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Angèle : portrait d’une fusée belge

À seulement 22 ans, Angèle est de toute les playlists depuis la sortie de son album “Brol” le 5 octobre. On a recueilli ses propos lors de la conférence de presse du festival Cabourg Mon Amour.

C’est une silhouette fluette et humble que l’on rencontre. Une “mademoiselle-tout-le-monde” aux yeux de biche, dont le retrait tranche avec l’énergie qu’elle nous enverra sur scène quelques heures plus tard. De l’Angèle bondissante et haranguant la foule, nous avons une version assagie de jeune fille modèle, qui répond avec calme et intelligence aux questions.

Le temps ne serait-il pas à l’apaisement ? Sorti le 5 octobre, son album « Brol » a emporté sa carrière dans un tourbillon d’amour-haine, entre les fans transis et les haters revendiqués. Que l’on adulte ou que l’on déteste la hitgirl de 2018, son album signifie en argot bruxellois “babioles”. Le leitmotiv : des petits riens du quotidien deviennent douze morceaux iconisés, comme une belge de 22 ans se retrouve propulsée en haut de l’affiche.

On aime Angèle car elle est comme ta meilleure pote du lycée. Quand Georges Brassens magnifiait l’éphémère des rencontres avec “Les Passantes”, ta copine raconte la fugacité d’une relation virtuelle avec “Je veux tes yeux”. Elle chope l’air du temps en s’attardant sur la procrastination dans “Flemme”, l’absence d’un corps dans “Les matins”, la célébrité dans “Flou”, règle ses comptes dans “Balance ton quoi”. Elle est là, à côté de toi.

Avec panache, l’artiste se confronte ensuite à l’homosexualité féminine sur “Ma Reine”, dont les envolées lyriques cachent un malaise plus profond. Sous l’insouciance des mélodies pop, on découvre l’obligation écrasante du flirt amoureux, artistique, et numérique, auquel personne ne peut plus se soustraire.

Reste au top ou disparaît dans un flop. Angèle fascine parce qu’elle représente l’ici et le maintenant. Sa communauté Instagram de 800,000 followers consacre moins une jeune chanteuse que la maîtrise d’une image modèle. 2018 a la star qu’elle mérite, pourquoi qualifier d’opportunisme une prise de position artistique ? Derrière l’exposition, sa voix porte un message.

On a rencontré Angèle lors de la conférence de presse de Cabourg Mon Amour. Quelques mois avant la sortie de Brol, elle était lucide quant à l’impact potentiellement néfaste de son aura. Loin de la représentation d’une artiste lissée, ses questionnements nous ont interpellé.

En trois singles, t’es arrivée à créer un public fidèle. Comment expliques-tu la rapidité de cet engouement ?

Angèle. Je ne l’explique pas (rires). On ne vit qu’une fois un début de carrière, je ne me rends pas compte de ce que ça représente. Sur mes premiers concerts, il y a eu rapidement du monde. En festival, on m’a mis assez vite sur de grandes scènes. J’ai l’impression d’être une fusée à côté de groupes qui sont là depuis longtemps, je réalise que c’est particulièrement fulgurant.

Instagram m’a permis d’arriver jusqu’ici, je n’ai pas eu à compter que sur les médias.

Cabourg Mon Amour © Photo par Marin
Tu ressens une pression de la part des journalistes, maintenant que tout le monde t’attend ?

A. Parfois j’en dors pas la nuit, bien que le soutien que je reçois m’aide. J’ai l’impression d’être une boule de neige qui roule jusqu’à une falaise… Je ne sais pas si ce qui m’attend au bout est positif ou non.

Une fois que l’album est sorti, je sais qu’il ne m’appartient plus. Ce n’est plus mon problème. Ça fait 2 ans que j’ai écrit la “Loi de Murphy”, 1 an qu’il est sorti (ndlr : rétrospectivement). Ça a été une année dure pour obtenir un résultat dont je sois fière. Je suis intègre avec ce que je fais, ça ne me pose pas de problèmes si l’album ne plait pas.

Est-ce que tu perçois une différence de réception entre la Belgique et la France ?

A. En Belgique t’es très vite populaire. En France c’est un travail de fond, il faut aller faire la promo dans toutes les villes. J’ai un large public en Belgique, j’étais étonnée qu’il y ait des vieux… des adultes derrière le premier rang des ados (rires). Ça m’a mis la pression, je devais présenter des textes malins.

Cabourg Mon Amour © Photo par Marin
Est-ce que ça t’as aidé d’être issue d’un environnement artistique, de par tes parents ou ton frère ?

A. Ça m’a aidé comme un futur chirurgien qui vient d’une famille de médecins. Tout sa vie, il a entendu parler d’opérations à table. Il connaît les codes, il sait comment se comporter dans le milieu. S’il cherche du travail, il sait comment s’adresser à son employeur.

Pour moi, c’était surtout une question de soutien. Ma mère m’a poussé à faire de la musique, parce qu’elle savait que je ne me plairais pas à l’université. Mon père m’a poussé sur scène dès qu’il en a eu l’occasion.

Dans tes 3 premiers clips, le symbole de l’œil est récurrent. Comment est-ce venu ?

A. L’idée est arrivée avec “Je veux tes yeux”. Ce n’est pas seulement que tu veux la personne, mais tu veux qu’elle te regarde. Le morceau raconte une histoire d’amour à travers un écran de téléphone, c’est un jeu avec lequel on a beaucoup travaillé avec Charlotte (ndlr : Abramow, la réalisatrice du clip).

Pour la Thune, le réalisateur Aube Perrie en a repris les codes à travers la mise en scène, et les coques de portable.

Cabourg Mon Amour © Photo par Marin

Tu chantes que le “spleen n’est plus à la mode” avec Roméo Elvis en featuring. Tu peux nous en parler ?

A. À l’époque romantique, c’était très à la mode d’avoir le spleen. Les dandys pouvaient être mal habillés et pas frais, alors qu’aujourd’hui la mode est dirigée par des personnes comme les Kardashian : sur-maquillées, sur-refaites, sur-parfaites. On a ajoute des filtres snapshat qui nous rendent la peau parfaite, de grands yeux et des lèvres pulpeuses. Tout le monde sait que c’est faux, mais on l’accepte.

On a l’air heureux, en bonne santé et bien dans notre peau, mais on peut ne pas l’être, et ce n’est pas très important.

Quelle est ton ambition pour la suite, tu te projettes ?

A. Pas du tout, je fais les choses au jour le jour. Ca me fait bizarre, car en allant rencontrer les labels on me disait souvent : “Deuxième album, troisième album…”. Je trouve ça horrible. Mes amis qui sont à l’université, on ne leur parle pas de leur mémoire en première année.

Parler du deuxième album, ça met dans un système de rentabilité, comme à l’usine. Je mets toute ma vie dans ce premier album, au point que ça pourrait en être le seul. J’ai 22 ans, j’ai de la chance, qu’est-ce que je peux encore raconter ? Je ne sortirais un second album quand j’aurais d’autres choses à dire.

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