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La Cravate, le docu en immersion dans l’extrême-droite

Au cinéma cette semaine, « La Cravate » présente la campagne présidentielle de 2017 vue par un jeune militant du FN… Au même moment où Marine Le Pen vient d’annoncer sa candidature pour 2022.

Pour bien démarrer cette année 2020 en tant que personnes de valeur, pour progresser vers l’atteinte de nos rêves et désirs les plus profonds, je t’invite à payer un ticket de cinéma pour partir à la rencontre de notre alter-ego, la part obscure de nos personnalités civilisées, la cravate qui enserre notre esprit et étouffe notre cœur lorsqu’elle est mal portée. Pour être bien portée, une cravate doit avoir trois conditions réunies : la bonne longueur de cou, la bonne taille, et la bonne couleur. Le documentaire de Etienne Chaillou et Mathias Théry intitulé La Cravate (2020) comporte justement trois éléments qui participent à son éclatante réussite : une forme innovante et provocante, un personnage principal élusif et touchant, un arrière fond politique édifiant et clairvoyant.

Pour être bien portée, une cravate doit réunir trois conditions : la bonne longueur de cou, la bonne taille, et la bonne couleur

L’ambitieux projet et l’intérêt premier de ce documentaire en dehors des clous est de répondre, via ces 3 éléments, à la question que toute personne peut se poser au moins une fois : pourquoi et comment des centaines de milliers de citoyens sans être tous des racistes ou des extrémistes se tournent et s’engagent avec ferveur auprès d’un parti d’extrême droite ? Si tu veux des éléments de réflexion ou davantage d’éclaircissements sur ce point, ce documentaire tourné et monté comme un récit de (dés)apprentissage est fait pour toi.

Commençons par la fin, par le fond, évidemment politique du film. Il y aura à minima 2 types de spectateurs sur ce plan là : ceux votant Front National ou ceux ne votant pas Front National. Le film s’adresse aux deux et plutôt que de proposer exclusivement un énième travail de jugement en faveur ou défaveur d’une communication politique, les réalisateurs préfèrent en majorité établir un travail de raisonnement, avec une intention claire : comprendre les racines d’un engagement, et te laisser ensuite tirer tes propres conclusions. L’imposture des postures politiques, extrêmes comme non-extrêmes, est bien sûr montrée avec malice, mais plus étonnant encore on réalise que l’extrémisme vient moins satisfaire des opinions politiques fondées que des besoins primaires insatisfaits (se sentir respecté, écouté, se sentir légitime, utile etc).

Comprendre les racines de l’engagement et laisser le spectateur tirer ses conclusions

Si le FN cherche à défaire en politique son image de parti nationaliste raciste, La Cravate rappelle et montre de façon limpide comment le FN est devenue surtout la vitrine dite officielle car institutionnellement légitime d’un extrémisme plus officieux, plus radical, plus concret. Et plutôt que juger cet extrémisme, le film nous invite à l’empathie et au dialogue. Plutôt qu’entretenir une division, il invite à une réunion et une discussion pour des lendemains meilleurs et une harmonie pour tous. Toute violence envers autrui est un manque d’apaisement avec soi-même. Qu’elle soit affichée ou dissimulée, la violence est souvent l’écho de vieux démons intérieurs qui n’ont pas été surmonté par les personnes qui estiment que leur salut est dans le rejet et l’exclusion d’autres personnes.

La Cravate dénonce autant la fausse inclusion d’autrui (au sein d’un parti, d’un groupe) que la véritable exclusion d’autrui (les fanatiques, les extrémistes). La Cravate démonte le vernis d’une époque où personne n’ose véritablement écouter, comprendre et respecter autrui. Tout n’est qu’apparences, visibilités, frictions et mondanités. Mais le vernis craque. Et via une simple question récurrente dans la bouche de son protagoniste qui doute (« Mais est-ce que je suis un connard? ») La Cravate réhabilite tous ces âmes belliqueuses qui se révèlent peut être davantage âmes en peine, âmes en perdition. La Cravate a l’extrême intelligence de ne jamais exclure ceux qui excluent, de ne jamais rejeter ceux qui peuvent le faire. Il touche du doigt le nœud du problème politique et intime qui attend tout citoyen d’ici les prochains avenirs de gouvernance collective : quand l’intérêt commun et les associations mutuellement profitables ne sont plus au cœur de n’importe quel parti politique, y compris les extrêmes, comment peux-t-on tous co-exister dans la paix et l’harmonie ?

Un documentaire romancé, touchant et réflexif

On pourrait continuer par la forme et le portrait que contiennent La Cravate mais ça serait spoiler des surprises de dévoilement, de mises à nu, propres au film et qui participent à l’intérêt de le découvrir. On dira simplement que le film comme son personnage nous narre une fiction documentaire mais interroge cette narration au moment même où nous la recevons. La Cravate invite ainsi à voir clair entre un récit qui veut comprendre et ressentir sans cautionner, et une communication (politique ou autre) qui veut convaincre et manipuler. Contrairement aux retournements et détournements du monde politique qu’il dépeint par le prisme de la jeunesse des militants FN de 2017, le film ne retourne jamais sa veste et accompagne plein d’empathie et d’espoir son (anti)héros jusqu’au bout. Au bout de ses choix, de ses regrets, de ses colères, de ses craintes, de ses questions, de ses contradictions. La Cravate donc, ce documentaire romancé touchant et réflexif, est à porter aux nues et au cou sans hésiter !

LA CRAVATE

Réalisé par Mathias Théry, Etienne Chaillou
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