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« Un Jour si blanc » : le cinéma islandais qui n’avait pas froid aux yeux

Fer de lance du cinéma indé islandais, Hlynur Palmason a présenté son second long métrage à la 58ème Semaine de la Critique du Festival de Cannes. Son thriller glacé infuse lentement des craintes d’infidélités vieilles comme le monde.

Quand on m’a demandé de rejoindre le gang des rédacteurs d’Arty Paris j’étais excité comme une puce. Fiévreux au point de ne pas être des plus attentifs quand j’ai reçu un mail avec les différentes propositions de films à visionner sur le mois de janvier. J’ai choisi « Un Jour Si Blanc » un peu par hasard, comme un de ces cinéphiles qui se réfugie au cinéma entre deux rendez-vous par temps de pluie. L’idée ici n’était pas de passer le temps mais plutôt de sortir de ma zone de confort, de plus en plus habitué à un format « netflixien » toujours plus envahissant. Et je n’ai pas été déçu !

Un accident mortel, une famille endeuillée et un doute d’infidélité

Un Jour si blanc part d’un postulat très simple : Un accident mortel. Une famille endeuillée. Un veuf qui se construit une maison pour noyer son chagrin entre deux poses de fenêtres. Et un doute. Une incertitude galopante sur une potentielle aventure que sa femme aurait pu avoir auprès d’un autre homme avant de mourir. Un soupçon ténu mais tenace qui virera progressivement en une obsession des plus préoccupantes… On pourrait se dire qu’on ne compte plus le nombre de fois où un drame amoureux sur les fantômes du passé nous a été présenté – et on n’aurait pas tort. Mais bien qu’aucune idée ne soit totalement originale, on sait bien que c’est son traitement qui la rend savoureuse. Et avec un point de vue aussi sensible que rigide, le réalisateur islandais Hlynur Palmason remporte son pari haut la main.

On ne se marre pas tous les jours en Islande

Contrairement à beaucoup de projets sur le sujet, le point de vue n’est ni artificiel ni un prétexte au développement de l’intrigue. Dans un monde où le plus gros taux de criminalité est dû à la rigueur du climat, on accompagne la douleur de ce vieux commissaire de police, brute épaisse s’il en est, qui fait tout pour dissimuler une peine que sa famille n’arrive pas à surmonter. Un deuil vécu comme une cage où personne n’écoute ni ne voit la souffrance de l’autre. Une absence de dialogue qui fait tout dégénérer… Et on s’y laisse embarquer ! Avis à ceux qui ont tendance à être un tantinet jaloux, je garantis que ce film ne les laissera pas indifférent. Dans ce cas de figure, il est vivement déconseillé d’y aller avec sa conjoint(e).

Grand-père s’en va-t-en guerre

L’architecture de l’escalade de la violence du film est très intéressante. Elle se résume très bien avec le premier plan du film : une voiture longe prudemment un col de montagne. Le brouillard est épais et la visibilité quasi nulle… On suit cette voiture pendant deux longues minutes. Il ne se passe rien, l’ennuie commence à pointer le bout de son nez, notre attention se perd dans notre propre paysage mental, quand soudain, un accident strident surgit de nul part nous laissant les nerfs en pelotes. Un Jour si blanc est une œuvre simple et sans prétention. Si tu n’aimes pas les plans de plus de 10 secondes, une caméra qui adopte une certaine distance avec ses protagonistes, et un rythme qui preeeeeend son temps, passe ton chemin.

Ici, il n’y a pas de twist à la Usual Suspects (désolé boomer), de high concept à la Inception et encore moins de CGI à la sauce Marvel. Non, Un Jour si blanc est un film à hauteur d’homme et il est facile de passer à côté si on n’y prête pas attention. Si on accepte pour autant la temporalité du film, c’est une pépite que l’on a devant les yeux et une belle lecture de l’âme humaine sur les turpitudes de l’amour.

UN JOUR SI BLANC

Réalisé par Hlynur Palmason
Avec Ingvar Eggert Sigurðsson, Ída Mekkín Hlynsdóttir, Hilmir Snær Guðnason

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