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« Alpha : The right to kill », un film noir dans les bas-fonds de Manille

Réalisé par le cinéaste philippin Brillante Mendoza (John John, Serbis, Lola, Ma’Rosa) « Alpha : The right to kill » a reçu le Prix du Jury lors du Festival de San Sebastián en 2018. Il a reçu le Prix du Jury à Beaune (ex æquo avec Piranhas de Claudio Giovannesi).

Au milieu des quartiers pauvres de Manille, une ville corrompue et dangereuse, la lutte antidrogue fait rage. Le policier Espino, père de famille idéal ainsi que son informateur Elijah, un trafiquant en rédemption, mettent en place une opération de police massive contre Abel, un des plus gros trafiquants de la ville.

La descente est un succès malgré que de nombreux dealers périssent pendant l’assaut. L’équipe de police est décrédibilisée dans les médias à cause du nombre massif de victimes qui auraient pu être épargnées. Plus grave encore, le chef du SWAT s’aperçoit qu’il manque un sac à dos rempli d’argent et de méthamphétamines qu’on distingue sur les photos des cadavres. C’est alors qu’une guerre morale et sociale va être engagée entre Espino et Elijah…

Tout oppose les deux protagonistes principaux tant sur leur mode de vie que sur leur métier. Ils se rejoignent sur une cause commune en servant tous les deux la police, mais au détriment de suivre les règles : Elijah collabore avec Espino pour pouvoir dealer sans retourner en prison et nourrir son bébé, Espino place de l’argent pour payer des études à ses filles. Seulement, le rang d’Espino le pousse à cacher sa corruption mettant en péril sa réputation ainsi que son éthique.

Deux mondes sont clairement tranchés dans « Alpha : The right to kill« . Le dealer Elijah vit dans un quartier miséreux et insalubre tandis que le policier Espino vit dans un pavillon résidentiel où ses filles se rendent dans une école privée. Elijah est confronté aux violences policières comme à la difficulté de subvenir aux besoins de sa famille par le deal de drogue. Son quartier étant très surveillé, Elijah use de divers stratagèmes pour faire passer la came en douce : attachée à un pigeon, dissimulée dans la couche de son nourrisson… Tous les moyens sont bons pour ne pas se faire attraper.

Grâce à des plans panoramiques et aériens, on découvre la face cachée de Manille et l’oppression que subissent les habitants coincés dans une réalité trop difficile pour eux. La
drogue est l’unique moyen pour oublier leur pauvreté. Les pigeons qui servent de passeurs sont les seuls à être véritablement libres. Ils ne cherchent pas à fuir à tout prix leurs conditions de vie et apportent de la distance face à la violence.

Le film propose une vision nuancée de la corruption. Sans en faire l’éloge, BrillanteMendoza narre une intrigue policière doublée d’un thriller psychologique. Tout acte a des conséquences, aucun personnage n’est épargné. « Alpha : The right to kill » fait preuve de justesse et de finesse malgré une réalité brute. La caméra est dans l’urgence de l’action, en perpétuel mouvement. Le réalisateur a la volonté d’être au plus près du réel, en engageant notamment de véritables policiers lors d’une scène d’intervention du SWAT. Son cinéma s’inscrit dans l’instant, on ne connaît pas le background de ses personnages pour se concentrer sur leur avenir et leur destin funeste.

Pour résumer le film en une phrase : Tout se paie un jour.

ALPHA THE RIGHT TO KILL

En salles le 14 avril

Réalisé par Brillante Ma. Mendoza
Avec Allen Dizon et Elijah Filamor