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Interview. Katuchat nous fait battre la chamade.

Qu’est-ce que le talent à part nous émouvoir en restant accessible ? « De l’envie, de la patience et du travail », nous dit le producteur de musique Katuchat. À l’écoute de son EP « Anaesthesia » sorti le 27 avril chez Roche Musique, on transforme sa maxime en énergie, pertinence, et vitalité. Des anagrammes pour le rationnel d’un côté, et le mystique de l’autre.

La magie opère pour la première fois au Petit Bain, la nuit du 31 mars. La Clubsessions #03 bat son plein. Dans le club amarré aux quais de Seine, on est bercés par la fougue de Tommy Kid et la fraîcheur de Disques Flegon. Entre tous, le set de Katuchat nous électrise. L’artiste vit son live, bondissant derrière les platines à chaque drop. On entend pour la première fois « Hypertension », le single de son nouvel EP. Entre pulsations électroniques et élévation mélodique, son battement par minute nous file un kick aux fesses.

Cette musique qui sort des tripes est motivée par l’histoire personnelle de Katuchat. Affecté par une malade incurable, le registre médical influe l’identité de son EP. Loin de ses performances vitaminées, il nous confie avec une pudeur qui l’honore :

« J’ai juste mis mon histoire dans l’artwork et les titres. […] Mais j’aimerais que les gens se fassent leur propre opinion, libre à eux de l’écouter comme ils veulent. S’ils veulent danser comme des tarés ou chialer sur Hypertension, libre à eux. »

Star de l’ombre, son humilité effleure derrière le showman : « Le culte de la célébrité, ça me fait flipper… Les gens de la scène électronique sont plus calmes ». Katuchat est confronté à la frénésie publique en collaborant avec le rappeur Lonepsi :

« Il touche un public ultra-large, il croule sous les groupies. C’est génial et très flippant à la fois. Je le suis sur ses lives, notamment des dates en première partie d’Eddy de Pretto. »

Les deux compères déplacent les foules en puisant dans leur expérience intime. Qualifiés de « mélancoliques » par la presse généraliste, leur connivence naît en studio :

« Avec Lonepsi, je co-prod certains de ses morceaux, c’est un travail à deux. Je lance une boule de bowling dans tout ce qu’il fait. Il sonne droit et compact, j’essaie que ça parte dans tous les sens. »

De l’électro au hip hop, Katuchat affirme son insatiable ouverture musicale. Quand il name-droppe ses références, c’est autant pour nous dévoiler une philosophie de vie que déclarer son amour au rap US :

« Je suis tout le temps heureux d’entendre de nouvelles productions, ma copine n’en peut plus (rires). J’ai l’impression d’avoir découvert le morceau du siècle tous les jours. C’est cool de ne pas être hautain, fermé. Je suis influencé par Massive Attack, Radiohead, Portishead, mêmes combats. Mais aussi par des mecs complètement barges comme Tyler the Creator. Frank Ocean est un artiste qui restera pendant des décennies et des décennies. »

Derrière l’éclectisme, on décèle une fascination pour les années 90. En plaçant les groupes éternels et les rappeurs tendance au même niveau, on se dit que la maturité n’a pas d’âge. En partageant la réflexion à haute voix, Katuchat rebondit :

« Il n’y pas vraiment de maturité, à part quand t’as trente ans de carrière… J’ai peur de devenir vieux, pas musicalement mais physiquement. Musicalement, on ne devient jamais vieux, si on reste en constante évolution. Il ne faut pas se contenter d’un morceau qui a bien fonctionné. »

Avant de se quitter, on confronte le producteur à notre éternelle question. « Quelle est ta définition d’un artiste ? ». Là où les interviewés marquent habituellement un temps d’hésitation, il nous dégaine du tac au tac :

« Faire de l’art, bonne soirée (rires). On l’est tous un peu, il faut pousser le domaine auquel on est le plus attaché. Tout le monde peut faire de la peinture, de la musique. Tout le monde peut faire de tout, avec de l’envie, de la patience, et du travail. Dans le monde où on est aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de talent. »

Peut-être par esprit de contradiction, on tient au moins un contre-exemple. Autant pour sa musique que sa personnalité, Katuchat nous fait battre la chamade.

Katuchat par Idriss Arin - à l'Eglise Saint Sulpice le 31.03.2018
Katuchat par Idriss Arin - à l'Eglise Saint Sulpice le 31.03.2018