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« Adoration » : Les amours sauvages de Fabrice du Welz

Réalisateur célèbre pour ses faits d’arme dans le cinéma de genre, Fabrice du Welz s’aventure sur le terrain des amours adolescents avec Adoration. Tendre et sauvage, le film est porté par son duo d’acteurs Thomas Gioria et Fantine Harduin.

Pour ceux qui connaissent Fabrice du Welz, parler « d’amour sauvages » pourrait annoncer la sortie d’un énième film trash. Il n’en est rien. Réalisateur du survival Calvaire (2004), du film policier teigneux Colt 45 (2014) ou encore du thriller vénère Message From The King (2016), le belge doit principalement son pedigree à des faits d’armes dans le cinéma de genre. Notre crainte principale était qu’Adoration vrille vers ses premiers amours comme d’autres tombent dans un pot de Nutella. Pourtant et heureusement, le film présente une sensibilité ténue qui n’en fait jamais des tartines. Le réalisateur et ses co-scénaristes Vincent Tavier et Romain Protat racontent l’histoire de Paul, un jeune ado de douze ans, qui vit avec sa mère dans une dépendance attenante à la clinique où elle travaille. Il fait la rencontre d’une nouvelle patiente, Gloria, convaincue d’être enfermée pour de mauvaises raisons. Paul tombe raide amoureux, et ensemble, ils vont prendre la tangente loin du monde des adultes.

« Une idylle sans nuances entre deux couleurs primaires »

Livrés à eux-mêmes dans les bois, cette odyssée initiatique fait cohabiter leurs sentiments à l’état sauvage. Paul prend soin de Gloria comme un petit oiseau tombé du nid qu’il avait pris sous son aile chez sa mère. Filant la métaphore de l’envol, Fabrice du Welz marche sur les pas de Stand By Me (1986) à la différence près que Gloria, dont la schizophrénie ne fait rapidement plus aucun doute, est une menace constante pour la réussite de leur échappée. L’état sauvage est autant la conséquence du milieu naturel, de l’adoration absolue de Paul et de la maladie insidieuse de Gloria. La menace n’arrive plus par l’environnement mais par l’intérieur dès lors que la jeune fille perçoit chaque personne qui croise leur route comme une présence hostile. Tout est dit dans leur rencontre brève et fulgurante à la clinique. Elle est habillée d’une robe rouge vif, lui d’une tenue bleue tendre. Ils se percutent alors qu’elle cherche à s’échapper des infirmiers qui la poursuivent. Ils tombent l’un dans les bras de l’autre dans une succession de gros plans sublimes confrontant l’hébétement de Paul et le feu de Gloria. La naissance d’une idylle sans nuances peut alors commencer entre ces deux couleurs primaires.

La réalisation de Fabrice du Welz sert à merveille ce pitch haut en couleurs. Symbolique sans être lourde, aérienne sans être perchée, son approche confère parfois à la grâce d’un Terrence Malick période Badlands (1973) et surtout Les Moissons du Ciel (1978). Son sens de la composition et ses cadres sensoriels nous immergent dans la nature des Ardennes traversée par les fous amoureux. Parmi tous les climax visuels, plusieurs séquences de rêve émaillent le film avec un éclairage hautement giallo et une fumée digne du dernier Daniel Roby (t’as la référence ?). On souligne combien ces embellies fantastiques sont parmi les plus belles qu’on ait vu récemment au cinéma. Derrière l’apparente linéarité du parcours de Paul et Gloria, il y a ce lexique visuel riche et référencé qui épouse une vision aussi pure et touchante que leur amour. Définitivement, Fabrice du Welz s’éloigne de ses œuvres sèches et énervées… Pour nous prendre par surprise.

Le plus beau second rôle de Benoît Poelvoorde

On ne peut passer à côté d’un dernier élément qui forge l’ADN d’Adoration, à savoir ses jeunes acteurs principaux Thomas Gioria et Fantine Harduin. Sans une seule fausse note, les deux adolescents livrent une partition touchante alors que leurs rôles ne sont jamais simples. Dans le dernier tiers du film, c’est à Benoît Poelvoorde que revient la palme de l’interprétation par son jeu d’une humanité sans bornes. Rarement le comédien belge ne nous aura autant ému par ses failles existentielles. Lorsqu’il s’agit de dresser le bilan, où sont finalement les défauts du film ? Sans ne rien spoiler, le final lyrique et ultra symbolique arrive comme un cheveu sur la soupe. Après une heure et demi aux côtés des adolescents éperdus, on était demandeur d’une conclusion aussi éclatante que leur rage de vivre et d’aimer. Si Adoration est définitivement un grand film, c’est par sa clôture quasi déceptive qu’il n’accède pas au statut de chef d’œuvre. Son éclat de bijou indé reste lui indémenti.

ADORATION

Réalisé par Fabrice du Welz
Avec Thomas Gioria, Fantine Harduin, Benoît Poelvoorde

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