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Le réalisateur espagnol Alejandro Amenábar loupe le coche avec « Lettre à Franco »

En salles ce mercredi, le réalisateur oscarisé Alejandro Amenábar revient sur les heures sombres de l’Espagne avec son film historique Lettre à Franco. Après avoir marqué notre cinéphilie du début des années 2000 avec Ouvre les yeux et Les Autres, l’auteur semble avoir perdu son souffle originel.

Qui ne s’est jamais demandé quel serait son comportement en temps de guerre ? Résistant ou collaborateur ? Héros ou bourreau ? La grande majorité d’entre nous caresse l’espoir secret que dans ce genre de situations les valeurs prennent le pas sur notre peur profonde (et naturelle) de la douleur et de la mort. La bienséance voudrait que nous nous dirigions naturellement vers l’attitude la plus élogieuse pour la postérité… Mais l’âme humaine reste inconstante et ce n’est que par l’expérience que l’on peut réellement se déterminer.

Des idéaux de la rébellion à l’effroi de la dictature

Lettre à Franco du réalisateur espagnol Alejandro Amenábar raconte cette interrogation et la met en pratique à travers le personnage historique de Miguel de Unamuno, considéré à son époque comme le plus grand écrivain de sa génération. L’intrigue se déroule en 1936 dans la petite (et sublime) ville de Salamanque où le célèbre romancier décide de soutenir publiquement la rébellion militaire, convaincu qu’elle mettra un terme à la guerre civile. Un problème idéologique va alors se poser pour ce dernier en découvrant avec effroi l’ascension du général Franco, et avec lui, celui de la dictature.

Quand les critiques se réunissent pour débattre de « Lettre à Franco »

Tu l’as compris, Lettre à Franco est un film ambitieux tant au niveau de la reconstitution historique des événements que dans sa portée idéologique à caractère humaniste, qui nous invite à réfléchir sans trop de subtilités sur le parallèle évident avec notre société moderne et la montée des extrêmes en Europe. Ce projet tourné avec le cœur et une certaine générosité n’est malheureusement pas très inspiré… Pourtant, Alejandro Amenábar est un réalisateur de grand talent qui n’a plus rien à prouver depuis le fascinant Ouvre les yeux (dont le remake américain n’est autre que Vanilla Sky avec Tom Cruise), le renversant Les Autres et l’oscarisé Mar Adentro. De grands films aussi subtils que forts dans leurs propos.

Un résultat tiède qui découle d’un point de vue neutre

Mais cette énergie du début des années 2000, ce feu sacré qui faisait que l’on découvrait une œuvre et non juste un film, semble avoir disparu comme si la responsabilité de parler d’un sujet aussi sensible avait contrecarré la sincérité du projet. Sans entrer dans un débat politique stérile, on imagine bien à quel point il pourrait être délicat de monter un film sur la guerre d’Algérie en France. On risquerait alors de voir un projet consensuel afin de ne choquer personne, de n’engendrer aucune polémique et de couvrir un large public (car comme on le dit chez moi : « le cinéma ça coûte un bras »). Or dans Lettre à Franco le principal problème est là : en voulant adopter un point de vue neutre sur la vengeance et la victimisation des deux camps, le résultat qui en découle est tiède.

Malgré une direction d’acteurs impeccable, les personnages ne sont pas attachants, faute à une intrigue plus qu’évidente et une mise en scène se voulant poétique mais qui se révèle mièvre… Avis aux amateurs de fondus enchaînés et autres joyeusetés. À titre personnel, je me demande quelle sera la résonance du film en Espagne car j’ai regardé Lettre à Franco sans connaître particulièrement l’Histoire du pays alors que Miguel de Unamuno y est une figure importante. Si t’as un affect particulier pour l’histoire de ces belles contrées, peut-être ce film te touchera ou te parlera. Car tout le monde peut se tromper et cette critique n’est basée que sur les qualités cinématographiques du projet… C’est ce que je cherche au cinéma : l’universalité par le langage de l’image pour véhiculer de l’émotion, grande absente du film.

LETTRE À FRANCO

Réalisé par Alejandro Amenábar
Avec Karra Elejalde, Eduard Fernández, Santi Prego, Luis Bermejo

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