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5 albums à écouter cette semaine : The Hop, Mounika, Fernõ…

Tu commences à connaître la rengaine : quelles sorties fallait-il écouter cette semaine ? Place à différentes propositions acoustiques louvoyant entre le hip-hop, chillhop et le trip-hop : le rap instrumental de The Hop, les productions cinéphiles de Mounika, la pop romantique de Fernõ, le beat transhumaniste de Daniel Mist et l’univers séraphique de Malvina Meinier.

The Hop – 220 (LP)
Notre morceau préféré : « Just Friends »

Douze titres pour explorer le sentiment amoureux. Les trois lascars The Pollywog, Dani Lascar et Tony du collectif The Hop convient une ribambelle de guests pour une leçon de séduction : Oxmo Puccino, Bonnie Banane, Jok’air, Gracy Hopkins… Chaque invité est l’interprète d’une nuance des relations amoureuses, de la verve explicite de Krisy et Jazzy Bazz sur Berline Noire (« J’lui ai fait le cunni du siècle / Elle monte au sommet comme le funiculaire »), à la ballade résignée de Lonely Band et Sabrina Bellalouel sur Toujours la même histoire (« On se dit qu’on se quitte, on s’évite, on s’excite, on dérive / On fait semblant d’y croire, on se lie trop vite pour un soir »). Moderne par son audace technique et intemporel par ses influences jazz-hop, cet élan collaboratif nous monte en l’air en 40 minutes. Assez long pour être un bon coup, trop court quand c’est aussi bon.

Mounika – I Need Space (LP)
Notre morceau préféré : « Ailleurs »

Mounika est au beatmaking ce que Monica Bellucci est au cinéma : une élégance innée, un charme intemporel et une sensibilité cinéphile. Si le compositeur ne s’est pas inspiré de la plantureuse actrice italienne pour son nom d’artiste, il lui vient de la version américaine de À bout de souffle. Dans le remake de Jim McBride, Patricia s’appelle Monica, et la musique finale est signée Phillip Glass, la première qu’il ait apprise au piano. Voilà pour les présentations en bonne et due forme. Derrière cet alter-ego qui nous rend d’emblée le garçon sympathique, Mounika n’est pas adepte des feux des projecteurs, préférant s’effacer derrière sa musique pour laisser parler ses mélodies délicates. On pourrait évoquer en long et en large ses compositions ténues au piano, son utilisation à bon escient des samples, ou encore son héritage prééminent de la scène chillhop (Brock Berrigan, DJ Whitesmith, Nightmares on Wax…). Ce serait réduire son nouvel album I Need Space à un simple effet de manches de technicien. Mounika déploie un récit rêveur comme le cinéma qui l’a bercé.

Fernõ – Aller Simple (EP)
Notre morceau préféré : « Hollywood »

Compositeur, chanteur et interprète, Fernõ fait danser les mots bleus de sa pop française dans la lignée de Christophe et Flavien Berger. En cinq titres, le dandy féru de costumes comme de chansons bien taillés signe un Aller Simple pour la sensualité avec l’escapade vénusienne de Voie Lactée, la légèreté azur d’Hollywood et le feu passionné de Lõve. La couleur est d’emblée annoncée avec les vaguelettes sur les « o » de son nom d’artiste et de ses titres. Avec ses mélodies pleines et chaleureuses, le parisien nous entraîne rider sur sa vague romantique où ses textes en français ondulent au gré des sentiments. Son single Aller Simple qui ouvre l’EP du même nom a été affublé d’un joli visuel rétro, où l’interprète apparaît avec des lunettes de soleil rappelant celles des cabines de bronzage, sa peau recouverte d’un masque bleu piscine aux côtés de la chanteuse Lyly Pop. Cet été, la houle sentimentale sera couleur mer.

Daniel Mist – Troubles (EP)
Notre morceau préféré : « Messed You Up »

Nombreux sont les artistes à se revendiquer de Radiohead, Frank Ocean et Aphex Twin. Plus rares sont ceux à se revendiquer des trois. Et personne n’était à notre connaissance capable d’en faire une synthèse aussi sophistiquée que Daniel Mist. Artiste solo de bout en bout, le parisien compose, produit et chante sur ses morceaux. Au-delà de son aisance technique, le bonhomme se passionne pour l’évolution de l’Homme dans notre société vers sa condition hypothétique de machine. De cette réflexion transhumaniste naît son premier EP où sa touche personnelle rebondit de morceau en morceau, dès l’ouverture Messed You Up où il évoque les personnalités contradictoires qui l’agitent, The Next Species on Earth où il imagine une créature robotique qui dépasserait son créateur humain, avant se clore par les expérimentations technologiques de Troubles on My Mind. Les premiers contours de son univers traduisent ce que Mary Shelley aurait pu produire si la romancière avait été férue de MAO et que la créature de Fankenstein avait été un beat trip-hop.

Malvina Meinier – Corpus (EP)
Notre morceau préféré : « Birth »

Sorti en 2015, Home de la productrice et chanteuse Malvina Meinier est l’un de nos albums de chevet. Depuis, l’artiste s’est engagée dans une relecture avant-pop de la médecine humaniste, connue pour distinguer le corpus (le corps physique) de l’anima (l’âme) sans les opposer. Aux côtés du producteur Bauma, elle avait droppé il y a tout juste un an la première partie de son concept-album Corpus/Anima, où elle faisait résonner sa voix auto-tunée sur des productions froides et tranchantes. Aujourd’hui, elle revient à ses premiers amours avec son second EP Corpus où l’orgue habille son chant organique aux côtés de divers instruments acoustiques tels que le piano et les cordes. De l’ombre à la lumière, la face angélique de Malvina Meinier se dévoile dans sa pureté expérimentale, loin des tréfonds obscurs où elle avait pu nous hypnotiser. Revendiquant l’influence des compositeurs John Tavener et Arvo Part, la princesse BDSM revêt son habit de lumière pour irradier notre enveloppe mortelle d’une proposition surnaturelle.