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Vincent Castant, le réalisateur le plus cool du game

Jacques, Polo&Pan, Voyou : Vincent Castant les a tous clippés. En un visionnage, on a compris pourquoi.

En réalisant des clips pour Polo & Pan et Jacques, Vincent Castant est devenu le mec en vue du microcosme arty parisien. L’artiste a imposé son style entre l’absurde et le poétique, se donnant l’image du bon pote blagueur, tout en révélant une maîtrise thématique et technique.

Ouais ouais, on a rencontré le réalisateur le plus cool de la place.

Salut Vincent. On n’y échappe pas : tu viens d’où, t’as fait quoi ?

Vincent Castant.J’ai grandi à Biarritz, je suis parti étudier le mandarin à Shanghai, avant de commencer des études de commerce à Lille, puis re à Shanghai, puis à Toulouse où j’ai eu mon Master. J’ai pris du plaisir dans mes études, mais je savais que je ne m’épanouirai pas dans les propositions d’avenir qu’elles m’ouvraient. En toute logique, je suis ensuite parti chez mon père en Inde pour ouvrir une école de néo-chamanisme, ce qui, entre nous, me paraissait bien plus excitant. Rapidement le projet a échoué, j’ai décidé d’écouter mon cœur et suivre mon instinct, en faisant ce que j’avais toujours eu envie de faire : donner forme à tous les trucs qui me passent par la tête.

Ça a commencé avec une vidéo de porno-architectural, puis une autre vidéo d’animation, puis de la BD, puis des clips, puis une web-série, puis des podcasts, puis du documentaire. Maintenant je fais tout à la fois. Mon dernier travail vidéo en date est une télé-réalité avec des grenouilles. Scoop.

T’as co-réalisé la web-série «Ouai j’vois ouai» avec Solène Azoulay, qu’on a du mal à résumer. Tu peux nous la pitcher ?

V. L’histoire c’est que Vincent (aka moi) arrive à Paris et tombe amoureux de la boulangère du coin (aka Solène).

Ensemble, ils découvrent Paris et les mystères de la vie et de l’amour. Une histoire simple dans laquelle on a fourré toutes les idées drôles, absurdes et poétiques qui nous passaient par la tête. Et on en a eu beaucoup.

Quelle a été ton approche de l’écriture ?

V. Je n’aurai jamais fait cette série sans Solène. On l’a écrite à deux de manière très spontanée, en se basant sur le journal intimico-humouristique que je tenais quand je suis arrivé à Paris. L’histoire était donc semi-autobiographique.

À partir du 3ème épisode, on a décidé de faire de la pure fiction, d’intégrer le personnage de la Boulangère et de faire n’importe quoi. Comme par exemple se transformer en poisson, voler dans un univers de viennoiseries, faire un plan à trois avec la Joconde et Mona Lisa, faire du bateau au dessus des nuages… Vu qu’on utilise de l’animation il n’y a aucune limite scénaristique et c’est jouissif. The only limait is your imagination. Yo.

À vous deux, vous avez assuré l’ensemble des postes techniques, et vous jouez dedans. Comment se passe un tournage avec Vincent Castant ?

V. J’imagine que ça doit pas être désagréable. Moi en tout cas, je trouve que ça va.

Disons que sur une journée, on établit 2/3 scènes à tourner. On va filmer tout ce qui arrive autour, l’imprévu, et nos nouvelles idées. On tourne tout, toute la journée, et on voit ce qui se passe en dérushant. Ça laisse de la place aux hasards et à la spontanéité au montage. Pour moi c’est là que se passe l’essentiel. On peut faire dire une infinité de choses à une même image, donc autant avancer dans le trouble, puis donner du sens avec les passages qui nous plaisent.

T’as décliné ton univers décalé en une série audio (avec l’épisode magique du sandwich au thon). Tu nous en parles ?

V. Avec Solène, on a longtemps collaboré, puis on a pris des chemins différents. D’autant plus que la série est bien restée dans les limbes de Youtube et évidement, ça n’aide pas. Et je n’allai pas continuer la série sans elle. Je me suis lancé en solo sur d’autres formats: BD, podcasts, des disciplines qui me permettent de m’exprimer différemment, plus rapidement, avec d’autre codes.

Et du coup t’en penses quoi des restaurants de hamburgers ?

V. Souvent on me pose cette question et je réponds toujours par quelque chose que feu Johnny Hallyday m’a confié lors d’une interview pour un podcast: « Oh, ben tu sais, j’en pense pas grand chose, hein. »

Tu sors des planches de BD sur ton insta (lien en fin d’article). Dans tes créations, ta vision naïve se mêle à un commentaire sarcastique du monde. Quelles sont tes influences ?

V. Mes influences viennent plutôt de la littérature: Robert Benchley, Boris Vian, Topor et récemment Richard Brautigan. C’est en lisant un roman de Kundera que j’ai eu l’idée de faire ma première planche. Je n’essaie pas de me tenir à un style ou à un type d’humour en particulier, au contraire.

Pour ton premier clip du duo français TRDXL, on te découvre sous un jour plus sombre. Pourquoi ce track en particulier ?

V.C’était au début de mes expérimentations vidéos, je me disais que si j’arrivais à synchroniser l’animation vidéo avec un rythme rapide, complexe, et déconstruit, je ferais de bons progrès.

J’ai pensé aux rythmes qu’on retrouve en IDM. Je leur ai proposé de travailler sur ce track car c’est celui de l’album que je préfère, et qui représentait le plus grand défi. C’est vrai que c’est sombre, mais y-a t’il du clair sans du sombre? Non.

Avec Jacques, on a l’impression que t’as trouvé ton alter ego musical. Qu’est-ce que ça fait de passer d’une web-série à des productions de cette ampleur ?

V. C’est vrai qu’il y a un décalage entre les vidéos que je fais pour d’autres, et mes projets personnels. Mais ça se mesure surtout au nombre de vues car le processus de production est toujours le même. Je m’accorde avec la personne avec laquelle je travaille sur la direction générale, on écrit des idées, on tourne (souvent au portable), puis je fais ma mixture seul chez moi.

Le côté plus produit dont tu me parles doit être lié à la densité et à la rapidité. C’est du clip. Je considère qu’un clip doit être « efficace », et qu’on se prenne des petites claques par-ci par-là. Pour la fiction je préfère au contraire un rythme plus lent. Ce n’est pas le même exercice.

On retrouve un bestiaire varié dans tous tes projets. Les animaux sont une vraie obsession, ou c’est un leitmotiv qui te fait marrer ?

V. Ce matin même, je voyais des pigeons marcher dans la neige, et j’sais pas, ça m’a touché ces petits pigeons tout mignons qui se gelaient les pattes en avançant vers leur obscur destin en faisant cui-cui. Je me suis dit que ça mériterait une vidéo, ou même une série. Après bon, c’est sûr ça s’adresserait à un public très limité. Mais ça m’aurait plu de le faire.

J’aime bien les animaux ouais, je leur laisse de la place dans mon travail. C’est mon côté Brigitte Bardot à moi. Ils me fascinent et m’amusent à la fois, donc pourquoi s’en priver ?

Maintenant que ton dernier clip pour Voyou est sorti, avec quels artistes rêverais-tu de collaborer ?

V. J’aimerai lever des fonds pour mes projets solo : une série de documentaire de voyages ludiques, de la fiction en court-moyen-long métrage, des podcasts, de la BD. Si jamais vous êtes producteur, diffuseur, ou éditeur et que vous lisez ça, n’hésitez pas à me contacter.

Et aussi si vous vous appelez Louis CK, Quentin Dupieux, Chris Esquerre ou Edouard Baer. Beyoncé et Rihanna j’suis chaud aussi.

NDLR : Vincent a sorti la première édition de ses planches de BD. « Ouai j’vois ouai » est disponible sur demande, contactez le sur sa page Facebook ou Instagram.