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« Matthias et Maxime » : le retour aux sources de Xavier Dolan

Tourné très vite après le semi-échec américain de « Ma vie avec John F. Donovan », Xavier Dolan revient au Québec pour un film de potes qui se transforme en comédie romantique. Que vaut ce nouveau long métrage qui sonne comme un retour à ses premiers amours ?

Pour son sixième film en compétition au Festival de Cannes, Xavier Dolan présente l’histoire d’un baiser en apparence anodin qui va bouleverser l’existence de deux potes d’enfance. Matthias (Gabriel D’Almeida Freitas) est un beau gosse hétéro, épanoui dans sa vie sentimentale, qui cherche à gravir les échelons en tant qu’avocat d’affaires. Pour la faire courte, un carriériste un peu pommé. Maxime (Xavier Dolan) quitte Montréal dans quinze jours pour l’Australie, et laisse derrière lui une mère envahissante sortie de cure de désintox’. Difficile de savoir qui va le mieux. Dans leur relation impossible qui s’annonce, les marottes habituelles du réalisateur vont vite refaire surface.

Xavier Dolan parle évidemment d’homosexualité, du rapport conflictuel à la mère, et de l’adieu à l’enfance. Mais cette fois, le réalisateur épouse le point de vue d’une bande de bros qui sont moins à l’aise avec ces sujets. Les trentenaires adulescents perpétuent leur mode de vie lycéen au cours de soirées arrosées, garnies en bouteilles et en saillies piquantes. L’écriture ciselée est une véritable bénédiction pour ses dialogues jouissifs et relevés, qui à plus d’un titre, nous fait penser au sublime Garden State de Zach Braff… À la différence près que Xavier Dolan peine à nous émouvoir. Comme si quelque chose s’était enrayé dans la machine du prodige québécois. Et ça nous embête un peu.

Tout est techniquement impeccable. Xavier Dolan alterne les ralentis du plus bel effet, les timelapses ultra stylés, et une savante maîtrise du cadrage. Le rythme est d’ailleurs assez inédit chez le québécois, incontestablement dynamique, subtilement foutraque. Sa quête d’une énergie juvénile transpire de tous les plans, comme si c’était un premier film qui n’osait pas dire son nom. En se mettant en scène à côté de ses vrais potes d’enfance, Xavier Dolan filme et joue dans le Montréal cher à son cœur. La prise de risque personnelle nous laisse à penser qu’il y a une plongée dans son intimité sans trop de recul, immédiate et incontrôlée, comme le passage de l’énergie à l’hystérie que franchit parfois le réalisateur.

Car Matthias et Maxime se rêverait aussi pop que la bande-son qui l’émaille. Le problème, c’est qu’à vouloir trop en souligner le trait – on pense notamment à la vision caricaturale du milieu bourgeois de Matthias, le cool devient too-much. Comme si le québécois conscient de ce qui plaisait dans son cinéma, se sentait obligé d’en fournir la recette et les codes emblématiques. Mais la crédibilité s’arrête là où il essaie d’en donner, déjà parce qu’on peine à croire à la relation entre les deux garçons secrètement épris l’un de l’autre. Le point de vue subjectif du chamboulement intérieur de Matthias nous laisse franchement dubitatif. Et ce n’est pas l’une des plus belles scènes d’amour jamais filmée, sous la pluie battante d’une teuf de départ, qui nous fera changer d’avis.

Au silence intérieur des turpitudes de ses personnages répond la logorrhée de cette bande de potes qui parle, parle et parle, dans un flot incessant de bons mots. Que seul le sexe arrête. Il est intéressant de voir comment le langage est utilisé en tant que manifestation du désir. Matthias, le beau parleur sûr de lui, perd son aisance naturelle dans sa remise en question. Leur amie réalisatrice, archétype de la québécoise branchée, utilise anglicisme sur anglicisme dans une internationalisation d’un lexique inaudible. Et enfin, Maxime, perdu entre mille feux, peine à s’exprimer dans la langue anglaise nécessaire à son émancipation pour l’Australie.

Parfois, on regrette la finesse sentimentale, silencieuse et clippée des Amours Imaginaires. Peut-être aimerait-on que l’agitation s’arrête un instant pour percer à jour cette bande de potes, et atteindre leurs fêlures avec plus de simplicité. Xavier Dolan atteint un point de non-retour dans la frénésie pop. En menant tambour battant son film, on sent la fébrilité d’un réalisateur pas réellement remis du demi-échec de Ma vie avec John F. Donovan. Et on aimerait défendre davantage Matthias et Maxime, pour tout ce qu’il contient d’intime sous le vernis tape à l’œil, pour ses instants de grâce dont seul Xavier Dolan a le secret. Question coup de foudre, c’est raté. Mais notre amour au long cours, lui, reste inchangé.

MATTHIAS & MAXIME

En salles 
Écrit et réalisé par Xavier Dolan
Avec Xavier Dolan, Gabriel D'Almeida Freitas, Anne Dorval, Pier-Luc Funk