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[Interview] Au rythme de son BPM, Katuchat nous fait battre la chamade

Fraîchement signé sur Roche Musique, le producteur impose sa vision d’un électro éthéré à la lisière de l’expérimental.

Venu sur Paris pour un DJ Set au Petit Bain, on a saisi l’occasion au vol pour rencontrer Katuchat. Tête d’affiche de la Clubsessions #03, son set électrise le public aux côtés de Tommy Kid et Disques Flegon. L’artiste bondit derrière les platines, vit sa tracklist fusionnellement, et balance un inédit : “Hypertension“. À ce moment, on sait qu’il se passe quelque chose entre lui et les clubbeurs, entre nous et sa musique. Katuchat nous fait battre la chamade.

Qu’est-ce que le talent, à part nous émouvoir en restant accessible ? « De l’envie, de la patience et du travail », nous dit-il. À l’écoute de son EP “Anaesthesia” sorti le 27 avril chez Roche Musique, on transforme sa maxime en « énergie, pertinence, et vitalité ». Des anagrammes pour le rationnel d’un côté, le mystique de l’autre.

Produits avec les tripes, ses morceaux sont motivés par un background personnel caractéristique. Affecté par une maladie incurable, le registre médical imprègne l’identité de son EP tant musicalement que visuellement. Loin de ses performances vitaminées, il nous confie avec une pudeur qui l’honore :

Katuchat. J’ai juste mis mon histoire dans l’artwork et les titres. […] Mais j’aimerais que les gens se fassent leur propre opinion, libre à eux de l’écouter comme ils veulent. S’ils veulent danser comme des tarés ou chialer sur Hypertension, libre à eux.

Derrière le showman d’un soir, l’humilité affleure dans notre conversation autour d’un café: « Le culte de la célébrité, ça me fait flipper… Les gens de la scène électronique sont plus calmes ». Une frénésie publique qu’il connaît bien en tant que side-man du rappeur Lonepsi.

K. Il touche un public ultra-large, il croule sous les groupies. C’est génial et très flippant à la fois. Je le suis sur ses lives, notamment des dates en première partie d’Eddy de Pretto.

Les deux compères déplacent les foules en puisant leur inspiration dans leurs expériences intimes. Qualifiés de « mélancoliques » par la presse généraliste, leur connivence naît en studio :

K. Avec Lonepsi, je co-prod certains de ses morceaux, c’est un travail à deux. Je lance une boule de bowling dans tout ce qu’il fait. Il sonne droit et compact, j’essaie que ça parte dans tous les sens.

Du hip-hop à ses expérimentations électroniques, Katuchat affirme une insatiable ouverture musicale. Quand il name-droppe ses références, c’est autant pour nous dévoiler une philosophie de vie, que déclarer son amour au rap US :

K. Je suis tout le temps heureux d’entendre de nouvelles productions, ma copine n’en peut plus (ndlr : elle est à côté, rires). J’ai l’impression d’avoir découvert le morceau du siècle tous les jours. C’est cool de ne pas être hautain, fermé. Je suis influencé par Massive Attack, Radiohead, Portishead, mais aussi par des mecs complètement barges comme Tyler the Creator.

Frank Ocean est un artiste qui restera pendant des décennies et des décennies.

Derrière l’éclectisme trans-générationnel, on décèle une fascination pour les années 90. En plaçant les groupes éternels et les rappeurs tendance au même niveau, on se dit que la maturité n’a pas d’âge. En partageant la réflexion à haute voix, Katuchat rebondit :

K. Il n’y pas vraiment de maturité, à part quand t’as trente ans de carrière… J’ai peur de devenir vieux, pas musicalement mais physiquement. Musicalement, on ne devient jamais vieux si on reste en constante évolution. Il ne faut pas se contenter d’un morceau qui a bien fonctionné.

Avant de se quitter, on confronte le producteur à notre éternelle question. « Quelle est ta définition d’un artiste ? ». Là où les interviewés marquent habituellement un temps d’hésitation, il nous dégaine du tac au tac :

K. Faire de l’art, bonne soirée (rires). On l’est tous un peu, il faut pousser le domaine auquel on est le plus attaché. Tout le monde peut faire de la peinture, de la musique.

Tout le monde peut faire de tout, avec de l’envie, de la patience, et du travail. Dans le monde où l’on est aujourd’hui, il n’y a plus vraiment de talent.

Peut-être par esprit de contradiction, on est convaincu de tenir un contre-exemple à la sortie de notre entretien. Autant pour sa musique que sa personnalité, Katuchat nous fait battre la chamade.


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