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Anna Filipova tire la sonnette d’alarme avec ses photos glaçantes de l’Arctique

Tout juste revenue du cercle polaire, Anna Filipova nous met face à l’évidence du réchauffement climatique. Entretien exclusif.

À l’heure où Greta Thunberg est en lice pour le Prix Nobel de la Paix, et que les Marches pour le Climat fleurissent à travers le monde, les consciences s’éveillent aux enjeux environnementaux. La photographe et chercheuse Anna Filipova en a toujours fait son cheval de bataille. Spécialiste de l’Arctique Nord, la photo-reporter saisit les conséquences du réchauffement climatique sur ces territoires, aussi isolés qu’ils sont impactés par l’activité humaine.

Entre beauté graphique et nécessité documentaire, sa série “Research at the end of the world” nous plonge dans le quotidien du centre scientifique de Ny-Ålesund, où se côtoient des chercheurs de plus de onze nationalités différentes. Face à l’hostilité du désert blanc, ces hommes et ces femmes savent qu’ils ne sont pas les bienvenues – il s’agit de la base humaine la plus au nord sur Terre. Mais paradoxalement, leur présence est indispensable pour sonder l’état de notre planète.

Au cœur de l’Arctique avec un scientifique de Ny-Ålesund © Anna Filipova-Fisheye Gallery – Research at the end of the world – 2016

Dans une seconde série présentée en miroir, Anna Filipova révèle le quotidien des populations locales dans le village de Qaanaaq. Avec 656 habitants au dernier recensement en 2013, les habitations sont construites à même le permafrost : un sol gelé en théorie immuable qui ne cesse de se dérober les années passant. Directement impacté par les effets du réchauffement climatique, ce mode de vie basé sur la chasse est mis en péril, comme une annonce des changements inéluctables à venir dans le reste du monde. Une exposition à rendre obligatoire pour tous les climato-sceptiques.

Marin : Nous avons découvert ton travail avec la série “Research at the end of the world” dans la base scientifique de Ny-Ålesund. Quel en est l’objectif ?

Anna : Ny-Ålesund est situé sur le 79°N parallèle (79ème parallèle nord) sur l’archipel de Svalbard, ce qui en fait la colonie civile la plus septentrionale au monde.

Les installations surréalistes de la base scientifique © Anna Filipova-Fisheye Gallery – Research at the end of the world – 2016

A. C’est un endroit unique en son genre et l’un des plus singuliers de la planète. Il abrite le plus grand laboratoire de recherche moderne sur l’Arctique, aux côtés d’une population composée majoritairement de chercheurs.

Ces hommes et ces femmes constituent un groupe d’ambassadeurs de la recherche mondiale par les nombreux pays qu’ils représentent: Norvège, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Inde, Corée du Sud, Chine, entre autres.

Cabine rouge sur fond blanc © Anna Filipova-Fisheye Gallery – Research at the end of the world – 2016

A. Bien que la colonie soit située loin des principales sources de pollution humaine, la circulation atmosphérique amène de l’air en provenance d’Europe et d’Amérique du Nord dans la région.

Cela crée un environnement unique à deux égards: d’une part, pour l’observation des conditions postérieures au réchauffement planétaire et, d’autre part, pour la création d’un groupement de scientifiques internationaux, et de la collaboration entre les nations.

Les manifestations de la fonte du permafrost sont visibles en de longues traces noires © Anna Filipova-Fisheye Gallery – Research at the end of the world – 2016

A. Au fil des ans, de nombreuses personnalités ont visité Ny-Ålesund: John McCain, Hilary Clinton et Ban Ki-moon, entre autres, car c’est un endroit où les conséquences du changement climatique peuvent être clairement perçues dans le paysage environnant.

Les stations de recherche telles que Ny-Ålesund sont une ressource essentielle et cruciale pour les décideurs et les entreprises mondiales, ainsi que pour tous les habitants de la planète, car ces changements du climat arctique affectent les changements écologiques systémiques dans le reste du monde.

Un mode de vie remis durablement en question © Anna Filipova-Fisheye Gallery – Research at the end of the world – 2016

A. L’accès est très restreint tant par le projet scientifique mené, que par les instruments de mesure situés autour de la zone. Pour venir à la colonie, vous devez être soit un scientifique travaillant sur un projet avec l’une des stations, soit entretenir l’infrastructure du lieu.

Même s’il existe de nombreuses règles et réglementations à NyÅlesund pour protéger la faune et préserver l’environnement, on peut voir l’activité humaine au travers des instruments scientifiques, qui font progressivement partie du paysage.

RESEARCH AT THE END OF THE WORLD

du 17 mars au 13 avril 2019
à la Fisheye Gallery 
2 rue de l’Hôpital-Saint-Louis, 75010 Paris
Entrée gratuite

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