comme la création artistique. « La Vie », c’est juste la fusion de ces deux armes anti-dépression.

Le single de Bolivard sortira sur la compilation « Tasty Tunes » le 14 juin
Marin : Ce nouveau single est signé sur la compilation Tasty Tunes de Cookie Records. On a cru comprendre que c’était ta famille de musique ?

Bolivard : Cookie Records a été créé par l’équipe d’un autre label, parmi lesquels Alexis Camous. C’est un peu le chef cuistot maintenant. On s’est connus il y a quelques années, quand il m’avait contacté pour une mixtape sur son blog de musique. Depuis on est devenus amis, on a joué ensemble dans des soirées, on a essayé d’en organiser, etc.

Je devais simplement être sur la première compilation de Cookie Records, mais comme il savait que je faisais du graphisme, il m’a demandé de faire le logo, les pochettes et la direction artistique du label. Et voilà ! On a tous les deux un goût pour le disco et la funk, donc j’aime beaucoup l’ensemble de la compilation.

Le premier single de la compilation « Momentum » des Hiboux, sonne aussi très funky.

Marin : Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de cool pour la suite ?

Bolivard : J’espère que « La Vie » plaira et parlera à des gens. C’est le premier single de mon EP qui va sortir sur Cookie Records.

L’EP rassemble des morceaux très différents liés par une même histoire. Je travaille à ce qu’ils soient chacun accompagnés d’un clip. Beaucoup de taf en perspective, souhaitez-moi bon courage !

À la prochaine pour l’EP ✌.
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